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Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

samedi 20 juin 2009

La vraie vie de ville

Il y a dix ans maintenant, j’emménageais dans mon appartement. Je l’ai immédiatement aimé. Grand, mais juste assez pour ne pas passer d’interminables heures à l’astiquer. Haut, suffisamment pour ne pas craindre les intrusions et assez bas pour ne pas compter inlassablement le nombre de marches lorsque je reviens de faire mes courses. De plus, cet appartement permet au soleil de me saluer chaque matin ce qui m’offre un réconfort que j’apprécie.

Cependant, il n’est pas parfait. J’aimerais mille fois mieux habiter dans une maison à la campagne près d’un lac, avec une énorme cours dans laquelle pousserait un jardin de légumes et des arbres fruitiers qui me permettraient de faire amoureusement de la compote et des confitures à l’automne venu et où j’y nourrirais de sublimes oiseaux en sirotant une bière tout en écoutant le chant charmant d’un cardinal ! (À ce stade-ci, vous pouvez vous permettre de reprendre votre respiration devant l’énonciation inlassable d’autant de moments de bonheur.) Je pourrais même à l’occasion m’endormir dans mon hamac en lisant un excellent livre.

Mais bon, je vis dans un appartement en plein cœur de la ville. Ce matin, je me suis éveillée au son mélodieux de " tabarnak " de ci et de " tabarnak " de ça. C’était un gros épais d'oiseau à qui j’aurais souhaité aller lancer d’énormes roches si ce n’était de la crainte d’amplifier sa mélodie de " tabarnaks ". D’autres matins, c’est ce charmant vieux monsieur qui tond son minuscule carré de pelouse. Objectif ! Que la longueur de cette herbe maudite ne dépasse pas le duvet de mon crâne ! Et tant qu’à médire dans le Voisin, pouvez-vous bien me dire combien ça rapporte d’arroser les trottoirs ? Ça doit être une activité payante puisqu’ils sont tous là, à la même heure et au même âge, ces vieillards arrosant leur bout de trottoir. Je les imagine être des environnementalistes optimistes, qui espèrent à la fin de l’été, récolter les fruits de leurs semis. Pourtant, hormis ces messieurs, je n’ai jamais aperçu de concombres sur les trottoirs d’automne. Enfin, on dit que l’espoir fait vivre et ce doit être la raison pour laquelle leur scénario est rejoué fidèlement chaque été. Mais bon, ce qu’ils récoltent pour le moment c’est davantage mon air bête de fille qui trouve cette activité tout à fait révoltante mais qui ne dit rien, ce qui contribue à accentuer davantage mon air bête. Je pourrais parler mais un vieillard qui arrose un trottoir ce n’est déjà pas, à mes yeux, un grand signe de santé alors il y a comme quelque chose qui me retient d’aller vérifier quelle serait la réaction à ma condamnation morale ! Mais je peux tout de même l’imaginer.

- " Monsieur, vous imaginez l’eau que vous gaspillez pour rien ? Vous savez, cette eau ne provient pas d’une source intarissable et nous avons un devoir de citoyen de ne pas détruire notre planète y incluant le gaspillage de l’eau. "
Réponse imaginaire :

- " Ouin, va dont chier, me répond-il avant de passer au lavage son gros char .

Alors je fais comme la majorité des citadins, je me tais. Je me tais également quand j’entends claquer les pantoufles à talons hauts de la femme qui marche en haut de chez moi en pleine nuit pendant qu’elle déplace les meubles ou qu’elle fait son lavage. Je me tais quand l’odeur de la marijuana, du jeune habitant à ma gauche, entre par ma fenêtre à toutes les dix minutes. Je me tais aussi quand j’entends la musique de ce couple battre la chamade jusqu’à deux heures du matin. Je les soupçonne de cacher parfois leurs propres bruits de chamaille.

Alors, une question terrible m’envahit en écrivant ces lignes, mais pourquoi donc je me questionne encore sur les raisons de mon insomnie ? "Je vis en ville, tab…!"

Il y a aussi mes deux voisines qui s’affrontent. L’une adore les chats et l’autre les déteste. La haine de cette dernière lui permet de les tolérer tant et aussi longtemps qu’ils restent assis confortablement derrière la fenêtre close de leur appartement tout aussi clos .

