Bienvenue sur mon blogue de lecture virtuelle !

Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Alors bonne lecture !

Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

samedi 27 juin 2009

Conte moderne

Ou déesse de la vie recherche prince de ses jours

Imaginez cette femme. Sublime beauté. Jeune trentaine. Lorsque vous la croisez, vous peinez à quitter des yeux ce regard qui vous trouble. Vous êtes persuadé qu’il transperce la profondeur de votre âme pour lire la moindre de vos pensées. Un charme à couper le souffle des jours de tempête. Un esprit, ah!, un esprit qui…

Pardon ? De qui je parle ? Pourquoi cette question ? Comment pouvez-vous douter du fait qu’il s’agisse bien de moi ? Mais de qui d’autre voulez-vous que je parle ? Pfff…

Bon, je continue. Je disais donc… son esprit. Elle était brillante et cultivée. Il était d’ailleurs tout à fait impossible de s’ennuyer les soirs où elle vous honorait de sa présence. Elle savait trouver l’équilibre parfait entre les histoires que ses lèvres sublimaient et l’attention qu’elle vous portait; car elle savait écouter. S’intéressait-elle à vous ? Nul ne saurait le dire avec certitude. Cependant, si cela était, elle n’en laissait rien paraître. Elle semblait connaître entièrement le code de conduite de la parfaite dame en compagnie de ses amies. Et ces soirées fascinantes se déployaient telle une pluie d’étoiles dans un ciel du mois d’août.

Alors voilà son émouvante histoire …

Même lorsqu’elle se retrouvait seule, elle ne s’ennuyait jamais. Cela était heureux, car cette solitude l’accompagnait régulièrement. Il ne pouvait en être autrement, c’était le lot des écrivains à succès : le sacrifice imposé à toute une vie pour voir surgir sous des mains agiles ces personnages ayant pour toute mission de rendre le lecteur heureux. Et elle pouvait entretenir des heures durant un dialogue avec ces êtres sortis directement de son imaginaire.

Écrivaine de renommée internationale, toutes les occasions lui étaient bonnes pour faire des rencontres qui nourrissaient son imagination qui nourrirait à son tour ses idées de sujets de livres et ainsi de suite. La moindre anecdote racontée par le lecteur le plus assidu lui inspirait un chapitre et puis deux, jusqu’à ce que cette aventure ne se transforme en une bestiale histoire de chat et d’épée. Ses revenus, dont l’accroissement était proportionnel à sa popularité, lui permettaient de jouir de plaisirs terrestres divins. D’ailleurs, pas une journée ne s’éteignait sans qu’elle n’eût réalisé une expérience jouissive. L’arôme subtil du romarin dans une douche turque, l’aventure unique d’un parfum de mangue et même jusqu’à la tentative périlleuse de reproduire le macaroni au fromage et aux saucisses de sa mère au temps où elle était étudiante. Elle ne se refusait rien… jusqu’au jour où elle eut une révélation. "Mais à quoi servent autant de bonheurs sur cette terre sans le partage avec un être de chair? ".
Elle ne trouva pas de réponse et s’inquiéta. Après tout, le bonheur de vivre des moments heureux n’est-il pas décuplé par le plaisir de les vivre à deux ? Elle se décida alors à quitter pour un instant le fantastique monde de son imaginaire pour courir à la recherche de l’être tout aussi fantastique qui la rejoindrait un jour, dans son monde à elle. Et elle se mit en quête de l’amour vrai.

Elle commença par feuilleter les petites annonces.

Elle lut :
- " Propre de sa personne … "
Elle eût un doute :
" Lorsque l’annonce ne mentionne pas la propreté, dois-je m’inquiéter ? "

Elle passa au suivant :
- " Simple, chaleureux et qui aime faire plaisir et aider. Un faible pour les enfants (j’en ai quatre de 1 à 5 ans…). "
Et compléta :
"Recherche maman pour faire le ménage, les repas, le repassage et tout et tout et tout … " Elle pensa : "Et ma vie trépidante d’écrivaine ? Impossible."

Et continua de lire :
- "  Pas beau mais pas laid, pas maigre mais pas gros, pas grand mais pas petit… "
Et de penser de plus belle :
" Pas brillant mais pas loin. "

Elle poursuivit sa quête :
- " Homme au passé réglé. "
Cette drôle de phrase, elle la rencontra souvent. Cette affirmation la remplissait de crainte. Ces hommes au passé réglé n’expliquaient jamais dans quel état était leur présent. Était-il déréglé ? Il était bien impossible qu’un présent soit quelque chose de régler puisqu’il n’est pas encore terminé. Alors qu’est-il au juste ? Elle se garda bien de le découvrir.

Et elle continua son périple.
- " Les "matantes" oubliez-moi ! "
"Bon passons", se dit-elle.

