Bienvenue sur mon blogue de lecture virtuelle !

Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Alors bonne lecture !

Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

jeudi 29 octobre 2009

L'employé modèle

Tous les jours, c’est la même chose. Le même foutu refrain. La même rengaine débile. À 7h00, je m’arrache de mon lit, le seul endroit, où, inconscient, je me sens bien. 7h15, je me douche, 7h30, je mange. 8h00, je pars de chez moi pour aller à ce sal boulot de merde. Et chaque jour, c’est la même conspiration contre moi, toutes ces autos rassemblées en ce lieu pour m’emmerder. Ils se sont donné le mot c’est sûr. Et ma vie ressemble alors à un mauvais album où chaque page contiendrait la même photo prise à la même heure, à des jours différents. Et tous les jours, j’arrive au boulot, à 9h15, en retard. Mais je m’en fous. J’emmerde ce travail. J’emmerde l’humanité entière d’accepter que la monotonie puisse exister dans mon quotidien. Qu’est-ce que je vous ai fait bande d’enfoirés pour mériter ça ? Et j’emmerde le regard furieux, mais silencieux de ce con de patron, trop con pour faire autre chose que de me regarder de travers. Trop con pour avoir le courage de mettre fin à mes souffrances. Au contraire, je le soupçonne de me garder simplement pour prendre plaisir à m’humilier, à me martyriser jour après jour. Je suis son jouet, son passe-temps dans cet endroit de merde. Je le soupçonne de s’ennuyer autant que moi mais de faire comme si ça lui plaisait. Je le déteste ce gros con, ce vulgaire déchet de l’humanité. Et ma seule satisfaction en ce bas monde est de l’emmerder encore plus qu’il ne m’emmerde.


J’arrive alors au travail, en retard, lentement, sûr de moi. Sans regret, sans excuse. Je dépose mon chandail sur le dossier de ma chaise, juste pour que ce crétin vienne m’avertir que c’est contre le règlement, qu’il y a des endroits prévus à cet effet. Il paraît que ça ne fait pas propre d’avoir un gilet sur une chaise. Mais pas propre pour qui ? On ne voit jamais personne dans cet endroit de merde. Que des ordinateurs, que des têtes de collègues aussi paumés que moi, que des montagnes de chiffres à compiler les uns après les autres dans ces ordinateurs à la con! Pas propre, juste pour ce vieux con qui est le seul à venir me surveiller, m’emmerder, m’humilier dans cet endroit de merde. Le même regard, cherchant la moindre erreur pour pouvoir allègrement me la reprocher. Et elle est enfin là, elle est toujours là, la faute recherchée! Mais que voulez-vous, je la cultive, sournoisement, amoureusement, cette erreur, juste pour avoir le plaisir de le faire enrager et d’entretenir le gaspillage de sa dégoûtante salive.


" L’erreur est humaine " que je lui dis. " Mais vous, vous ne l’êtes pas. "


" Pardon ? Qu’est-ce que vous voulez dire par là Fréchette? " me demande-t-il prêt à exploser tant sa cervelle semble manquer d’espace dans ce crâne trop petit pour sa rage qu’il cultive tel un jardin de légumes qui pousserait à longueur d’année sous un climat tropical.


" Patron, je veux dire que vous ne faites pas beaucoup de fautes et que moi, j’arrive pas à être aussi talentueux que vous. "


" Fermez là et concentrez-vous sur votre travail, vous réussirez mieux si vous arrêter de divaguer " me répond-il, ayant, encore une fois, confondu l’insulte à l’agréable.


Je dois alors me taire, empiler ces montagnes de chiffres tirés de ces amas de dossiers alors qu’il reste là à m’entretenir sur le sens du devoir et des responsabilités.



" Il n’y a pas de sot métier et chaque tâche réalisée dans cette entreprise nous permet de prendre une part importante du marché. "



Et je reste là, à me faire laver le cerveau par ses énormes bêtises sur la compétitivité. D’avoir été trop lavé, mon cerveau est comme un jeans devenu blanc et troué, il est complètement usé. Quand j’entre dans ces lieux absurdes, je suis en deuil de mon cerveau. Et cette évacuation quotidienne de conneries de ce gros con ne l’atteint plus. Je reste juste là, le regard vide à attendre que ce bruit de fond s’arrête.


Et je dois sans faute, chaque matin, soumettre un rapport en trois copies sur son bureau, des événements de la veille. Des événements ! Des ventes, des achats, des profits n’ont rien à voir avec des événements ! Mon patron est un livre ennuyant, avec une seule page, blanche. Le sens du devoir, mon cul ! Le seul devoir intéressant que j’ai réussi à accomplir dans cet endroit de merde c’est lorsque j’ai réussi à baiser Mélissa, la sexy réceptionniste du deuxième étage. Allègrement, alors que je laissais aller et venir ma créativité, et que je lui empoignais le derrière sur la photocopieuse, celui-ci se faisait copier en 50 exemplaires. Et le temps de ces 50 copies, je réussis à atteindre l’orgasme. Ça c’était un exercice accompli capable d'en rendre le responsable heureux ! Quel souvenir ! 50 pages du derrière de Mélissa, ça c’est un livre intéressant ! Je vous jure, c’était tout un événement ! Tellement intéressant que j’en ai déposé une copie en trois exemplaires, le lendemain matin, sur le bureau de ce crétin.
Malgré sa colère qui fût très violente, il rassembla tout le personnel du département pour vomir ses reproches et rechercher vainement le coupable. Cette vermine, aveuglée par la médiocrité, n'a jamais fait le lien avec le fait que ce fut le seul matin de ma vie où j'arrivai au bureau en avance sur mon retard. Le con ! Tout le monde en a bavé pendant une semaine, devant supporter son humeur encore plus mauvaise qu’à l’habitude. Pour mettre fin au supplice, j’entrepris de dénoncer le coupable, Ramsès, son adjoint, le numéro 2, cette insupportable merde qui gagne au moins trois fois par année, le titre d’employé du mois. Comme chez Greenberg. Sa face en gros plan, trois fois l’an, à l’entrée de la bâtisse. Je lui crache dessus, ce mouton paumé désirant devenir, à son tour, chef de cette monotonie.


