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Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

samedi 8 août 2009

Le dernier voyage, suite et fin

Destination Nouveau Brunswick !
Mon plan était simple. Je me rendais près de Mont Joli pour réaliser le dernier souhait de ma mère et je reprenais la route par la Vallée de la Matapédia pour aller me reposer sur les fabuleuses plages du Nouveau Brunswick, je le répète, (à 900 km, aller seulement !) . J’avais empilé tout ce qu’il fallait pour faire du camping dans le coffre de mon auto et me rendre dans le parc du Bic pour y camper quelques jours avant de reprendre la route pour ma destination finale. Je devais partir une semaine, peut-être un peu plus. Rappelons qu’à l’automne, j’occuperais un nouvel emploi qui me demanderait de prendre la route et je voulais conjurer le sort de la conduite automobile afin de ne pas avoir à subir ce stress en plus de celui d’occuper un nouveau travail. Je comptais sur les quelques 2000 kilomètres que je m’apprêtais à faire pour calmer enfin cette anxiété.

Je partis pour cette aventure par un matin ensoleillé. J’avais une courte escale à faire pour déjeuner avec un ami vivant à 40 minutes de Montréal, bien sûre, à vitesse normale. Voilà, je me rendis chez cette ami vivant à près d’une heure et quart de chez moi, à ma vitesse. Je pris l’autoroute 20 pour la première fois de ma vie. Précision, je pris l’autoroute pour la première fois de ma vie et je me rendis à mon déjeuner sans trop de problèmes.

Et je repartis, une heure plus tard, le ventre plein et le cœur rempli d’espoir de lieux paradisiaques à visiter pendant mes vacances. Cette journée-là, je fis une grande découverte. Vraisemblablement, il ne manquait que 2 ailes à mon Hyundai Accent noir 1998 pour s’envoler à chaque coup de vent ou dépassement de camion lourd. Dès que j’atteignais la vitesse (fulgurante) de 90 kilomètres à l’heure, l’autoroute se transformait en piste de décollage et il ne me manquait plus que l’autorisation du contrôleur pour m’envoler vers ma destination finale! Bien entendu, je ne décollai jamais mais mon stress, lui, atteignît des sommets inimaginables. Je grimpais le Machu Picchu de l’anxiété. Je fantasmais constamment sur les possibilités qui se présentaient à moi de me retrouver agonisant dans le fossé et me transformant en curiosité de la journée, de l’autoroute 20… et je faisais tout ce que je pouvais pour éviter la panique. Je conduisais pendant 1 heure et je m’arrêtais, en ayant l’air d’avoir à me restaurer, mais avec la difficile tâche d’avoir à faire atterrir mon stress. Et c’est ainsi, qu’à coups de beignes, de sandwichs desséchés au jambon et de café infect, six heures plus tard, j’arrivai dans la fabuleuse contrée de Lévis qui se trouve normalement à 3 heures de route de Montréal. Une seule fois je m’y étais rendue en six heures par une nuit où une tempête de neige faisait rage. C’est à ce moment que je commençai à douter de ma destination véritable. Je pouvais me compter chanceuse si j’arrivais vivante au cimetière de ma mère.

Je fis donc escale à Lévis ce soir-là. À l’hôtel où je m’étais arrêtée pour passer la nuit, je bus deux verres de vin rouge et me fis donner un massage pour me détendre de cette expérience traumatisante. C’est à ce moment, qu’après 20 minutes de massage, la masseuse me dit cette phrase géniale que je n’oublierai jamais : " Il n’en tient qu’à vous pour que ce massage fonctionne. Il faut vous relaxer ! ". Mais comment n’y avais-je pas pensé toute seule ? Si par malheur deux verres de vin et un massage ne peuvent m’aider à relaxer, qu'est-ce que je suis supposée faire ? Je ne pouvais tout de même pas lui raconter ma vie… " Ça fait un mois que je conduis et je suis partie pour un voyage de 2000 kilomètres. J’en ai fait à peine 250 et voyez dans quel état je me trouve !". Il s’agit du genre d’histoire où vous devez être en pleine possession de vos moyens pour la raconter, sinon, vous avez plutôt l’air d’une déséquilibrée. Alors je me tus. Et je ne relaxai pas.

Je repartis le lendemain matin tôt pour me rendre à ce qui était ma première et ce que je décidai être ma dernière destination, le parc National du Bic.
 
 
Vacances … vous avez dit vacances ?
Il pleuvait cette semaine-là. J’aimerais pouvoir vous dire que les mots qui me viennent à l’esprit pour décrire ces vacances sont " misérables et pathétiques ". Toutefois, les semaines que je viens de passer sont aussi assez réussies dans le genre. " Deux mois de vacances, sans argent, sans projets, jouant l’infirmière au chevet de mon vieux chat malade ! C’est le pied ! " 

Il pleuvait et je n’avais personne à qui parler. Le moment le plus agréable de la journée était le temps du café que je dégustais le matin, devant un bon livre. Par la suite, je cherchais à tuer le temps. Il m’arrivait d’aller faire une promenade dans le bois mais comme le temps n’était pas clément, je me retrouvais bien souvent isolée sur ma route me demandant s’il était possible dans ces contrées lointaines de faire la rencontre d’un ours ou d’un tigre géant ! Je pressais alors le pas en espérant rejoindre le bout du tracée le plus rapidement possible. Que de plaisirs !