" Je suis un gars propre dans le vrai sens du terme. "
" Euh, et quel est l’autre sens pour être propre? De bas en haut ? De haut en bas ? "

- " My name is Almonzo and I just arrived in Montreal after spending 10 years in Paris. "
" OK, you’ve been in France, no wonder why you don’t speak french ! "

- " Je recherche une relation sérieuse en vue d’un éventuel mariage. Je cible une fille entre 18 et 30 ans charmante, sympathique et plutôt sobre. "
" Et tu veux immigrer quelle date mon chéri ? "

Après des mois de lecture aussi ennuyante qu’un jour de pluie un samedi, elle était toujours en quête de l’âme sœur. Elle ne se découragea pas pour autant. Elle décida alors de tenter sa chance sur le virtuel. Après tout, hormis son étrange beauté, l’écriture était ce qu’elle maîtrisait le mieux dans sa vie. Et elle imagina que la verve de sa plume guiderait sa main d’écriture vers la main de son futur… ou à tout le moins se dit-elle, elle y gagnerait quelques lecteurs de plus au pays de son art.

Après quelques semaines de courriers électroniques sur la vie, l’amour et la mort, elle se décida à rencontrer un premier probable prospect. Remarquez ici toute la prudence dont elle sait faire preuve lorsqu’il est question d’engagement. Ce prochain probable prospect lui proposa un café dans un endroit fort romantique, le Dunkin Donut du coin. Mais bon, soyons positifs. " Si la rencontre est triste, le café me réconfortera ", pensa-t-elle.

Un moment d’attention au lecteur est demandé en cet instant critique. Le geste que je m’apprête à poser en ce moment en est un d’une importance capitale. Je m’élancerai dans quelques instants pour décrire des rencontres qui prirent la tournure d’ennuis insurmontables et cet avertissement vise à répondre à mon angoisse de vous perdre dans les prochaines lignes. Alors pour colorer la pâleur de ces rencontres initiées grâce au virtuel, j’aimerais simplement vous aviser qu’elles sont vraiment vraies. Elles ne peuvent pas être plus vraies que lorsque je mentionne que c’est vraiment vrai. Alors je vous remercie de me suivre jusqu’au bout de cette aventure.

Donc, une rencontre au Dunkin Donut. La sublime beauté était très nerveuse. Va-t-elle rencontrer le sosie d’un lutteur sumo ou celui de Burt Reynolds ? Lequel préférerait-elle ? Honnêtement, elle ne le savait pas, mais elle prit une grande inspiration et se lança dans cette aventure. Il faut dire qu’elle s’était bien parée pour cette rencontre. Petite veste blanche, ongles et cheveux impeccables et propres… juste au cas où le probable prospect se décrirait également comme propre...

- "Bonjour, moi c’est Travailleuse Sociale."

- "Bonjour, moi c’est Burt Reynolds. Tu es très belle. Je suis très content de faire ta connaissance. Je sens qu’on va bien s’entendre toi et moi. ... (monologue et contenu de paroles incessantes pendant une heure … Danger de décrochage, redressez l’avion, danger décrochage…). Nous avons des loisirs communs. Je passe mes journées à jouer et à parler sur internet. Pendant une journée, je bois au moins 4 litres d’eau et ça aide mes intestins à fonctionner merveilleusement… (Mayday, Mayday !!! déclarons urgence, demandons piste d’atterrissage immédiatement.).
Elle profita alors d’un silence provoqué par une inspiration et déclara :
- "J’ai été enchantée de faire ta connaissance. Excuse-moi, je dois y aller, mon chat vient de me "beeper"".

- " D’accord, je suis bien content de t’avoir connue, lui dit-il en s’élançant pour que ses lèvres rencontrent bienveillamment les siennes… "
Ouache ! L’avion s’écrase, le feu s’est déclaré à l’arrière de l’appareil… Au secours, pensa la belle qui savait qu’elle n’avait que quelques secondes pour s’enfuir le plus vite possible, le plus loin possible pour garder la vie sauve.

En une seule petite heure, elle était éberluée d’avoir eu droit à cette descente aux entrailles et à la tentative de ba … non, elle se refusait même à prononcer ce mot par trop intime qui lui rappelait ces mauvais souvenirs. Que d’étranges surprises rencontrées dans un endroit aussi charmant ! Alors elle se consola en se disant que le pauvre monsieur en était resté à la phase verbo-anale ou quelque chose du genre élaboré par Freud et se rassura puisqu’il eut été surprenant qu’une aventure aussi invraisemblable puisse se répéter plus d’une fois! Malheureusement pour elle, elle se trompait.

Elle décida donc de faire preuve de bravoure en se rendant à un deuxième rendez-vous. Un autre lieu public plus élaboré cette fois. Un bon restaurant. Elle montait en grade dans la qualité du contenant de ces rencontres. Qu’à cela ne tienne, grâce à ces rencontres qui s’amélioreraient au fil du temps, elle entreprendrait une ascension graduelle jusqu’au Nirvana de l’amour !