Et il faut dire qu’il y en a des chats dans ma ruelle ! Une quantité incroyable ! Et la dame qui aime les chats, les nourrit chaque matin. Elle nourrit son chat, elle nourrit les 6 chats de la dame du dessous et elle nourrit les chats errants. Elle les nourrit tellement qu’à chaque matin, il y a une rangée de corneilles et d’écureuils qui attendent en file devant sa porte avec l’espoir de dérober une bouchée de cette pâtée. J’imagine que le mot se passe à travers toute la ville et j’ose à peine imaginer qui viendra défiler dans les mois à venir. On dirait la crise d’avant la deuxième guerre mondiale avec ces longues lignes d’attente servant à nourrir l’espoir d’une vie meilleure. Sauf que là, ce sont des chats et ce sont des corneilles et ce sont des écureuils. J’adore les animaux, donc je trouve charmant tout l’amour de cette dame pour ces bêtes. Certaines viennent même me parler sur le palier de ma porte patio. Non, pas les dames, les bêtes !

Cependant, l’autre dame, celle qui déteste les chats, ne tarit pas de scénarios pour empêcher cet envahissement bestial. Parce que ces petites bêtes doivent avoir senti cette haine et devinez chez qui ils vont faire leurs besoins ? Et oui, c’est ça. Et les deux dames de se disputer régulièrement. J’assiste impuissante à ce spectacle en écoutant à tour de rôle chacune d’elle sur chaque aspect de leur frustration envers l’autre. Et dans ces moments, je me sens finalement très heureuse d’avoir un travail pour occuper pleinement les pensées de mes journées.

J’adore mon appartement disais-je donc. Lorsque j’y ai emménagé, il était propre et je n’ai pas eu besoin de peinturer. Malgré le fait que le violet envahissait la moitié des murs du salon. Comble de chance! ; mes divans étaient de la même couleur. Alors ceci a clos tout débat avec moi-même concernant cette couleur douteuse. Il y aura bientôt dix ans que je vis ici et je dois bien honteusement l’avouer, je n’ai jamais peinturé. Mais j’y ai pensé très sérieusement. Il y a 4 ans maintenant, j’ai même acheté de la peinture que j’ai rangée soigneusement dans un coin en attendant de me retrouver dans de parfaites dispositions pour cette activité; c’est à dire jamais.

En ce qui concerne la peinture, j’ai développé une logique bien personnelle. Comme les superstitions qu’entretenait ma mère. Un oiseau qui entre dans une maison, c’est le décès assuré d’une personne proche. Souffler sur les dés apporte de la chance. Échapper une fourchette et une femme vous rendra visite. Je crois que lorsque l’on vit dans une famille avec douze frères et une sœur, ces pensées fantasmatiques permettent certainement la survie de l’espèce humaine. Bref, ma mère nous a inculqué tout un processus de création et d’entretien de superstitions qui, bien que je sache qu’elles ne sont que des lubies de l’imaginaire, viennent parfois me visiter lorsque je m’y attends le moins. Et telle la vieille dame nourrissant tous les chats de toute la ruelle, je nourris attentivement mes croyances inutiles.

J’avais déjà peinturé mon ancien appartement, que j’aimais également. Vous me voyez venir n’est-ce pas ? Non ? Ah ! Il faut vous expliquer en détail aujourd’hui ! Je comprends, vous n’êtes pas en vacances, vous ! Alors, cet appartement nouvellement peinturé et bien, j’ai dû le quitter parce que mon voisinage était encore plus douteux que celui que je côtoie présentement. Entre autres, j’entendais multitude de hurlements de plaisir en pleine nuit dans un logement sans locataires. De plus, je m’étais fait voler mes bottes lunaires de marque Sorel ainsi que mes sacs de poubelles (quelle petite vie!) laissés devant ma porte du troisième étage et remplis de vieux vêtements à donner. Je n’en pouvais plus. J’étais déjà dans un état mental d’insécurité extrême après avoir perdu mon frère dans des conditions dramatiques. Je quittai alors cet endroit maudit pourtant si bien peinturé. Et voilà ! Une superstition était née. Si je peinture, je risque de devoir déménager. Et comme je suis curieuse, mais pas tant que ça, je ne voulus jamais savoir si cette superstition se révélerait à moi. Voilà pourquoi, ces gallons de peinture dorment bien paisiblement dans un recoin depuis quelques années déjà.