Prétextant avoir retrouvé le cheveu et la montre de Ramsès, le lendemain du crime, près de la photocopieuse, j'accusai le numéro 2. Mes preuves ne semblent pas avoir été suffisamment convaincantes pour mon patron. Ramsès s’est bien défendu, déclarant qu’on lui avait volé sa montre trois semaines auparavant, et que ce devait être moi le fautif, ayant sa montre en ma possession. Une superbe montre en or qu’il avait dû se payer avec la prime supplémentaire reçue à Noël dernier. Le salaud ! Garder une montre oubliée dans les toilettes n’est pas volé. Est-ce ma faute s’il doit l’enlever pour c… ce crétin de numéro 2 ! C’est tout juste un emprunt au destin et à cette bouse ambulante.

- " Patron, si j’avais volé cette montre, vous pensez vraiment que je serais venu vous voir? Je suis pas si con que ça tout de même! "


Shit ! Il faut croire que je l’étais. Encore assez con pour me mettre dans un bourbier invraisemblable. Mais cet idiot m’a cru ou a fait semblant de me croire. Mon patron m’a remercié d’avoir tenté de dénoncer un coupable, même un faux, et rien ne s’est passé. Ramsès est toujours là, le sourire aux lèvres, toujours adjoint, toujours aussi chiant. Mais Ramsès est le bras droit suprême. Le Rapporteur en chef. Trop utile pour être lynché. Et l’histoire s’est étouffée là. Sans coupables. Sans histoires.


Mais un jour, j’en ai eu assez de ces conneries. Ça faisait dix ans que je supportais ces journées honteusement exécrables. Ces jeux de coulisses menant à plaire à un gros con pour se voir récompensé, probablement par un tirage au sort, de sa grosse photo d'employé débile du mois et d’une prime de merde que finalement, nous n’arrivions jamais à avoir. Ces espoirs de récompenses qui arrivaient si rarement nous tenaient à cet emploi de merde ! Au diable ! Je me ferai serveur, danseur ou baiseur professionnel ! J’aime encore mieux mourir de faim que de continuer à crever petit à petit dans cet endroit funeste. Tant qu’à crever, mieux vaut que ça arrive brutalement, d’un seul coup. Alors, ce matin-là, sans trop réfléchir, je décidai que c’était terminé.


J’arrivai au bureau, à l’heure et demandai à voir ce gros con.


" Patron, j’ai voulu vous voir parce que j’ai une annonce à vous faire ".


" Moi aussi Fréchette, j’ai une annonce à vous faire ! "


" D’accord Patron, mais laissez-moi vous dire… "


"Ne m’interrompez pas Fréchette. Je vous disais donc, qu’avec vos dix ans parmi nous, vous êtes notre plus fidèle employé. Bien sûr vous n’êtes pas parfait et vous devriez faire plus d’efforts pour tenter de vous corriger, mais pour votre persévérance à servir notre entreprise, je vous nomme employé du mois et vous avez droit à une belle augmentation de salaire en prime. L’entreprise a décidé d’encourager les travailleurs à rester le plus longtemps possible et à partir de maintenant, votre salaire sera également annexé annuellement au coût de la vie. Voilà, j’ai terminé. Que vouliez-vous me dire ?"


" Euh, vous venez de me clouer le bec patron. Je ne m’en souviens plus. Je suis très honoré de cette reconnaissance. Je vous remercie. "


" C’est bon, allez travailler maintenant. Je dois avoir sur mon bureau demain matin, le rapport X-207 en trois copies. "


Le salaud. Je refusai de lui donner la satisfaction de me voir partir sans jouir de mes bénéfices. Il avait deviné mes intentions, j’en étais convaincu. S’il croyait m’attacher avec ces avantages de merde, il se trompait. J’allais rester assez longtemps pour profiter de ma gloire et de mon augmentation et ensuite, je partirai. Je le jure ! Un jour, je sacrerai mon camp de cette compagnie de cons !

samedi 24 octobre 2009

Amour, guerre et lahmajouns

(Lahmajouns : Pizza d’une nationalité… appelons-les, les mangoulais. Cette histoire est véridique. Seule certaines nationalités ont été changées afin de conserver l’anonymat des zéros de cette histoire.)

L’amour a cela d’étrange, que sans savoir pourquoi, un beau jour, nous sommes animés par une passion dévorante qui embellit notre quotidien. Il a aussi un côté obscur qui fait qu’un autre beau jour, on se réveille et puis, plus rien. C’est parti. C’est fini. N’en parlons plus. Moi, j’en parle encore, mais c’est la dernière fois, je vous le promets. Parfois, le réveil est brutal et avec le recul, on se demande: " Mais comment ai-je pu l’aimer ? Que pouvais-je bien lui trouver d’intéressant? ". Dans ce cas-ci, la seule réponse qui me vienne à l’esprit semble être la présence d’une tumeur au cerveau ! Une tumeur qui a du miraculeusement se résorber à coups de rayons de négativisme laissé dans son sillon par la guerre vécu dans son enfance.

Il faut dire que la guerre, il connaissait. Son peuple avait été victime de deux génocides et a du s’expatrier se parsemant ainsi dans tous les continents de la terre. De plus, il a passé sa jeunesse à vivre dans les bombes de la guerre du Liban. À dix ans, il livrait à vélo, pour le dépanneur du coin, en tentant de se frayer un chemin parmi les cadavres afin d’arriver à destination, avec sa caisse d’avocats, sains et sauves. Sa famille avait du se déraciner et quitter ce pays magnifique par trop bouleversé. Alors, quand j’arrivais le soir, recherchant la compassion d’un amoureux parce que j’étais déprimée et que je me trouvais trop grosse, je me retrouvais devant la chaleur et l'indifférence d’un mur de briques pris dans une tempête hivernale.