Le repas était presque sympathique. Cette fois-ci, elle avait l’occasion de parler; d’elle-même et de tout et de rien. Le repas était bon et le vin, léger. Ils discutèrent de sujets variés et sans importance. Elle apprit qu’il avait été marié 10 ans et avait 2 beaux enfants. Elle apprit qu’il aimait le cinéma, les marches en montagne, les bons restaurants, les sorties entre amis. Des choses toutes simples qui bâtissaient la qualité de la vie. Elle apprit également qu’il avait touché son premier million en jouant à la bourse. Elle avait d’ailleurs remarqué que l’or de sa Miata se mariait très bien avec le brun de sa toute nouvelle sacoche. Toutefois, malgré la bonne volonté dont elle faisait preuve, une information insolite vint troubler son esprit. En effet, ça n’est pas que ça n’est pas intéressant (je me demande bien ce qui joue à la télé en fin de soirée…) mais une histoire de couple qui finit mal sans que ça ait un lien apparent avec leurs histoires d’échangisme, c’était plus qu’elle n’en pouvait entendre. Elle se représentait les murs de ces sombres clubs, sans fenêtres, cachés derrière de lourds rideaux de velours rouge traçant d’étranges labyrinthes dans lesquels déroulaient une horde de gens bizarres et tout nus à la recherche de partenaires tout aussi tout nus ! De plus, le sujet amené ainsi, innocemment au fil d’une conversation sans importance, ne visait-il pas à connaître immédiatement et sur le champ, sans patience et sans retenue, son opinion et, tant qu’à y être, son ouverture ? Oh non, elle préférait encore entendre parler de transit intestinal autour d’une bonne tasse de café.

La fin du repas annonça enfin le moment du départ. Sitôt sortis, il lui saisit la main, prit un air de Jean Gabin ne pouvant retenir sa fougue et lui susurra à l’oreille : "T’as de beaux seins tu sais." "Ah non, se dit-elle, je le connais ce film, pas la scène du baiser!" Et elle profita du flou occasionné par les brumes de l’alcool pour s’enfuir sur le quai des adieux.

Elle aurait pu baisser les bras suite à ces déceptions, mais sa détermination n’en fut pas atteinte. Elle fit d’autres rencontres. Il y eût cet homme qui l’entretint pendant un repas complet sur les multiples rénovations de son luxueux condominium et dont la dernière phrase fût : "Ça coûte ben cher pour un dîner!", il y eût celui qui jouait dans les paradis fiscaux des Bahamas et qui cherchait plus sophistiquée qu’elle, il y eût cet autre qui s’endormit littéralement sur la table de ce café pendant qu’elle lui parlait, il y eût ce professeur qui lui parla pendant des mois, mais ne vint pas au rendez-vous, et d’autres encore dont elle ne se souvient plus puisque fort heureusement parfois, la mémoire possède cette merveilleuse faculté de l’oubli.

Malgré tout, elle apprenait beaucoup sur la vie. N’avait-elle pas déjà été touchée par cette parole de Brel : "L’erreur vaut cent fois mieux que de ne rien faire." Et elle s’efforçait de faire sienne cette philosophie avec tout l’optimisme dont elle était capable.

Voilà, fin de l’histoire de cette sublime beauté. J’espère que vous avez apprécié lire cette histoire du moins avec autant de plaisir que celui qui m’a été donné de l’écrire…

samedi 20 juin 2009

La vraie vie de ville

Il y a dix ans maintenant, j’emménageais dans mon appartement. Je l’ai immédiatement aimé. Grand, mais juste assez pour ne pas passer d’interminables heures à l’astiquer. Haut, suffisamment pour ne pas craindre les intrusions et assez bas pour ne pas compter inlassablement le nombre de marches lorsque je reviens de faire mes courses. De plus, cet appartement permet au soleil de me saluer chaque matin ce qui m’offre un réconfort que j’apprécie.

Cependant, il n’est pas parfait. J’aimerais mille fois mieux habiter dans une maison à la campagne près d’un lac, avec une énorme cours dans laquelle pousserait un jardin de légumes et des arbres fruitiers qui me permettraient de faire amoureusement de la compote et des confitures à l’automne venu et où j’y nourrirais de sublimes oiseaux en sirotant une bière tout en écoutant le chant charmant d’un cardinal ! (À ce stade-ci, vous pouvez vous permettre de reprendre votre respiration devant l’énonciation inlassable d’autant de moments de bonheur.) Je pourrais même à l’occasion m’endormir dans mon hamac en lisant un excellent livre.

Mais bon, je vis dans un appartement en plein cœur de la ville. Ce matin, je me suis éveillée au son mélodieux de " tabarnak " de ci et de " tabarnak " de ça. C’était un gros épais d'oiseau à qui j’aurais souhaité aller lancer d’énormes roches si ce n’était de la crainte d’amplifier sa mélodie de " tabarnaks ". D’autres matins, c’est ce charmant vieux monsieur qui tond son minuscule carré de pelouse. Objectif ! Que la longueur de cette herbe maudite ne dépasse pas le duvet de mon crâne ! Et tant qu’à médire dans le Voisin, pouvez-vous bien me dire combien ça rapporte d’arroser les trottoirs ? Ça doit être une activité payante puisqu’ils sont tous là, à la même heure et au même âge, ces vieillards arrosant leur bout de trottoir. Je les imagine être des environnementalistes optimistes, qui espèrent à la fin de l’été, récolter les fruits de leurs semis. Pourtant, hormis ces messieurs, je n’ai jamais aperçu de concombres sur les trottoirs d’automne. Enfin, on dit que l’espoir fait vivre et ce doit être la raison pour laquelle leur scénario est rejoué fidèlement chaque été. Mais bon, ce qu’ils récoltent pour le moment c’est davantage mon air bête de fille qui trouve cette activité tout à fait révoltante mais qui ne dit rien, ce qui contribue à accentuer davantage mon air bête. Je pourrais parler mais un vieillard qui arrose un trottoir ce n’est déjà pas, à mes yeux, un grand signe de santé alors il y a comme quelque chose qui me retient d’aller vérifier quelle serait la réaction à ma condamnation morale ! Mais je peux tout de même l’imaginer.