Cette année, et pourtant ce n’est pas une question de courage, je m’y suis mise. Parce que le violet mélancolique ne s’est malheureusement pas harmonisé au brun enthousiaste de mes nouveaux meubles. Et la peur de recevoir des visiteurs impromptus réalisant combien cet assortiment de couleurs est honteux m’a fait prendre mes mains à deux mains et me lancer dans cette activité passionnante. Veuillez noter ici le cynisme de ce dernier adjectif. Ainsi, je m’y mise. Et je me suis convaincue que je devais m’y mettre. Et finalement, je m’y mets, oui, oui, juste après cette annonce de nourriture pour chats !

Le premier matin, se passa presque normalement. Je me rendis au magasin pour acheter peinture et pinceaux. La vie a bien évolué en dix ans. Vous croyez aller au " coin rénovation " du magasin du coin et en ressortir au bout de 5 minutes avec votre gallon de blanc et votre pinceau. Euh ! Détrompez-vous! Vous vous retrouvez devant un étalage de marques de peinture et d’outils dont vous ne soupçonniez pas l’existence jusqu’à maintenant. Mais je trouvai un vendeur compatissant devant l’ignorance que j’incarnais. Il me raconta alors l’histoire antique de chaque marque de peinture tout en me donnant tous les détails croustillants de la vie de tous les peintres de Montréal ! Encore une fois, avec ma patience légendaire, je n’écoutai absolument rien de cette fresque romanesque et ce, jusqu’à ce que je vis le doigt miracle pointé le meilleur produit, bien entendu, parmi les plus dispendieux. Et je fis la même chose devant l’histoire des pinceaux et des rouleaux.

J’arrivai chez moi avec tout un accoutrement d’outils utiles à la peinture mais inutiles à ma personne puisque je découvris bien tardivement je les avais déjà acheté quatre ans auparavant!
Ma mémoire avait occulté autant d’informations vitales.

Enfin, je me mise à la peinture pour vrai cette fois. Malgré mon inaptitude mentale à apprécier cet exercice, j’abordai la chose avec un certain optimisme. Après tout, j’en avais pour quelques jours, alors mieux valait nourrir de bonnes dispositions. Avec toute la légèreté dont je pouvais faire preuve, j’installai couvertures et nappes de plastique pour protéger planchers et meubles. J’avais la cuisse heureuse d’une ballerine répétant le plus féerique des spectacles alors que j’étendais en dansant presque ces magnifiques tissus protecteurs. J’ouvris gracieusement le pot de peinture blanc que je déposai bien délicatement dans le bac à rouleau. Et je prenais soin de bien essuyer chaque gouttelette échappée par terre de peur d’y mettre le pied et d’en répandre partout par la suite. Et je roulai et je roulai et je rrrrrrrroulai. J’aurais presque aimé cela si ce n’était le fait de répéter inlassablement les mêmes maudits gestes et d’essuyer constamment toute cette m… qui tombe par terre. Et de coup de pinceau en coup de rouleau, je finis par m’impatienter jusqu’à ce que mon savoir-faire et mon savoir-vivre ne me quittent totalement. Après 3 jours de ce manège de répétitions de coups de rouleaux ennuyants à l’extrême, j’avais répandu de la peinture partout, par terre, dans mes lunettes, dans mes cheveux et même dans des endroits insolites dont je n’oserais vous décrire l’existence de peur de rougir. Je suis devenue épuisée de respirer tant de vapeurs funestes. Je n’échappais plus de gouttelettes mais des gouttes grosses comme la table de cuisine dans lesquelles je marchais allègrement et que j’étendais partout sans qu’aucun remords ne m’envahisse . " D’la m… je veux juste que ça finisse ! "

Et, à coups de courage et de pinceaux, j’ai finalement terminé mon salon. Et misère, il me reste tout le reste de l’appartement à réaliser. Cependant, appréciant le résultat, je me convaincrai probablement de continuer ce supplice en espérant que la mort ne s’ensuive pas. Parce que finalement je trouve mon salon bien beau et je suis satisfaite de pouvoir vivre dans ce quasi nouvel environnement. Et au-delà de mon salon, j’aime aussi mon appartement et ce, aussi sûrement que j’aime cette vie faite de ces petits moments qui la composent !

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