Vraiment très difficile de faire pitié. Ton père t’a battu ? Chanceuse, j’aurais tout donné pour avoir un père. Le mien s’est fait tué dans une embuscade alors qu’il revenait de son travail. Ta sœur t’énerve ? La mienne a sauté sur une mine antipersonnelle… on a du l’amputer de ses deux jambes et elle vit au crochet de ma famille maintenant. Tu ne trouves pas un bon emploi parce que tu n’étais pas bonne à l’école ? Mais au moins, toi tu as eu la chance d’aller à l’école, moi, mon école a été détruite par une bombe… Après quelques-unes de ces répliques, je commençai à comprendre qu’il me serait difficile de gagner la bataille de la compassion. J’étais la chanceuse, celle qui avait tout eu; ma misère d’enfance se transformait soudain en richesse de conte de fées.
Je comprenais alors… enfin, je faisais mon possible pour comprendre… même si j’avais l’impression d’entendre mon grand père se plaindre de la vie pendant la deuxième guerre mondiale, je tentais alors de comprendre l’extrême misère dans laquelle il avait vécu. Mais je ne m’avouai pas vaincu pour autant. Et je décidai de faire la guerre à la guerre pour gagner une place dans l’amour. Mais je le comprendrai beaucoup plus tard, je ne soupçonnais pas encore la force de mon adversaire…

Je l’aimais assez à cette époque pour faire des efforts afin d’essayer de saisir la difficulté qu’avait vécu sa famille d’avoir à tout reconstruire dans ce nouveau pays, le Canada. Ne nous méprenons pas ici, ne commettons pas l’odieux de parler du Québec en tant que terre d’accueil, mais de Laval, au Canada. Le front glorieux du Canada, cette entité plus grande que la vie elle-même, cette entité qui avait sauvé la sienne… Ce Canada était inattaquable.

- " Mais qu’ont-ils cette gang de " pepsi " à réclamer l’indépendance face à la magnifique population nord américaine de buveurs de Coke ? Qu’ils arrêtent donc de se plaindre le ventre plein ! ".

Cette lutte impensable et incompréhensible pour l’indépendance, ne laissait présager rien de bon. C’était la guerre civile assurée. Ayant troqué son vélo de livreur par un taxi de chauffeur, il se voyait déjà conduire les avocats parmi les rangées de cadavres canadiens. Et ces castristes marxistes de gauche de Québécois ne pourraient s’empêcher de jeter les pauvres canadiens dans le fleuve en criant méchamment que la pollution de ce cours d’eau augmenterait en flèche ! On pouvait même déjà entendre leur rire empreint de méchanceté indélébile marquée par un sourire sans dents parce qu’ils ont jamais lavé leur maudite bouche sale !!!!

" Ben là, calme-toi maudit niaiseux " que je lui répondais avec toute la compassion et la tendresse dont j’étais capable en ces moments de détresse et de paranoïa extrêmes.

En prévision de cette guerre, sa maison devenait un bunker remplie de provisions. Sa mère, ah oui, sa mère vivait avec lui, voilà encore un élément qui augmentait son charme et laissait entrevoir vraiment beaucoup de bonheur pour notre avenir de couple. Étant le plus jeune de la famille et ne s’étant jamais marié, il était le poteau de vieillesse de sa mère… ça vous dis-tu quelque chose ? Ma parole, des fois, je me serais crue dans les années 40… En tout cas, sa mère, qui ne parlait pas un mot de français et avait un début d’Alzheimer, faisait des provisions en quantité incroyable. Le sous-sol en était plein. J’y comptais des dizaines de pots d’eau de Javel, autant de boîtes de savon à lessive et savon pour la vaisselle ainsi que des pommes, des noix etc. Pour faire une comparaison, ma mère avait toujours dans sa garde-robe, une jaquette qu’elle gardait propre au cas où elle serait malade et devrait aller à l’hôpital. Pour la mère de mon amoureux, c’était les pommes et les noix. Elle gardait les fraîches aussi longtemps qu’elle le pouvait et mangeait les ratatinées.
Donc, dans ce sous-sol, j’étais persuadée qu’on tiendrait très longtemps en temps de guerre et en plus, qu’on mettrait des années à me retrouver, cachée sous les piles de pommes et de noix. Dans ce sous-sol transformé en garde manger, on y trouvait également des dizaines de pots de nescafé et de " coffee mate ". Il faut dire que dans cette maison, on y buvait de l’excellent café turc… excusez, mangoulais, veuillez noter ici que l’on traitait avec la plus haute importance toute occasion de combattre les Turcs. Bref, ce merveilleux café était suivi d’une bonne tasse de nescafé instantané mélangé avec du " coffee mate ". Et oui, on me servait du MacDonald dans de la vaisselle en or… C’est qu’il fallait pas gaspiller. Fallait tout avaler, même le nescafé. On a déjà tellement manqué de tout. F… ! Je sortais avec un ancien " biafra ", un de ceux dont ma mère me parlait quand je ne voulais pas finir mes légumes. (Et un biafra? D’où ça sort ce mot-là ? Si quelqu’un peut me l’expliquer, j’aimerais bien !)