- " Monsieur, vous imaginez l’eau que vous gaspillez pour rien ? Vous savez, cette eau ne provient pas d’une source intarissable et nous avons un devoir de citoyen de ne pas détruire notre planète y incluant le gaspillage de l’eau. "
Réponse imaginaire :

- " Ouin, va dont chier, me répond-il avant de passer au lavage son gros char .

Alors je fais comme la majorité des citadins, je me tais. Je me tais également quand j’entends claquer les pantoufles à talons hauts de la femme qui marche en haut de chez moi en pleine nuit pendant qu’elle déplace les meubles ou qu’elle fait son lavage. Je me tais quand l’odeur de la marijuana, du jeune habitant à ma gauche, entre par ma fenêtre à toutes les dix minutes. Je me tais aussi quand j’entends la musique de ce couple battre la chamade jusqu’à deux heures du matin. Je les soupçonne de cacher parfois leurs propres bruits de chamaille.

Alors, une question terrible m’envahit en écrivant ces lignes, mais pourquoi donc je me questionne encore sur les raisons de mon insomnie ? "Je vis en ville, tab…!"

Il y a aussi mes deux voisines qui s’affrontent. L’une adore les chats et l’autre les déteste. La haine de cette dernière lui permet de les tolérer tant et aussi longtemps qu’ils restent assis confortablement derrière la fenêtre close de leur appartement tout aussi clos .

Et il faut dire qu’il y en a des chats dans ma ruelle ! Une quantité incroyable ! Et la dame qui aime les chats, les nourrit chaque matin. Elle nourrit son chat, elle nourrit les 6 chats de la dame du dessous et elle nourrit les chats errants. Elle les nourrit tellement qu’à chaque matin, il y a une rangée de corneilles et d’écureuils qui attendent en file devant sa porte avec l’espoir de dérober une bouchée de cette pâtée. J’imagine que le mot se passe à travers toute la ville et j’ose à peine imaginer qui viendra défiler dans les mois à venir. On dirait la crise d’avant la deuxième guerre mondiale avec ces longues lignes d’attente servant à nourrir l’espoir d’une vie meilleure. Sauf que là, ce sont des chats et ce sont des corneilles et ce sont des écureuils. J’adore les animaux, donc je trouve charmant tout l’amour de cette dame pour ces bêtes. Certaines viennent même me parler sur le palier de ma porte patio. Non, pas les dames, les bêtes !

Cependant, l’autre dame, celle qui déteste les chats, ne tarit pas de scénarios pour empêcher cet envahissement bestial. Parce que ces petites bêtes doivent avoir senti cette haine et devinez chez qui ils vont faire leurs besoins ? Et oui, c’est ça. Et les deux dames de se disputer régulièrement. J’assiste impuissante à ce spectacle en écoutant à tour de rôle chacune d’elle sur chaque aspect de leur frustration envers l’autre. Et dans ces moments, je me sens finalement très heureuse d’avoir un travail pour occuper pleinement les pensées de mes journées.

J’adore mon appartement disais-je donc. Lorsque j’y ai emménagé, il était propre et je n’ai pas eu besoin de peinturer. Malgré le fait que le violet envahissait la moitié des murs du salon. Comble de chance! ; mes divans étaient de la même couleur. Alors ceci a clos tout débat avec moi-même concernant cette couleur douteuse. Il y aura bientôt dix ans que je vis ici et je dois bien honteusement l’avouer, je n’ai jamais peinturé. Mais j’y ai pensé très sérieusement. Il y a 4 ans maintenant, j’ai même acheté de la peinture que j’ai rangée soigneusement dans un coin en attendant de me retrouver dans de parfaites dispositions pour cette activité; c’est à dire jamais.

En ce qui concerne la peinture, j’ai développé une logique bien personnelle. Comme les superstitions qu’entretenait ma mère. Un oiseau qui entre dans une maison, c’est le décès assuré d’une personne proche. Souffler sur les dés apporte de la chance. Échapper une fourchette et une femme vous rendra visite. Je crois que lorsque l’on vit dans une famille avec douze frères et une sœur, ces pensées fantasmatiques permettent certainement la survie de l’espèce humaine. Bref, ma mère nous a inculqué tout un processus de création et d’entretien de superstitions qui, bien que je sache qu’elles ne sont que des lubies de l’imaginaire, viennent parfois me visiter lorsque je m’y attends le moins. Et telle la vieille dame nourrissant tous les chats de toute la ruelle, je nourris attentivement mes croyances inutiles.

J’avais déjà peinturé mon ancien appartement, que j’aimais également. Vous me voyez venir n’est-ce pas ? Non ? Ah ! Il faut vous expliquer en détail aujourd’hui ! Je comprends, vous n’êtes pas en vacances, vous ! Alors, cet appartement nouvellement peinturé et bien, j’ai dû le quitter parce que mon voisinage était encore plus douteux que celui que je côtoie présentement. Entre autres, j’entendais multitude de hurlements de plaisir en pleine nuit dans un logement sans locataires. De plus, je m’étais fait voler mes bottes lunaires de marque Sorel ainsi que mes sacs de poubelles (quelle petite vie!) laissés devant ma porte du troisième étage et remplis de vieux vêtements à donner. Je n’en pouvais plus. J’étais déjà dans un état mental d’insécurité extrême après avoir perdu mon frère dans des conditions dramatiques. Je quittai alors cet endroit maudit pourtant si bien peinturé. Et voilà ! Une superstition était née. Si je peinture, je risque de devoir déménager. Et comme je suis curieuse, mais pas tant que ça, je ne voulus jamais savoir si cette superstition se révélerait à moi. Voilà pourquoi, ces gallons de peinture dorment bien paisiblement dans un recoin depuis quelques années déjà.

