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Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

samedi 16 mai 2009

Le cours de maths

Malgré cet engouement pour le fait scolaire, ma plus grande blessure, le lieu maudit où j’ai vécu le rejet qui m’a blessé au plus haut point a été dans ma classe de mathématiques du secondaire 5.

Nous étions pauvres. Pour nous en consoler, les " bons parlants " disaient que nous ne manquions de rien . Nous mangions à tous les repas, quelle incroyable chance ! Je me souviens tout de même avec nostalgie des plats préparés par ma mère même si c'était des repas de pauvres. Le macaroni au jus de tomates. Nous boycottions avec frénésie à cette époque toute viande ou tout légume dans une sauce aux tomates qui se respectait. Il nous arrivait également de passer notre souper du samedi autour d’un plat de gruau aromatisé de cassonade et accompagné d’une montagne de toasts. Nous aimions beaucoup ce repas. Je me souviens également des egg rolls préparés avec minutie par ma mère. Des heures durant elle coupait le chou qu’elle insérait par la suite dans ces pâtes enroulées qu’elle faisait frire. Nous soupions alors de ce seul plat avec pour tout accompagnement une traditionnelle sauce aux prunes.

C'était vrai que nous étions " chanceux ". C’était tellement délicieux. Mais l’étions nous parce que nous mangions? Bien sûr que non ! Nous l’étions parce que nous avions une mère qui se préoccupait que nous puissions manger. Nous ne connaissions pas beaucoup les fruits et légumes. Cependant, je pouvais engloutir en deux jours un sac de pommes tout entier. Il paraît que les pommes gardent les dents blanches. Je n’ai jamais vraiment su si c’était vraiment vrai mais j’y ai vraiment cru.

Dans ces années d’enfance, ma mère faisait tout ce qui était en son pouvoir pour nous nourrir, nous vêtir et nous permettre de vivre une vie normale, d’enfants normaux. Bien sûr, il était difficile de ne pas se comparer aux amis qui eux étaient mieux nantis. Ne vivions-nous pas à quatre dans un trois et demi alors que mon amie vivait avec sa famille dans une maison? Ils étaient bien nombreux dans cette maison mais qu’importe, ils en avaient une bien à eux ainsi qu’une multitude de cadeaux de noël, c’était tout ce qui importait. Parfois, mon amie écoutait de la musique entièrement seule dans le salon. Pouvait-on connaître dans la vie, bonheur plus intense? Ce luxe, je ne pouvais me le permettre que lorsque je visitais cette amie.

Avec le temps, m’arriva ce qui arrive à plusieurs, je devins adolescente. J’avais appris peu à peu, au fil des années et des humiliations qu’elle infligeait, à détester cette pauvreté. Je me souviens d’une paire de pantalon noire qui était unisens. Unisens indique que peu importe la façon de le porter, ce pantalon avait une bosse de fesses au devant. J’avais tellement honte de cet accoutrement, que dans les dernières années du secondaire, je harcelais ma mère pour qu’elle m’achète des vêtements neufs à crédit alors que ma sœur portait tous les jours une paire de jeans et une blouse blanche. Ma sœur ne harcelait pas ma mère.

De ces accumulations d’années de blessures qui commencèrent par l’abandon de mon père et menèrent à la honte de notre pauvreté familiale, je me souviens presque du jour où je suis entrée dans ce cours maudit. Sur les 30 élèves, nous n’étions que 3 filles. Et sur les 3 filles, j’étais la laide et la pauvre. Celle qui méritait les sarcasmes les plus douteux de ses collègues masculins pour avoir eu le culot d’être si laide et si pauvre. Mais quelle idée, dans ce monde d’adolescents cruels et branchés, d’être née vilaine petite cane! Celle qui méritait d’être humiliée et celle qu’on humiliait allègrement. Je ne me souviens même plus des événements qui se produisirent à cette époque, mais jamais je n’oublierai cette blessure si profonde provoqués par tant de sarcasmes cloués à ma personne, qui s’accrochent encore aujourd’hui à des morceaux de mon cœur. C’était si douloureux que j’en ai pleuré chaque soir de cette inoubliable année ne sachant que faire avec cette entreprise de démolition de mon intégrité. Parce que cette démolition s’était érigée pendant cette année en une entreprise hautement institutionnalisée visant à m’imposer l’avilissement psychologique la plus totale, celle que jamais l’on ne peut oublier. Cette expérience je l’ai gardé enfouie si profondément à l’intérieur de mon être que malgré mes pleurs répétées et mes appels à l’aide, jamais ma mère n’a su ni n’a pu savoir pourquoi je déversais ces rivières de peine chaque soir. Pourtant, j’aurais tellement voulu qu’elle devine, qu’elle comprenne et à défaut de comprendre, qu’elle me protège. " Maman, je t’en prie, va voir mes professeurs, va voir mon directeur mais s’il te plaît aide-moi, secoure-moi. "

Et mon appel à l’aide est restée aussi profondément enfouie que ma détresse. Ma mère n’a jamais rien pu faire parce qu’elle n’a jamais su. Aujourd’hui encore, ce viol collectif de mon être psychique s’est inscrit dans chaque parcelle de mon corps et le simple fait de croire que des personnes me détestent réveille violemment cette blessure. Et mon esprit convainc alors mon cœur, malgré les tentatives de réassurance de ma raison, que l’entreprise de démolition a repris ses droits.

Et pourtant, il faudra bien que j’arrive à transcender cette douleur parce que je suis de retour dans ce monde scolaire avec comme rôle, celui d’adulte….

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