Une chose que je reconnais à cette famille est que j’ai toujours mangé comme une déesse. Lahmajouns, steak tartare, soupe aux boulettes de bœuf haché et yogourt, aubergines, choux et tomates farcies, soudjouk, basterma ! C’était vraiment fabuleux. Tout le monde dans cette famille était gros, ne nous le cachons pas, et moi, je me disais qu’il me fallait faire mon effort de guerre pour en devenir membre ! De toute façon, manger, était l’activité principale dans cette vie. On reçoit de la visite ! Sors la bouffe ! On visite les voisins ! Sors la bouffe ! On va au cinéma ? Sors la bouffe ! Après un an et dix livres en plus, j’ai tenté de résister. Mais peine perdue parce que le mot " non à la bouffe " n’existe pas dans la langue mangoulaise. Dire non à la bouffe était une attaque personnelle contre l’identité mangoulaise et le peuple tout entier. Cette bataille était perdue d’avance autant devant l’insistance familiale que devant la succulence de ses plats. Et moi, je disais non, non, et ben...ok,,, juste un peu, pour les faire taire, ... mais juste un peu c’était impossible… trop bon pour résister… et je disais nouiiii jusqu’à ce que je roule en boule pour me rendre à mon lit.

Et j’ai dit nouiiii, jusqu’à ce que monsieur mangoulais me reproche de prendre du poids.

- " Tu as vu tes fesses ? Elles commencent à élargir dangereusement je trouve ".

- " Pardon ? Tu t’es pas vu toi ? Tu pèses 250 livres ce qui fait environ 100 de moins que ta mère ! Tellement que l'autre jour, elle s'est assise sur un avocat et elle s'en est même pas aperçue! Osti, quand je veux pas manger, je me fais quasiment gaver de force et tu commences à m’écœurer parce que j’ai le derrière en forme de lahmajouns ?".

- " Calme-toi, c’est pas beau pour une femme de sacrer ! "

- " Mange donc de la m… ! "

- " Les insultes sont l’apanage des pauvres d’esprits ! "

- " Osti, ben remange de la m…! "

En ces instants, je n’y pouvais rien. Autant de médiocrités faisait surgir en moi des bassesses émotives insoupçonnées. Mais l’insulte dans l’intimité ne servait à rien. Il fallait qu’elle soit perpétrée en public. Parce qu’un mangoulais, c’est bien élevé. Lorsque le mangoulais et moi sortions les fins de semaine , il ne pouvait s’empêcher de mettre son habit et sa cravate. Bon, je trouvais ça un peu con mais je pouvais quand même tolérer. Mais il fallait pas non plus que je lui fasse honte en public. Et ça, et ben, c’est ma grande force, moi, faire honte au monde devant le grand monde.

Alors je sortais mes pires insultes.

Devant la visite mangoulaise :

- " Tu as vu le pape ? Il est déjà mort mais on le promène attaché à un morceau de bois pour l’aider à bouger comme une marionnette ! " (insulte au pape, insulte suprême dans la culture mangoulaise).

Au resto :

- " J’ai pas compris. Tu peux parler plus fort ? J’ai de la misère à t’entendre avec toutes les bulles qui pètent constamment dans mon cerveau ! ".

Dans son jardin, devant les voisins :

- " Tes concombres n’ont pas la vivacité de mes tomates ! ".

- " Ta tête est grosse comme une citrouille, pis toé t’as qu’à te tenir sur ton balcon les soirs d’halloween si tu veux avoir de la visite des enfants! ".

Et je réalisais que ma lutte pour prendre ma place dans cette relation était veine. Elle s’était transformée en guerre contre le mangoulais, contre la famille et la communauté mangoulaise et contre moi-même, qui, telle sa mère, était devenue amèrement amère.

Et un beau jour, alors que je cherchais à me dépêtrer du mieux que je le pouvais dans cette lutte pour ma survie, je reçu le coup fatal. Le tir du prisonnier condamné à mort. Le maudit mangoulais partait en voyage avec son crétin de voisin alors qu’il n’avait rien voulu faire pendant mes vacances. C’en était trop ! Mon coeur venait de sauter sur une mine antipersonnelle, brisé en mille morceaux, transformé en moignons pour l'empêcher de saigner plus à fond. À force de lutter, mon corps était devenu un pays en guerre. Anéanti par trop de batailles perdues. Je compris alors qu’il me fallait fuir, loin de mon pays et me reconstruire, pour trouver la paix.

samedi 17 octobre 2009

Le voyage à Paris

Le journal plié sous le bras, il sortit de la voiture. Lunettes noires, béret assorti à ses souliers, maintenant il pouvait enfin faire ce qu’il désirait depuis un certain temps, "jouer au Français". Jérémie, 7 ans, revenait d’un long voyage de deux semaines à Paris avec ses parents. Son père, ayant dû s’y rendre pour affaire, avait décidé d’y emmener toute la famille. Pendant ces deux interminables semaines, Jérémie avait parcouru les rues de la ville avec sa mère alors que son père travaillait. Il en avait vu des choses. Des musées, des églises, des rues, des cafés. Il avait vu des statues avec les bras en l’air, les bras baissés, agenouillées et d’autres avec du sang dessiné sur les mains. Mais c’était un peu ridicule, une statue ne pouvait pas saigner ! Même les châteaux qu’il rêvait de voir depuis longtemps l’avaient déçu. Certains n’avaient pas beaucoup de meubles. De plus, une clôture lui bloquait le plus souvent l’accès aux appartements et il ne pouvait même pas aller jouer dans les différentes pièces du château. Il ne pouvait que regarder des tableaux de vieux messieurs et de vieilles madames qui étaient morts depuis bien longtemps. Il ne voyait absolument pas ce que tout cela avait de formidable. Il lui semblait qu’aucun endroit dans cette ville ne décelait un seul jeu vidéo, un ordinateur ou même une télévision avec une émission intéressante ! Rien. Une fois, ses parents avaient accepté de l’emmener au Macdonald, mais quelle déception, c’était un faux. Il n’y avait même pas de croquettes de poulet !