Cette année, et pourtant ce n’est pas une question de courage, je m’y suis mise. Parce que le violet mélancolique ne s’est malheureusement pas harmonisé au brun enthousiaste de mes nouveaux meubles. Et la peur de recevoir des visiteurs impromptus réalisant combien cet assortiment de couleurs est honteux m’a fait prendre mes mains à deux mains et me lancer dans cette activité passionnante. Veuillez noter ici le cynisme de ce dernier adjectif. Ainsi, je m’y mise. Et je me suis convaincue que je devais m’y mettre. Et finalement, je m’y mets, oui, oui, juste après cette annonce de nourriture pour chats !

Le premier matin, se passa presque normalement. Je me rendis au magasin pour acheter peinture et pinceaux. La vie a bien évolué en dix ans. Vous croyez aller au " coin rénovation " du magasin du coin et en ressortir au bout de 5 minutes avec votre gallon de blanc et votre pinceau. Euh ! Détrompez-vous! Vous vous retrouvez devant un étalage de marques de peinture et d’outils dont vous ne soupçonniez pas l’existence jusqu’à maintenant. Mais je trouvai un vendeur compatissant devant l’ignorance que j’incarnais. Il me raconta alors l’histoire antique de chaque marque de peinture tout en me donnant tous les détails croustillants de la vie de tous les peintres de Montréal ! Encore une fois, avec ma patience légendaire, je n’écoutai absolument rien de cette fresque romanesque et ce, jusqu’à ce que je vis le doigt miracle pointé le meilleur produit, bien entendu, parmi les plus dispendieux. Et je fis la même chose devant l’histoire des pinceaux et des rouleaux.

J’arrivai chez moi avec tout un accoutrement d’outils utiles à la peinture mais inutiles à ma personne puisque je découvris bien tardivement je les avais déjà acheté quatre ans auparavant!
Ma mémoire avait occulté autant d’informations vitales.

Enfin, je me mise à la peinture pour vrai cette fois. Malgré mon inaptitude mentale à apprécier cet exercice, j’abordai la chose avec un certain optimisme. Après tout, j’en avais pour quelques jours, alors mieux valait nourrir de bonnes dispositions. Avec toute la légèreté dont je pouvais faire preuve, j’installai couvertures et nappes de plastique pour protéger planchers et meubles. J’avais la cuisse heureuse d’une ballerine répétant le plus féerique des spectacles alors que j’étendais en dansant presque ces magnifiques tissus protecteurs. J’ouvris gracieusement le pot de peinture blanc que je déposai bien délicatement dans le bac à rouleau. Et je prenais soin de bien essuyer chaque gouttelette échappée par terre de peur d’y mettre le pied et d’en répandre partout par la suite. Et je roulai et je roulai et je rrrrrrrroulai. J’aurais presque aimé cela si ce n’était le fait de répéter inlassablement les mêmes maudits gestes et d’essuyer constamment toute cette m… qui tombe par terre. Et de coup de pinceau en coup de rouleau, je finis par m’impatienter jusqu’à ce que mon savoir-faire et mon savoir-vivre ne me quittent totalement. Après 3 jours de ce manège de répétitions de coups de rouleaux ennuyants à l’extrême, j’avais répandu de la peinture partout, par terre, dans mes lunettes, dans mes cheveux et même dans des endroits insolites dont je n’oserais vous décrire l’existence de peur de rougir. Je suis devenue épuisée de respirer tant de vapeurs funestes. Je n’échappais plus de gouttelettes mais des gouttes grosses comme la table de cuisine dans lesquelles je marchais allègrement et que j’étendais partout sans qu’aucun remords ne m’envahisse . " D’la m… je veux juste que ça finisse ! "

Et, à coups de courage et de pinceaux, j’ai finalement terminé mon salon. Et misère, il me reste tout le reste de l’appartement à réaliser. Cependant, appréciant le résultat, je me convaincrai probablement de continuer ce supplice en espérant que la mort ne s’ensuive pas. Parce que finalement je trouve mon salon bien beau et je suis satisfaite de pouvoir vivre dans ce quasi nouvel environnement. Et au-delà de mon salon, j’aime aussi mon appartement et ce, aussi sûrement que j’aime cette vie faite de ces petits moments qui la composent !

samedi 13 juin 2009

Vous êtes belle… pour votre âge

J’ai 44 ans. Le début de la quarantaine, c’est le début de la fin de bien des espoirs. L’espoir de la maternité. L’espoir de bâtir une famille. L’espoir de devenir célèbre. L’espoir de bâtir un monde meilleur. C’est aussi l’ultimatum pour le changement de carrière. Même l’avenir que nous avons passé notre vie à bâtir ne semble désormais plus bien loin. Quarante ans, c’est l’âge où l’on commence à comprendre qu’il est désormais trop tard. Trop tard pour accéder à ce que vous avez rêvé en tant que femme, y compris bien sûr, la beauté. Malgré la saine alimentation, malgré les exercices physiques, malgré tous les sacrifices que votre conscient, inconscient et subconscient pourront imaginer. C’est terminé. L’idéal est désormais hors de portée. Acceptons d’être soi-même pour le meilleur, intérieurement et pour le pire, extérieurement.