Je décidai alors de régler l’enterrement le plus tôt possible. J’appelai le presbytère et le salon funéraire de ce petit village. Lorsque je retourne dans ce coin de pays, il me faut me rappeler que la notion du temps est très différente de celle que je connais à Montréal. Bref, souvent il n’y a pas de réponse ou la réponse appartient " au monsieur qui a du arrêter chez sa belle-sœur pour un dégât d’eau, mais qui devrait arriver bientôt! " et bien évidemment, personne ne pouvait me rappeler dans ma tente de camping. En persistant (qu’avais-je d’autre à faire vraiment, aller danser avec les loups ?), j’arrivai à prendre rendez-vous pour l’enterrement.

Avant de m’y rendre, je devais cependant aller chercher les cendres de ma mère. En voyant l'urne, j'eus un pincement au cœur. Je bouclais la boucle de trois longues années de maladie se terminant fatalement par sa mort. Je réalisai que je ne savais pas quand je reverrais ce magnifique coin de pays, n’ayant plus personne à aller visiter. J’étais orpheline de mère et de région. Je perdais mon point d’ancrage. Je regrettais déjà le calme de ces longues marches près du fleuve; cette vue imprenable sur l'horizon. Je prenais conscience de l’ampleur des deuils qui s’imposaient à moi, soudainement. Et je laissai couler ma peine.

J’avais 50 kilomètres à parcourir entre le lieu de cueillette de l’urne et le cimetière. Je devais trouver un endroit approprié pour le dernier chemin parcouru par ma mère. J'avais pensé l'installer sur le siège passager avant, avec moi, mais je l’imaginais me donnant des conseils interminables sur ma conduite et terrifiée du risque d’accident que l’on encourait lorsque j’étais au volant. " Va plus vite, va moins vite, attention au stop! ". Tout compte fait, je la plaçai soigneusement dans le coffre de ma voiture, entre la vaisselle et la nourriture. Elle aurait l’occasion de se nourrir ou de faire le ménage. Elle y serait dans ce qui se rapproche le plus de son élément. Et moi, j’oubliais un peu le pénible sentiment lié à cette dernière procession.
J’avais averti sa famille de l'enterrement de l'urne, mais personne ne vint. Après tout, pourquoi se déranger une deuxième fois ? Elle était morte 5 mois auparavant, on s’était déplacé pour ses funérailles, alors que faire de la mise en terre d’un tas de cendres ? À quoi bon remuer encore ce passé ? Qu’elle repose en paix veut dire pour plusieurs, fichez-moi la paix. J’étais seule avec elle et cela m’attrista. Plus personne ne se préoccupait d’elle et personne ne m’y accompagnait. Je vivais le même sort que celui de ma mère.

Cependant, le plus grand réconfort vint de celui qui m’accompagna au cimetière. Il était très gentil et comprenait la douleur de cette situation. Il avait des mots paisibles comme cet après midi ensoleillé. Il creusa un minuscule trou avec sa pelle et récita des prières. La situation m’attristait et je pleurais. Je terminais quelque chose d’important pour moi. Je pleurai jusqu’au moment où l’homme gentil se mit à chanter. Nous étions deux au beau milieu d’un grand cimetière et il chantait. Ma peine s’arrêta net devant l’étrangeté de la situation. Elle se mêlait désormais à mon besoin de contenir mon rire. Prenez une messe, enlevez les fidèles, les servants de messe, la sacristie et tant qu’à faire, toute l’église et vous vous retrouvez devant quelqu’un qui chante tout seul dans un champ devant l’éternel. J’ai connu des personnes qui ont été enfermées pour moins que ça! Quel sacrilège de tenir ces propos, me direz-vous! Je tente simplement de décrire la situation, telle que je l’ai vue.

Sur ce, je quittai ce gentil mais néanmoins étrange monsieur et allai à l’épicerie du coin pour acheter mon repas que je me préparerais au terrain de camping. Je préparais ma soupe lorsqu’il se mit à pleuvoir. Alors que je m’empressai de ranger mes effets en courant du coffre de la voiture jusqu’à la table de pique nique, je m’accrochai les pieds dans la corde de la tente et plongeai tête première sur la pelouse! Le pire, c’est que je n’avais personne pour rire de cette situation avec moi. Avec ma belle robe tachée de vert pelouse, je mangeai ma soupe, assise dans le fond de ma tente, sous la pluie. Lorsque j’en parle maintenant, je suis secouée par le rire. Mais à ce moment-là, je n’avais de cesse que le supplice prenne fin.

Le lendemain, je repartis vers Montréal, en me demandant si un jour, je reverrais la tombe de ma mère qui repose dans ce coin de pays splendide, tout près de mon frère. Je pris alors la décision que ce serait aussi le lieu de mon dernier repos, près des membres de ma famille qui m’ont quitté trop vite.

Mais malgré tout, maintenant, si vous vous donnez la peine de regardez attentivement autour de vous, il vous est possible d’apercevoir dans les rues de Montréal une femme qui conduit avec plaisir et fierté, une Hyundai Accent noir 1998 !

FIN !

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo, tu me fais rire et pleurer! Il faut que tous ces mots se retrouvent un jour dans un livre!

Travailleuse sociale a dit…

Merci beaucoup pour tes encouragements. Et pour le livre, on ne sait jamais tout peut arriver dans la vie...

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