De plus, il ne comprenait pas pourquoi ces visites étaient si tristes. En entrant dans un nouvel endroit, sa mère, le plus souvent les yeux pleins d’eau, s’exclamait : " Comme c’est beau! "…  
"À quoi bon venir de si loin pour marcher pendant des heures et voir sa mère pleurer!", se demandait Jérémie.

La seule chose qu’il avait trouvé intéressante était les habitants de Paris, les Français. Jérémie les trouvait très drôles avec leur accent. Lorsqu’ils se parlaient, ils se chicanaient très souvent, mais eux, ne s’enfuyaient pas et ne pleuraient pas comme son amie Marie, qui elle, détestait la bagarre. Il faut dire qu’elle était bien petite Marie, elle n’avait que 5 ans. Cependant, chaque fois qu’il voulait jouer au français, Jérémie était perplexe devant l’attitude de sa mère qui ne pouvait s’empêcher de rire en le grondant. Elle lui disait alors : " Attends donc d’être revenu au Québec ! ".
Et maintenant, il y était. Et maintenant, plus personne ne le retiendrait de jouer au Français. Il prit l’accent :

" Alors ça va ? "
" Oui, bof, hein, bof, y faut hein ".

" Non, mais t’as vu la tronche qu’il a ? ".
" Ouais, y’a une tronche de dégonflé! " .

Il sentit soudain une main sur son épaule et se retourna. Son voisin, un géant de 13 ans mesurant au moins 5 pieds, le regarda méchamment dans les yeux et hurla :

" Mais tu te moques de moi ma parole ! Tu crois vraiment que, vous les Québécois, n’avez pas d’accent? Depuis 5 ans que je vis au Québec je n’ai jamais ri de vous moi, alors pourquoi tu te moques ainsi des Français? "

" Je ne me moque pas, je joue au Français, tête de noix ", lui répondit Jérémie.

" Et en plus, tu m’insultes ? Non mais ma parole, on aura tout vu. Viens ici je te colle une baffe… ".

Jérémie ne savait pas ce qu’était une baffe mais il réussit à s’enfuir en soupçonnant que ça n’avait rien de vraiment intéressant. Il courut, courut et courut. Il espérait retrouver rapidement la sécurité de sa maison. Mais il courut tellement loin qu’il se retrouva sur une drôle de rue, une rue pareille aux rues de Paris, avec ses cafés, ses vieilles maisons…

Le premier passant qu’il rencontra lui dit :

"Non, mais, tu te moques des Français avec ton béret et tes lunettes…tu mérites une punition!"
" C’est pas vrai, je me moque pas, je joue au Français ! "

" C’est la même chose, jouer et se moquer! Tu vas voir ce que tu vas voir… " dit l’homme en empoignant Jérémy par le col et en le hissant à deux pieds du sol. Il leva alors sa baguette de pain très haut et voulut donner une fessée à Jérémie.

" Non ! Non! Non! " hurla-t-il…
Jérémie se réveilla soudain. Sa couverture suintait d’humidité. Il avait fait un cauchemar. Le faux et le vrai se mêlait encore à son esprit, mais il était certain d’une chose, en cet instant, il savait qu’il était en sécurité.

Il entendit alors des bruits de pas dans l’escalier qui le firent se retourner.

" Tu te lèves mon grand,? lui lança sa mère. Aujourd’hui, on monte dans la Tour Eiffel !".

" Bordel de merde! ", pensa-t-il en français, son cauchemar continuait.

samedi 10 octobre 2009

Mes vieilles ...

Entendu dans un café :

- " Regarde Joséphine, cette jeune femme impressionnante. Comment peut-elle marcher avec des talons si hauts ? C'est formidable ! Elle doit travailler pour le Cirque du Soleil !"

- "Tu trouves ça drôle, toi! D'après moi, cette jeune femme ne fait ni plus ni moins que s'oublier et oublier ses pauvres pieds juste pour plaire aux hommes. Celle-là, elle va souffrir d'arthrose à 40 ans avec des godasses pareilles. À propos, t'as vu comme elles sont tordues par l'arthrose mes mains? Elles me font tellement souffrir, t'as pas idée. Bientôt, je ne pourrai même plus venir ici, dans ce restaurant avec toi, tellement j'arrive à peine à tenir ma tasse de café."


- "Ben voyons donc, encore à te plaindre. Hier encore t'étais capable de faire un gâteau à trois étages en inscrivant tout au long : Joyeux anniversaire à mon fils chéri que j'aime tendrement et aujourd'hui tes mains sont à l'article de la mort ? Regarde plutôt la vie autour de toi. Les enfants jouent, crient et pleurent. Les jeunes ont des sourires remplis d'espoir grâce au chemin que t'as tracé, pour eux, parce que t'as travaillé dur toutes ces années ... "

- "Vieille folle... Encore à délirer. As-tu pris tes pilules à matin ? Tu le sais comment t'es, tu penses que tu vas mieux, tu arrêtes de les prendre et puis tu te prends pour Jacques Brel qui se met à chanter sur des niaiseries comme des talons hauts..."

- "As-tu fini ton café ? Au lieu de m'assommer avec tes platitudes tu devrais venir marcher avec moi dans le parc. "

- "Non, mais ça va pas ? J'ai marché deux coins de rue pour venir prendre un café avec toi pour entendre parler de talons ! De toute façon, continua-t-elle, t'as vu mes genoux comme ils sont enflés ? Je pourrais pas faire 10 minutes que tu vas devoir appeler l'ambulance !"

- "Tu exagères. Si ça se trouve tes genoux vont désenfler et ta tête aussi. L'exercice, tu sais, c'est excellent pour le moral. Je te parie qu'une fois que tu auras fait le vide, ton cerveau va s'ouvrir à du positif. Et si c'est pas des talons que tu vas admirer, ben ça sera des garçons !"