Pour moi, la beauté correspond tout simplement au désir caché de perdre mon ventre. Cette adorable colline tentant de se transformer au fil du temps en majestueuse montagne. Je suis satisfaite de tout le reste. C’est déjà pas mal. Mais j’ai toujours envié secrètement toutes ces actrices qui pouvaient se servir de leur bas ventre pour repasser leurs vêtements. Peut-être est-ce tout simplement un signe que je passe trop de temps devant la télévision. Enfin, toute ma vie j’ai cherché à ne pas prendre du poids et surtout à perdre ce (maudit) ventre. Je n’y suis jamais arrivée. Et ce n’est pas faute de ne pas avoir essayé. J’ai fait du vélo pendant des jours, j’ai grimpé des montagnes pendant des heures, j’ai fait du jogging pendant des kilomètres et des redressements assis pendant trop longtemps. Je suis capable de faire des centaines de redressements assis pendant une séance de gym. Mon entraîneur, que j’adore, me qualifie régulièrement pour la vie de martyre. Nul besoin d’être kamikaze pour expérimenter le sacrifice, courir après l’impossible suffit. Et hélas, c’est peine perdue. Il est toujours là, fidèlement installé, tel un compagnon devant l’éternité.

Pourtant, je sais pertinemment bien que la beauté n’est pas grand chose. Ce n’est en fait rien, la beauté. J’arrive même parfois à me convaincre que c’est futile. Je suis tout de même une Intellectuelle. Je suis allée à l’Université, j’ai travaillé dans les hautes sphères de la pensée de gauche et maintenant j’Enseigne. Je devrais bien évidemment flotter au-dessus de ces considérations terrestres ! La beauté, c’est l’opium du peuple féminin! C’est dégueulasse la beauté ! C’est pas beau la beauté ! Mais que m’apporterait donc le fait d’avoir des cuisses d’enfer et une taille de déesse ? Mais qu’est-ce que ça peut bien faire d’avoir un monticule condamné à pendouiller de plus en plus d’année en année ? Vraiment ? Que pouvez-vous bien répondre à cela ?!?

Mais voyons me direz-vous, ça n’attire que des ennuis la beauté. Les hommes ne vous aiment que pour votre parure, les femmes vous jalousent secrètement et vous mettez trop d’énergie à la conserver avec des produits forts dispendieux. Vous oubliez même de nourrir votre intérieur! En plus, c’est dangereux, ça n’attire que les maniaques sexuels la beauté !

Permettez moi ici de m’égarer un instant. Étant petite c’est ainsi que je nommais les habitants de la Ville de Montréal, les maniaques sexuels. J’en étais formellement convaincue. C’était écrit noir sur blanc dans le journal le plus populaire et le plus en vue de tous les dépanneurs, le journal Allô Police. Je ne comprenais pas très bien alors comment on pouvait bâtir une ville entière avec seulement des maniaques sexuels. Mais c’était comme ça. C’était écrit donc ce devait être vrai. Je dois dire qu’ils étaient également cachés dans les endroits les plus insolites les maniaques sexuels. Se promener le soir en pantalon court, c’était apparition garantie de maniaques. Mais à la même heure, au même endroit, aussi vrai que l’ail chassant le vampire, on pouvait chasser le maniaque par le simple fait de porter le pantalon long. C’était absolument magique ! Ils étaient possiblement partout, aux aguets de l’occasion parfaite. Cependant, dans mon village lointain, on entendait beaucoup et surtout parler des habitants de Montréal. Ceux-là c’était les pires. Avec le recul, je crois maintenant qu’il s’agissait d’une stratégie politique organisée pour éviter que les jeunes ne désertent la Gaspésie. " N’y allez pas c’est plein de maniaques sexuels!!! "
Ainsi, il y a plus de vingt ans maintenant, n’écoutant que mon courage, je pris mes pantalons longs et m’installai dans cette ville de maniaques pour devenir dès lors une des leurs. Une maniaque recherchant la beauté au cœur de cette sollicitation urbaine. Parce que peu importe l’endroit où l’on se retrouve, partout il est écrit que vous devez trouver la perfection. Achetez ceci, achetez cela, ce produit vous transformera en un temps miracle ! Cependant, avez-vous déjà remarqué dans la grande majorité des magazines féminins, le gâteau au chocolat à la crème fouettée, aux cerises, à la mangue et au nougat qui se cache inévitablement derrière l’annonce du produit minceur miracle ? Et bien moi si. Et j’ai toujours été partagée entre le désir du corps qui m’ouvrirait les portes de ce bonheur lointain et bien incertain et celui de la tarte au sucre m’ouvrant la porte de l’extase immédiate. Surtout à 40 ans. On commence déjà à compter le nombre de tartes qu’il vous reste à déguster, alors au nom de quoi s’en passer ? De la beauté ?

