Bienvenue sur mon blogue de lecture virtuelle !

Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

samedi 27 juin 2009

Conte moderne

Ou déesse de la vie recherche prince de ses jours

Imaginez cette femme. Sublime beauté. Jeune trentaine. Lorsque vous la croisez, vous peinez à quitter des yeux ce regard qui vous trouble. Vous êtes persuadé qu’il transperce la profondeur de votre âme pour lire la moindre de vos pensées. Un charme à couper le souffle des jours de tempête. Un esprit, ah!, un esprit qui…

Pardon ? De qui je parle ? Pourquoi cette question ? Comment pouvez-vous douter du fait qu’il s’agisse bien de moi ? Mais de qui d’autre voulez-vous que je parle ? Pfff…

Bon, je continue. Je disais donc… son esprit. Elle était brillante et cultivée. Il était d’ailleurs tout à fait impossible de s’ennuyer les soirs où elle vous honorait de sa présence. Elle savait trouver l’équilibre parfait entre les histoires que ses lèvres sublimaient et l’attention qu’elle vous portait; car elle savait écouter. S’intéressait-elle à vous ? Nul ne saurait le dire avec certitude. Cependant, si cela était, elle n’en laissait rien paraître. Elle semblait connaître entièrement le code de conduite de la parfaite dame en compagnie de ses amies. Et ces soirées fascinantes se déployaient telle une pluie d’étoiles dans un ciel du mois d’août.

Alors voilà son émouvante histoire …

Même lorsqu’elle se retrouvait seule, elle ne s’ennuyait jamais. Cela était heureux, car cette solitude l’accompagnait régulièrement. Il ne pouvait en être autrement, c’était le lot des écrivains à succès : le sacrifice imposé à toute une vie pour voir surgir sous des mains agiles ces personnages ayant pour toute mission de rendre le lecteur heureux. Et elle pouvait entretenir des heures durant un dialogue avec ces êtres sortis directement de son imaginaire.

Écrivaine de renommée internationale, toutes les occasions lui étaient bonnes pour faire des rencontres qui nourrissaient son imagination qui nourrirait à son tour ses idées de sujets de livres et ainsi de suite. La moindre anecdote racontée par le lecteur le plus assidu lui inspirait un chapitre et puis deux, jusqu’à ce que cette aventure ne se transforme en une bestiale histoire de chat et d’épée. Ses revenus, dont l’accroissement était proportionnel à sa popularité, lui permettaient de jouir de plaisirs terrestres divins. D’ailleurs, pas une journée ne s’éteignait sans qu’elle n’eût réalisé une expérience jouissive. L’arôme subtil du romarin dans une douche turque, l’aventure unique d’un parfum de mangue et même jusqu’à la tentative périlleuse de reproduire le macaroni au fromage et aux saucisses de sa mère au temps où elle était étudiante. Elle ne se refusait rien… jusqu’au jour où elle eut une révélation. "Mais à quoi servent autant de bonheurs sur cette terre sans le partage avec un être de chair? ".
Elle ne trouva pas de réponse et s’inquiéta. Après tout, le bonheur de vivre des moments heureux n’est-il pas décuplé par le plaisir de les vivre à deux ? Elle se décida alors à quitter pour un instant le fantastique monde de son imaginaire pour courir à la recherche de l’être tout aussi fantastique qui la rejoindrait un jour, dans son monde à elle. Et elle se mit en quête de l’amour vrai.

Elle commença par feuilleter les petites annonces.

Elle lut :
- " Propre de sa personne … "
Elle eût un doute :
" Lorsque l’annonce ne mentionne pas la propreté, dois-je m’inquiéter ? "

Elle passa au suivant :
- " Simple, chaleureux et qui aime faire plaisir et aider. Un faible pour les enfants (j’en ai quatre de 1 à 5 ans…). "
Et compléta :
"Recherche maman pour faire le ménage, les repas, le repassage et tout et tout et tout … " Elle pensa : "Et ma vie trépidante d’écrivaine ? Impossible."

Et continua de lire :
- "  Pas beau mais pas laid, pas maigre mais pas gros, pas grand mais pas petit… "
Et de penser de plus belle :
" Pas brillant mais pas loin. "

Elle poursuivit sa quête :
- " Homme au passé réglé. "
Cette drôle de phrase, elle la rencontra souvent. Cette affirmation la remplissait de crainte. Ces hommes au passé réglé n’expliquaient jamais dans quel état était leur présent. Était-il déréglé ? Il était bien impossible qu’un présent soit quelque chose de régler puisqu’il n’est pas encore terminé. Alors qu’est-il au juste ? Elle se garda bien de le découvrir.

Et elle continua son périple.
- " Les "matantes" oubliez-moi ! "
"Bon passons", se dit-elle.