- " OK viens-t-en, de toute façon, je te connais tu me lâcheras pas ", capitula Joséphine. Elle savait depuis longtemps qu'il était impossible de lutter contre l'indécrottable positivisme de son amie.

- " Ah, pour ça t'as bien raison. Ça fait 50 ans que je te connais pis je t'ai toujours pas lâché ! "

« La complainte de l'heure de pointe »

Tous les soirs, à la même heure, c’est toujours la même histoire qui se répète inlassablement tel un mauvais scénario. Tous les soirs, à la même heure, je suis une figurante médiocre dans ce film de série B. Tous les soirs, à la même heure, au même endroit, ils se donnent tous rendez-vous pour assister à ce spectacle sans fin. Tous les soirs, au même endroit, je suis prisonnière du trafic de cette sortie d’autoroute qui mène à la fois vers Montréal et Québec.


Montréal, ville magnifique. Immense village urbain éblouissant les visiteurs par la gentillesse de ses habitants. Montréal, impossible d’y avancer à l’heure de pointe. Le temps fige l’automobile, laissant au spectateur impuissant, le loisir de contempler la splendeur de son paysage. Montréal, ville où se côtoient le modernisme des tours à bureaux et l’histoire de ces immeubles anciens. Montréal et ses environs, un fabuleux réseau de routes et d’autoroutes construit pour la très moderne et superbe Expo 1967 et ce, sans perspective et sans aucune vision d’avenir (et sans aucune c… de réparations…). Montréal et ses environs, ceci fait de toi le plus GROS STATIONNEMENT AU MONDE !!!


Qu’à cela ne tienne. Je me suis toujours promis de rester calme et sereine peu importe les légers désagréments subis dans ce trafic intense. Alors, je contemple ces tableaux aériens d’une beauté inouïe. Cette semaine, des nuées d’oiseaux s’étaient donnés rendez-vous pour des vols planés dans les champs de blé. D’autres soirs, le noir épais des nuages de pluie se marie au rouge vif de ce soleil se couchant au bout de l’horizon. Même les envolés de montgolfières lors du festival semblent exister pour me plaire… Alors, devant tant de beautés, je me calme et je profite de ce divertissement qui serait invisible à mes yeux si ce n’était de l’immobilisme causé par cette densité routière.


D’autres soirs, je cherche. Je pense à mon repas. " Non pas ton repas. Tu le sais, tu es hypoglycémique depuis que ton monde existe. Et tu ne t’apportes rien à grignoter jamais…Tu prends des risques calculés ? Mon œil ! Tu n’as jamais été bonne dans les mathématiques… Non pas ton repas, pense à autre chose. "
Ah oui, j’écoute Joe Dassin. C’est calme et serein, Joe Dassin. Existe-t-il sur cette terre, musique plus entraînante de bonheur ? La vie est une longue autoroute tranquille pour Joe Dassin. Et l’on se prend à fredonner sur ces airs si gais… On rayonne tellement que l’on oublie parfois ses paroles graves qui détonnent de ces notes joyeuses. Une prostituée devient sa "dame de petite vertu", son "bonheur d’un quart d’heure". Une histoire de femme délaissée avec un enfant sur les bras se transforme en rencontre inattendue et milles excuses de cet amant repenti. Un mari est cocu et il faut balayer sa cour pour l’avoir fait à sa femme, taka taka taka taka taka takata! … Et oui. Des histoires graves que l’on chante à tue tête sur un air de Caillou donnant des friandises à son chat… la la la la….


Cette musique bon enfant, cette poésie si simple et si intense à la fois, me préservait jusqu’alors contre la fatalité du trafic… jusqu’au jour où le pire est arrivé. Un enfoiré, un enfant de p… vint me couper à la sortie de l’autoroute, sortie que je convoitais moi-même depuis une bonne demi-heure alors que je roulais complètement arrêtée. Le salaud, et comme si sa saloperie ne lui suffisait pas, il me salua de la main. Il venait de tuer instantanément la magie de Dassin. Et instantanément, je devins une toute autre personne. Je découvrais alors ma nouvelle personnalité, celle d’une femme au bord de l’autoroute de la crise de nerfs… La rage au cœur et au ventre, je jurai sur le toit de ma voiture que, dès lors, personne ne se glisserait plus jamais entre moi, ma rage et mon automobile. J’en fis une question d’honneur et de respect. Commença alors la plus grande course stationnaire que je connaisse, une course contre la montre. Une course qui ne se produit que dans ma tête. Conduisant une auto manuelle, il y a toujours un délai entre le départ du conducteur qui me précède et le mien, ce qui augmente considérablement le défi en même temps que la distance à parcourir. Alors dès que j’avance, je pars à toute vitesse pour rattraper la demi-seconde qui me sépare de l’auto avant moi. Plus aucun rat d’égout ne viendra s’y glisser. Ainsi, tous les soirs, je m’accroche intensément à mon volant et à mon levier de vitesse pour mener à bien cette course contre le temps et me coller le plus près possible de mon prédécesseur. Telle la soie dentaire entre mes dents trop serrées, même une couleuvre huilée ne pourra s’y glisser. Ce soir je suis restée tellement longtemps collée à ce camion que les inscriptions sur son derrière sont encore gravées dans ma mémoire :


" Rénovation solution HD
Laine pour colmater, laine pour rénover, laine pour solutionner
514-444-4413 " 

J’ai même retenu les numéros sur l’arrière des pneus. 2546712, 2546712, 2546712, 2546712…

Je le jure, sur ce blogue, à partir de ce jour, plus personne ne manquera de respect à ma conduite.