Enfin, malgré mes paroles censées cherchant à me rassurer sur la futilité de cette quête, moi, ça m’attriste toujours un peu de ne pouvoir compter parmi ces belles. L’abandon de l’idée même de la beauté ressemble trop à l’acceptation de vieillir. Et cette idée me tourmente, parfois. Bien sûr me direz vous, pour véritablement admirer la beauté, il faut dépasser la surface. Trouver toute la bonté, la générosité dont une personne peut faire preuve. Toutes les connaissances, tous les talents acquis au gré des expériences de vie. L’homme qui voit au-delà des apparences est un homme brillant, c’est l’homme qu’il vous faut. Oui, bien sûr, je le crois intensément. Mais réellement. Dites-moi. Lorsque vous écoutez " Mélinda entre deux mondes ", celle qui a le don de parler et de régler les problèmes des morts, cette sublime travailleuse sociale de l’au-delà, ce que vous regardez vraiment, est-ce réellement son formidable don ? Est-ce vraiment ce à quoi vous vous intéressez ? Allez ! Soyez franc. Moi je suis constamment dérangée par son décolleté profondément profond. Je regarde sa garde-robe, ses robes voluptueuses épousant la courbe parfaite de ses hanches. Et pourtant je suis une femme ! Et ne faites pas de jeux de mots avec le fait de vivre à Montréal, je vous prie.

Non à quarante ans, c’est l’âge où si vous êtes belle… vous l’êtes encore pour votre âge ! On croit souvent vous faire une fleur avec cette phrase mortellement ennuyante. Pourtant, personne ne vous dit "Vous êtes intelligente pour votre âge !" ou "Vous êtes charmante pour votre âge ! " . Mais qu’est-ce que l’âge peut bien avoir à faire avec la beauté ?

Quarante ans, c’est l’âge où tu deviens invisible physiquement. À vingt ans, si un homme te siffle dans la rue, tu trouves ça banal. Tu peux même te permettre le luxe d’en être dégoûtée. Quel goujat ! Mais à quarante ans, tu te retiens de courir après ce même énergumène simplement pour le remercier. " Merci infiniment d’avoir simplement remarqué que j’existe aujourd’hui ! ". Les hommes que tu regardes ne te voient simplement pas. Les hommes qui te regardent ont vingt ans de plus que toi. Ils sont près de l’image qu’il te reste de ton grand père! Ils ont l’âge de ta mère ! Non mais et puis quoi encore?

Alors, il te reste une option. Fuir. Fuir à tout jamais cet idéal qui n’en est pas un, fuir cette recherche inutile. Et accepter. Accepter de faire place à la paix intérieure, à la sérénité, à l’amitié, aux expériences telles qu’elles sont réellement et n’être que ce que tu es. Cesser de vouloir être belle à la face du monde et devenir la plus belle à ses propres yeux.

samedi 6 juin 2009

Vive les vacances !

J’ai terminé ma deuxième session comme professeur. Ces 15 dernières semaines sont passées comme un ouragan. Vites et mouvementées. Un marathon en accéléré. Stress. Cours à monter. Stress. Cours à donner. Stress. Recommencer. Stress. Croire que ça n’aura jamais de fin. Ouf ! Je termine les yeux cernés ne pensant qu’une chose, vider mon cerveau sur mon oreiller.

Il y avait longtemps que je voulais enseigner. Dans ma carrière, j’ai monté et donné plusieurs formations pour les adultes sur divers sujets. J’aimais beaucoup cela. Avoir le sentiment de contribuer à l’évolution, ne serait-ce qu’une infime partie, d’idées, me plaisait bien. Je ne le savais pas encore mais les adultes sont relativement faciles à former. Tout d’abord, ce qu’on leur raconte se raccroche souvent à un ou des événements vécus. Ainsi, ils accrochent tes informations à des éléments de vie. Et les adultes ne dorment pas sur leur bureau. Les adultes ont pitié de toi, pauvre formatrice, lorsque ça ne va pas bien. Ils t’encouragent en te souriant même lorsqu’ils s’ennuient. Et à la fin de la journée, les évaluations sont bonnes soit parce qu’ils ont réellement apprécié ou encore parce qu’ils apprécient que la journée se termine ! Alors enseigner à des jeunes adultes, je me disais " Ça ne peut pas être si terrible que ça ! ".

Enseigner me semblait une suite logique de ce que j’avais réalisé jusqu’à maintenant. J’ai donc fait parvenir mon curriculum, décroché une entrevue (en fait 3 entrevues dans 3 écoles différentes) et je me suis lancée dans l’aventure. Une aventure, ça oui. Puisque c’est un peu comme se lancer dans le vide en espérant que la corde à tes pieds soit attachée bien solidement. J’ai laissé mon emploi pour de probables tâches en espérant que d’une session à l’autre il se passe quelque chose. J’étais positive et je le suis encore. J’assume. C’est vraiment ce que je voulais faire.

