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Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

dimanche 31 octobre 2010

L'histoire étrange d'Hermine et Épinéphrine

Voici une histoire comme il s'en vit tous les jours. Une histoire d'amitié pure et simple. Deux femmes, Hermine et Épinéphrine. 43 et 46 ans. Un âge moyen. Un âge où les rides apparaissent depuis peu. Un âge où aucune recette de crème miracle n'arrive à balayer les traces du temps. Un âge où l'on porte de gros bijoux voyants pour dévier le regard des bijoux naturels tombant gravement en raison de la gravité de cette terre. Très grave ! Un âge ou l'on se dit gaiement "Crisse, ben coup donc ! Tant qu'à faire, m'en va me bourrer la face ben correct. Au moins là, j'vas avoir une bonne raison pour dépérir !" Que voulez-vous, c'est l'âge où nous avons appris de nos parents que "Tu veux pleurer, ben m'en vas t'en donner une raison pour brailler !" et ils nous battaient pour nous la donner cette raison. À cet âge, cette logique du "m'a t'en donner pour ton argent" semble aller de soi. 

Nos deux amies, complices depuis l'Université, s'étaient rencontrées sur les bancs de l'École de Service Social. En fait, pour Hermine, cette porte qu'ouvrait ce nouvel apprentissage de Travailleuse sociale, servait tout juste à essayer de comprendre son propre désarroi. Désarroi qui, jugeait-elle, lui venait de sa misérable enfance. 

En réalité, enfant, elle avait vraiment eu la vie dure. Après avoir accouché d'elle, sa mère, une toxicomane émérite, ayant arrêté de boire pendant la grossesse, avait eu soif de liberté et avait tout simplement abandonné Hermine seule, avec son père. Hermine, avait longtemps rêvé étant petite que sa mère reviendrait. Qu'une fois sa fortune assurée, elle emmènerait Hermine pour vivre sur cette île du sud et danser avec des colliers de fleurs autour du cou et les seins nus. Une île où les arbres donnaient les plus beaux fruits : des bonbons aux patates et des cerises au marasquin ! Miam miam ! Ce rêve avait attendri plusieurs années sa vie avec son misérable père, jusqu'au jour où elle compris que tout cela ne se produirait jamais.

Hermine avait vécu son enfance seule, abandonnée par sa mère et délaissée par son père. Ce dernier, rongé par le chagrin après la fuite de sa femme, avait sombré dans la maladie mentale la plus terrible. En effet, il passait désormais la journée devant la télé à caresser et parler à son chat. Et à force de s'occuper du chat, il avait été diagnostiqué "Zoofou" ou si vous préférez, il souffrait de zoofolie. C'est ainsi que sa vie tournait autour de son chat qui était devenu sa seule source d'intérêt. Son problème consistait à trop aimer son chat. Toute la journée il ne se préoccupait que de son bien-être, il lui parlait, le caressait, jouait avec lui, lui achetait des jouets, des balles, des billes, des boules, des fils pour tirer, des fausses souris. Et pendant ce temps Hermine, elle, n'avait rien, ni attention, ni jeux, ni rien.

Un jour, Hermine avait demandé un jeu pour Noël. Son père scandalisé lui avait ordonné de retirer cette idée gauchiste de son cerveau, qu'ils étaient trop pauvres et arrivaient tout juste à nourrir et soigner le chat. Alors,  il lui était bien impossible de satisfaire les besoins d'une gamine de n'importe quel âge, disait-il, puisqu'il n'accordait même plus d'importance à sa fille pas plus qu'à son âge. Elle n'avait qu'à jouer avec le chat ! si elle avait besoin d'une quelconque occupation. Hermine n'était, en quelque sorte, qu'un jouet du chat aux yeux de son père.

À un autre moment de sa vie, Hermine avait décidé de jouer le tout pour le tout et d'attirer l'attention de son père. Elle s'était mise à quatre pattes et avait mangé dans la gamelle du chat. Rien, pas de réaction de son père. Elle s'était même mise à miauler. Mais rien. Toujours l'ignorance de son père. Alors elle avait mis le chat sur son dos, s'était installée aux pieds de son papa en espérant qu'une fois dans sa lancée pour le caresser, il pourrait, sans le faire exprès, l'effleurer même un peu. Mais le stratagème avait lamentablement échoué. Son père continuait à l'ignorer, mais pas le chat. Ce dernier, surpris, ne pouvant rester en place longtemps, avait quitté le dos d'Hermine en s'écriant "Maouh! Rwing! Minowou!".

Voilà donc à quoi avait ressemblé la piètre enfance de cette pauvre Hermine. Et voilà donc pourquoi elle s'était retrouvée plus tard sur les bancs d'école de Service Social à chercher une réponse à sa détresse émotionnelle. Pendant trois longues années, elle avait attendu qu'un professeur traite du sujet de la zoofolie, hélas, rien de la sorte n'avait même approché l'information sur ce diagnostique. Rien, décidément on n'y apprenait rien dans cette école. On n'y parlait que de menus problèmes vécus par quelques personnes. Des sujets sans importance, de la toxicomanie, de la pauvreté, la dépression, le suicide... que des bagatelles quoi. Rien qui lui ressemblait et pouvait lui apporter l'ombre d'un mini-soulagement.