" Vous ignoriez qu’il vous fallait faire la file depuis 30 minutes pour prendre cette sortie ? Je m’en fous, avancez par en arrière!... ... ... Vous ne pouvez pas faire demi-tour sur l’autoroute? Si vous savez ce que je m’en contrefiche. Ce bout de route est à moi. J’ai attendu depuis trop longtemps pour les billets de ce spectacle ennuyant, laissez-moi la place et foutez le camp... ... ... Non mais… Eille toi en avant ! Laisse-le pas passer ! À quoi ça sert que je me démène comme une folle pour me faire respecter si c’est toé qui manque d’autorité ! Réveille ! Pis suis la file de plus près ! " 


Je parle seule mais je m’en fous. Seule ma quête de respect compte en cet instant. Et je regarde les autres conducteurs qui parlent tout aussi seuls. Alors je jubile, je ne suis pas la seule à vouloir le respect. Mes pensées défilent dans mon esprit à une rapidité inversement proportionnelle à la circulation. Mon souper, ma soirée, ne pas perdre la distance, mes émissions, ma douche, ne pas perdre du terrain, …


À force de côtoyer cette file indienne, je suis devenue cowboy du volant. Et je me jure de fusiller du regard tout téméraire osant me défier. Je rêve alors que l’orage de ma rage fasse éclater au grand jour l’imbécillité de ces malades au volant qui ne savent conduire mais surtout ne savent se conduire. Ces crétins d’enfoirés qui régulièrement manquent de causer des accidents à tous les coins de rue et coins de champs… ces sauvages… Attaquons-les, ligotons-les, scalpons-les, éviscérons-les… CHU PU CAPABLE DE LES VOIR, LES SENTIR, PIS LES ENDURER LES CALVAIRES DE MAUDITS INNOCENTS… Et sur cette route qui ne mène nulle part, je deviens sans m’en rendre compte, une des leurs, avec cette rage au cœur et au volant.

C’est comme ça tous les soirs. Et soudainement, sans trop savoir comment, j’arrive devant chez moi en fredonnant :


" Je vais fréter demain trois caravelles. Et tu auras de mes nouvelles. Avant longtemps.
Je vais courir les océans pour découvrir le sixième continent !!!
Pourquoi je n'serais pas Christophe Colomb Ou Magellan ou Robinson, tout simplement?
Il y a au bout de l'horizon un monde auquel je donnerai ton nom.
la la la la la la lère .... "

dimanche 4 octobre 2009

Le jour où j’ai donné ma langue au chat.

Je vous présente mon chat, Félix. Indépendant à ses heures, câlins à mes heures. Nous vivons ensemble dans ce minuscule appartement depuis si longtemps. Nous nous comprenons, la plupart du temps, sans parler. Il me regarde, je le prends. Nous tuons alors le temps à coups de caresses.

Mon chat ne joue pas. Il mange, boit et dort. C’est un chat. Dans ce quotidien, fait de tout et de rien, la vie passe le plus souvent, sans qu’il ne se passe rien.

J’étais depuis toujours, je le croyais, confortable dans cette vie sans fin. Linéaire à souhait, compensant pour les hauts et les bas de mes vagues à l’âme. Jusqu’au jour où je sentis derrière moi un vague sentiment qui me glaça le dos. Je me retournai et c’est alors que je le vis. Ce regard félin qui me fixait ardemment, quémandant une réponse à une question qui m’était tout à fait étrangère.

- " Tu as faim Félix? " lui demandais-je en faisant résonner sa boîte de croquettes.

Ce geste ne manquait jamais de le faire réagir, mais cette journée-là, il ne se passa rien. Mon chat continuait de me regarder, fixement, sans bouger. Je me sentais terriblement mal à l’aise et ne comprenais vraiment pas cette nouvelle sensation, cette nouvelle dynamique entre nous.

- " Tu as soif ? " essayais-je de nouveau. Toujours rien. Pas de réaction. Je regardai son bol. Il n’y avait pas touché depuis ce matin. Ce ne devait donc pas être la soif.

Mine de rien, je tentai de continuer à vaquer à mes occupations quotidiennes mais ce regard étrange me déconcertait.

- " Tu es malade alors? ". Aucun signe ne laissait présager quelque malaise physique que ce soit. Mon chat n’était pas malade, il était simplement devenu bizarre…

J’abandonnai cette partie de devinettes et lui déclarai alors : " Je donne ma langue au chat ! ". Félix se retourna et demanda la porte. Je la lui donnai et il sortît. Au moment même où j’allais la refermer, j’entendis une voix me dire : " Merci Travailleuse Sociale de m’avoir donné la parole. Je m’en vais de ce pas dire ce que tu n’as jamais osé dire. Je nommerai ce que tu n’as jamais osé nommer."

Cet événement eût lieu il y a bien longtemps. Je ne fus pas témoin de ce qu’il fît pendant les 48 heures où il fût absent de chez moi. Cependant, au fil des rencontres de ma vie, j’ai appris ce qui s’était passé, me permettant ainsi de vous le raconter.

Le premier geste que Félix fit, fût de se cacher dans un buisson, dans la cours du voisin, et d’attendre que toute la maisonnée se fût endormie. C’est alors qu’il se mit à chanter et à hurler. Si j’ai bien compris, il avait appris les paroles d’une chanson d’Angèle Arsenault et s’en servait comme arme de destruction massive du sommeil. Lorsque les voisins se levaient pour faire taire ce bruit infernal, Félix se taisait. Personne n’aurait pu imaginer qu’un si petit animal aurait pu se cacher si bien et faire autant de fracas. Sitôt les voisins rendormis, mon chat reprenait son manège, qui dura toute la nuit. Lorsque le voisin sortit ce matin-là pour aller travailler, les yeux cernés et le ventre tordu par le manque de sommeil, Félix vociféra, toujours bien terré dans son bosquet :

" Eille ! microbe ! Oui, toi le voisin ! Aimes-tu ça de la musique toute la "nuite"? Ben non ? Bon, ben moé non plus tu sauras. Pis dis toé qu'à partir de maintenant, pour chaque nuit que j'entendrai ta musique de deux de pique pis tes cris de cochon qu'on égorge, je vais revenir pour chanter chaque nuit de ton existence jusqu’à ce que ta mort cérébrale s’ensuive. "

Le voisin, entendant des voix, cru qu’il devenait fou. Il s’enfuit à toutes jambes. On ne le revit plus jamais.