Mon premier geste a été d’essayer de comprendre la matière du cours qu’on m’avait remise. Un amoncellement de mots. Le langage scolaire. Celui-ci ne m’était plus familier depuis longtemps. J’avais l’été pour le déchiffrer. Je m’installai donc en bord de mer avec mes livres et mes cahiers sur ma chaise longue et ma table à pique nique. Je me voulais en vacances dans un décor idyllique. Je programmai mon esprit pour qu’il soit persuadé d’être en vacances malgré le travail qui m’attendait. Je réalisais alors que je renvoyais à mes voisins de camping une image plutôt bizarre. Dois-je faire le lien entre cette image de moi et le fait qu’ils ne m’adressèrent jamais la parole malgré la grande fraternité qui règne entre les habitants de la planète camping ? Fort probablement. Une fois, j’entendis même une vieille femme dire à son mari " Mais oui ! c’est elle, celle qui est toute seule dans sa tente… ". Une femme seule qui fait du camping c’est déjà un peu étrange mais en plus elle travaille ! Bizarroïde … Ça y est, je figurais sur la liste de la folle du village du camping. Mais bon, je n’y étais que pour quelques jours. Après, je ferais probablement partie des histoires de vacances de ces gens. " Te souviens-tu la femme là bizarre, oui oui, elle avait un regard toujours vague perdu dans le vide de l’océan, un peu étrange… et bla et bla et bla. ". Mais qu’importe, si je peux servir à divertir, j’en suis fort aise.

J’étais dans ce camping parce qu’il n’y avait plus de places dans le parc national tout près. Je vécu la frénésie de l’arrivée de la Mmmajestueuse roulotte… une Mmmerveille technologique … qui me cacherait l’océan pendant au moins 12 heures, le temps de tout démonter et de faire la place à une autre Mmmerveille. Mais avant de repartir, le monsieur, appelons-le Turcotte, je ne dois pas être très loin puisque les Turcotte sont relativement nombreux ici, sa femme, sa fille et son petit frère s’installaient près de moi sur un lopin de terre... Et comme j’étais pas là ha ha, le petit monsieur a dit hi hi, puisque c’est comme ça nous jouirons de sa vue sur l’océan
… bon, suffit.

Alors je regardais la Merveille technologique se mettre à niveau avec la terre par le biais d’un espèce de tuyau programmé électroniquement pour sortir du dessous de la chose pour rejoindre la terre qui elle s’alignait parfaitement avec la Merveille. Enfin, mon explication n’égale en rien mon étonnement pour ce spectacle. Ainsi, toute la famille, disons toujours Turcotte, dormirait Merveilleusement droit dans la Merveille et ce, où qu’ils aillent. Moi qui devait me coucher en étoile dans le fond de ma tente pour voir si ma position par rapport au sol était acceptable, je réalisais à quel point ma vie de campeuse manquait d’éclat. Pourquoi en étoile me demanderez-vous ? Aucune idée. Je fais ça. Je m’installe et je tente de toucher au plus grand volume de plancher de tente qui soit. Peut-être suis-je extrêmement prudente et aligne ma tente au cas où je roulerais sur moi-même dans mon sac de couchage.

De plus, en lieu et place du réfrigérateur, j’avais une glacière dans laquelle je devais retirer des aliments gorgés d’eau la moitié du temps… je n’avais pas de télévision, de radio, de parasoleil qui se déroule tout aussi électroniquement que la mise à niveau ! Ma tente n’avait pas un compartiment chambre à coucher, salon et compartiment bagages. Quelle misère ! Elle était toute simple et n’avait comme accompagnateurs, qu’une chaise longue, une table à pique nique qui plus est ne m’appartient pas et mes livres d’école. Je n’avais pas non plus de faux palmier en plastique qui éclairait le soir avec des lumières de Noël ! Je savais que vous seriez perplexe après cette affirmation. Mais si vous me le demandez, je fais le serment de publier la photo du palmier et d’écrire sur les palmiers de Noël dans un futur article ! En fait, c’est tout un spectacle pour une apprentie comme moi de se retrouver sur un tel terrain pour des vacances….

La vue, une fois traversée les 4 rangées de roulottes et la rangée de chalets qui bordaient l’océan, était tout de même admirable. Ainsi, l’essentiel dans toute cette histoire était que je me puisse me croire en vacances malgré le travail de préparation de cours qui m’attendait. Malheureusement, cette croyance fût de courte durée. Il me fallut plusieurs heures pour commencer à comprendre la structure de mon cours, les thèmes abordés, les repérer dans mes livres de référence. Je m’installais bien chaque matin aussi confortablement que possible dans ma chaise longue mais au lieu de me détendre, lorsque je regardais le travail que j’avais à réaliser, le bas de mon dos réagissait violemment m’envoyant le message tendu : " Tu n’y arriveras pas ! Bou hou ! ". Je comprenais alors pourquoi ce gentil monsieur, qui lui n’est pas un Turcotte, qui m’avait accueilli et remis mes notes de cours m’avait souhaité avec un certain sourire " Bonnes vacances ! ". Il savait ce qui m’attendait. Ce qui attend à chaque nouveau prof. Une tempête de mots qu’il faut tout nettoyer afin que le calme finisse un jour par s’installer dans tes cahiers. Nul besoin de rite d’initiation. La seule préparation de cours suffit à te faire comprendre qui tu es. En fait pas grand chose. Une nouvelle dans un monde de nouveautés.

J’avais beau tenter de me calmer, je savais qu’un jour je me retrouverais devant une classe de 30 jeunes juges en soif d’apprentissage. Et j’allais même les rencontrer très prochainement puisque cet été là, sans que je comprenne pourquoi, fût plus courte que les autres !
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