Mais ses années d'études n'avaient pourtant pas servi à rien. Elle en était ressortie grandie grâce à sa rencontre avec Épinéphrine. Une amie en qui elle avait totalement confiance. Une amie en qui elle s'était toujours confiée sans jamais se sentir jugée. Épinéphrine était devenue un support inconditionnel pour Hermine et ce, même le jour où Hermine avait perdu son père. Épinéphrine s'était alors écriée gaiement : "Comment ce père immonde a-t-il pu mettre au monde une enfant si extraordinaire ? Nul ne le saura jamais. Les pires personnes peuvent parfois engendrer le meilleur, sans vraiment qu'on sache pourquoi. Mais s'il y a une chose dont je peux être certaine c'est que désormais, il y a un chat qui a besoin qu'on lui trouve un foyer..." Quel soutien pour Hermine que cette Épinéphrine !  Le bonheur de la dernière avait réussi à équilibrer la douleur de la première.

Contrairement à Hermine, Épinéphrine avait eu une vie sans histoires avec des parents tout à fait normaux.  Remplis d'amour pour leur fille Épinéphrine, ils menaient une vie sans histoires, une vie fournissant à Épinéphrine tout ce dont elle avait besoin pour s'épanouir. Comme tout le monde, ses parents aimaient un peu faire la fête de temps en temps en buvant de la bière et fumant de la marijunana, mais rien pour étonner qui que ce soit. Il y avait aussi eu cette époque où ils avaient ajouté un peu de cocaine pour tuer les dimanche, mais cette époque avait cessé le jour où son père, se croyant tout puissant était devenu candidat pour le poste de maire du Canada. Malheureusement, il n'avait pas été élu. Son échec retentissant avait failli lui faire perdre la tête et il avait soupçonné cette overdose de cocaïne comme responsable du fait qu'il n'avait pas eu un seul vote en sa faveur. N'étant pas doué pour l'analyse situationnelle, le fait qu'il n'y avait pas eu d'élection lui échappa totalement. Après cette mésaventure, son père jura de ne plus toucher à aucune drogue chimique pour le reste de sa vie. C'est ainsi qu'il commenca à consommer des champignons magiques. Ces jolies petites choses qui poussent à l'état pur et qui rend le moral si gai. Sa mère qui, en épousant le père d'Épinéphrine, avait pris pays en même temps que mari, mais avait toutefois compris "prendre pays et marijuana" continait à le suivre sans poser de questions.

Les parents d'Épinéphrine avaient bien été interceptés à quelques reprises par la police alors qu'ils couraient tout nus en regardant les chiens et les maisons changer de couleurs, mais ces mésaventures avaient été sans conséquences si ce n'est qu'ils avaient alimenté les conversations des gens du village. Ainsi vous comprenez maintenant l'équilibre d'Épinéphrine qui avaient eu des parents très normaux. Des parents qui ressemblent aux miens et probablement à la majorité de vos parents, à vous, chers lecteurs et lectrices.

Hermine et Épinéphrine vivaient ainsi une amitié sincère depuis plus de vingt ans. Une vie simple, une vie qu'elles avaient choisie. Une vie où il ne se passaient pas grand chose. Une vie sans hauts ni bas. Rien que le fil solide et droit de la vie qui se déroule sous leurs yeux sans jamais plié ni se tordre. Une vie sans verglas, sans neige à pelleter pour dégager ton maudit char, sans crisse d'Halloween avec des bonbons dégueulasses à donner (comme la tite-maudite affaire en poudre qui fait grimacer tout le monde mais qu'on peut plus arrêter de manger), une vie sans histoires, sans bobettes ni bas sals à ramasser, ni à étendre sur la corde à linge, sans vaisselle à laver, sans souper à préparer... Une crisse de vie où il se passe rien de rien... Juste écouter Horatio, pis Gil Grissom, pis espérer que Diana arrête de brailler Julian (y'était tu assez laid) et qu'elle recommence à coucher avec le beau Christopher... Une vie comme tout le monde espère avoir quoi !

Cependant, Hermine, peu à peu, à mesure qu'elle cumulait du vide dans sa vie, eut soudain un goût de changement. Elle avait subitement peur de passer à côté de sa vie à force d'éviter les tempêtes. Elle avait  envie de passion délirante. Elle appela donc Épinéphrine pour lui faire  une proposition que cette dernière ne pourrait absolument pas rejeter, se disait-elle.  

"Épinéphrine! Après ces vingt dernières années à ne rien faire, il me semble qu'on devrait essayer quelque chose. J'ai subitement une envie d'aventure ! Je t'en prie, réfléchis avant de dire non. Il faut que quelque chose se passe sinon, je sens que je vais devenir folle. Accompagne moi dans mon vent de folie."

" Euh... " répondit spontanément Épinéphrine. " Qu'est-ce que tu proposes? "

" J'ai ouvert le livre d'activités de la ville de Montréal. On s'en va suivre un cours de fabrication de bijoux !!! "

"Euh... " rétorqua de plus belle Épinéphrine. " Bon, encore une autre affaire... " 

(à suivre) 

2 commentaires:

Fumoffu a dit…

Bah, pourquoi pas !! Une petite folie reste une folie pareil :P

Travailleuse sociale a dit…

Je suis d'accord avec toi. La folie du projet dépend de la quiétude ou non de sa vie.

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