Satisfait de sa première œuvre, Félix se récompensa par une très grosse crème glacée molle nappée de chocolat, le tout accompagné d’un bon Pepsi. J’imagine qu’il avait dû souffrir d’entendre le combat perpétuel de Travailleuse Sociale entre la culpabilité engendrée par la consommation et la privation qui s’ensuivait. Il avait décidé qu’il en boirait tant qu’il en voudrait, sans toutefois exagérer. Félix était un païen et ne pouvait croire qu’il aurait huit vies successives à celle-ci. Il avait donc décidé que cette vie ne serait remplie que d'un immense sentiment de plénitude. Il refuserait dorénavant de ressentir le manque, ni le sien, ni celui des autres d’ailleurs.

C'est ainsi qu'il posa son deuxième geste en téléphonant à une amie de Travailleuse Sociale. Puisqu’elle lui avait donné sa langue, il n’eût aucune peine à imiter sa voix. Voici à peu de choses près ce qu’il lui proclama :

" Salut toi qui téléphones tous les soirs, toujours pour te plaindre de ta vie, de ton patron, de tes collègues, de ta famille, de tes amies infidèles, gna gna gna... . Pauvre toi, pis après ça tu perds tes amies pis il paraît que c'est même pas de ta faute ? Mais c'est ben dur de comprendre pourquoi hein ??? Si t'es trop centrée sur ton nombril ? Ben non voyons... Tsé quand tu poses une question pour qu’on te la pose en retour… pis que ta réponse c'est juste le début d’un interminable monologue sur toi, ton nombril et tes difficultés !!! On peut pas dire que t'es centrée sur toi ! Ben non, on peut pas le dire, on peut même pas placer deux mots !!!... Je comprends que la vie est tellement difficile pour toi que c'est impossible de me demander comment je vais... Ça te demande tellement d'efforts que t'aurais même plus l'énergie pour écouter la réponse, c'est vraiment pas drôle...
À partir de maintenant, interdiction de m’appeler si c’est seulement pour te vautrer dans ta misère que tu dis détester et que tu refuses de quitter ! Personne d’autre que toi n’est responsable de ton sort ! ".

Il raccrocha, ne voulant entendre la réponse qui, il en était sûr ne serait qu’un long monologue contre sa soudaine méchanceté. Il se sentait soulagé mais refusait de ressentir la culpabilité qui serait inévitablement engendrée par la réponse. Il avait appris, par son expérience de vie, que les personnes les plus fortes en matière d’autoapitoiement, étaient les plus habiles à vous faire sentir coupable de par leur incapacité à gérer leur propre vie. Il ne voulait pas entendre la réponse ce jour-là. Ce n’était pas un début de négociation. C’était une condition à respecter pour toute personne qui approcherait Travailleuse Sociale. Cessez de quémander. Donnez et vous recevrez… Ce n’était pas une question de religion ni de philosophie, mais une simple équation mathématique.

Après ces heures frénétiques de règlement de mes comptes, Félix rentra à la maison. Il avait l’air tout aussi épuisé qu’heureux de me retrouver. Je le pris dans mes bras et lui donnai toute l’affection dont j’étais capable. Je ne lui posai aucune question ayant finalement un peu peur de constater que mon chat parlait réellement. J’avais dû imaginer le tout. J’avais pensé tout haut et voilà tout! Je fus rassurée par la suite, puisque mon chat se comporta tout simplement en chat pendant le reste de sa vie.

Ce n’est qu’à la lumière de ces informations que je compris ce qui s’était passé. À partir de ce jour, grâce à mon chat, ma vie fût paisible. Plus de musique ni de bruits de voisins la nuit. Ceci me permit de mieux dormir et de m’adonner à des occupations que j’appréciais telles la lecture et l’écriture. Je gagnai également beaucoup en temps, que je pus convertir en instants de plaisirs, ne recevant presque plus d’appels téléphoniques ni de visites nuisibles. À partir de ce jour, les personnes qui rencontrèrent mon chemin étaient des gens avec qui je pouvais avoir de réels échanges. Ceux qui ne pouvaient le tolérer quittèrent graduellement ma route de vie. Elles me manquèrent un peu au début, mais lorsque je réalisai à quel point mon moral s’améliorait et à quel point le bonheur imprégnait mes jours, je m’habituai très rapidement à leur absence.

Mon chat avait compris bien longtemps avant moi comment être heureux et il avait décidé cette journée-là que mon moment était venu.

vendredi 2 octobre 2009

En attendant...

Bonjour,

Samedi matin, le 3 octobre, je participe à un atelier d'écriture... je n'ai pas eu le temps de rédiger mon texte de la semaine. Alors, voici, pour vous permettre de passer le temps .... Mon texte suivra très bientôt, probablement dimanche matin...

Amusez-vous bien !

Test logique :

http://www.bazarquebec.com/blaguedujour/pps6/Testlogique.pps

Pornographie :

http://www.bazarquebec.com/blaguedujour/pps6/Pornographie_naturelle.pps

Ma maison :

http://www.bazarquebec.com/blaguedujour/pps6/Mamaison.pps

Ligne érotique :

http://www.bazarquebec.com/blaguedujour/pps6/Ligneerotique1.pps

Le wiwichu :

http://www.bazarquebec.com/blaguedujour/pps6/Le_wiwichu.pps

La ceinture, mettez-là ! :

http://www.bazarquebec.com/blaguedujour/pps6/la_ceinture_mettez_la.pps



Bon samedi et à bientôt...
BlogueParade.com