" Je suis un gars propre dans le vrai sens du terme. "
" Euh, et quel est l’autre sens pour être propre? De bas en haut ? De haut en bas ? "

- " My name is Almonzo and I just arrived in Montreal after spending 10 years in Paris. "
" OK, you’ve been in France, no wonder why you don’t speak french ! "

- " Je recherche une relation sérieuse en vue d’un éventuel mariage. Je cible une fille entre 18 et 30 ans charmante, sympathique et plutôt sobre. "
" Et tu veux immigrer quelle date mon chéri ? "

Après des mois de lecture aussi ennuyante qu’un jour de pluie un samedi, elle était toujours en quête de l’âme sœur. Elle ne se découragea pas pour autant. Elle décida alors de tenter sa chance sur le virtuel. Après tout, hormis son étrange beauté, l’écriture était ce qu’elle maîtrisait le mieux dans sa vie. Et elle imagina que la verve de sa plume guiderait sa main d’écriture vers la main de son futur… ou à tout le moins se dit-elle, elle y gagnerait quelques lecteurs de plus au pays de son art.

Après quelques semaines de courriers électroniques sur la vie, l’amour et la mort, elle se décida à rencontrer un premier probable prospect. Remarquez ici toute la prudence dont elle sait faire preuve lorsqu’il est question d’engagement. Ce prochain probable prospect lui proposa un café dans un endroit fort romantique, le Dunkin Donut du coin. Mais bon, soyons positifs. " Si la rencontre est triste, le café me réconfortera ", pensa-t-elle.

Un moment d’attention au lecteur est demandé en cet instant critique. Le geste que je m’apprête à poser en ce moment en est un d’une importance capitale. Je m’élancerai dans quelques instants pour décrire des rencontres qui prirent la tournure d’ennuis insurmontables et cet avertissement vise à répondre à mon angoisse de vous perdre dans les prochaines lignes. Alors pour colorer la pâleur de ces rencontres initiées grâce au virtuel, j’aimerais simplement vous aviser qu’elles sont vraiment vraies. Elles ne peuvent pas être plus vraies que lorsque je mentionne que c’est vraiment vrai. Alors je vous remercie de me suivre jusqu’au bout de cette aventure.

Donc, une rencontre au Dunkin Donut. La sublime beauté était très nerveuse. Va-t-elle rencontrer le sosie d’un lutteur sumo ou celui de Burt Reynolds ? Lequel préférerait-elle ? Honnêtement, elle ne le savait pas, mais elle prit une grande inspiration et se lança dans cette aventure. Il faut dire qu’elle s’était bien parée pour cette rencontre. Petite veste blanche, ongles et cheveux impeccables et propres… juste au cas où le probable prospect se décrirait également comme propre...

- "Bonjour, moi c’est Travailleuse Sociale."

- "Bonjour, moi c’est Burt Reynolds. Tu es très belle. Je suis très content de faire ta connaissance. Je sens qu’on va bien s’entendre toi et moi. ... (monologue et contenu de paroles incessantes pendant une heure … Danger de décrochage, redressez l’avion, danger décrochage…). Nous avons des loisirs communs. Je passe mes journées à jouer et à parler sur internet. Pendant une journée, je bois au moins 4 litres d’eau et ça aide mes intestins à fonctionner merveilleusement… (Mayday, Mayday !!! déclarons urgence, demandons piste d’atterrissage immédiatement.).
Elle profita alors d’un silence provoqué par une inspiration et déclara :
- "J’ai été enchantée de faire ta connaissance. Excuse-moi, je dois y aller, mon chat vient de me "beeper"".

- " D’accord, je suis bien content de t’avoir connue, lui dit-il en s’élançant pour que ses lèvres rencontrent bienveillamment les siennes… "
Ouache ! L’avion s’écrase, le feu s’est déclaré à l’arrière de l’appareil… Au secours, pensa la belle qui savait qu’elle n’avait que quelques secondes pour s’enfuir le plus vite possible, le plus loin possible pour garder la vie sauve.

En une seule petite heure, elle était éberluée d’avoir eu droit à cette descente aux entrailles et à la tentative de ba … non, elle se refusait même à prononcer ce mot par trop intime qui lui rappelait ces mauvais souvenirs. Que d’étranges surprises rencontrées dans un endroit aussi charmant ! Alors elle se consola en se disant que le pauvre monsieur en était resté à la phase verbo-anale ou quelque chose du genre élaboré par Freud et se rassura puisqu’il eut été surprenant qu’une aventure aussi invraisemblable puisse se répéter plus d’une fois! Malheureusement pour elle, elle se trompait.

Elle décida donc de faire preuve de bravoure en se rendant à un deuxième rendez-vous. Un autre lieu public plus élaboré cette fois. Un bon restaurant. Elle montait en grade dans la qualité du contenant de ces rencontres. Qu’à cela ne tienne, grâce à ces rencontres qui s’amélioreraient au fil du temps, elle entreprendrait une ascension graduelle jusqu’au Nirvana de l’amour !

Le repas était presque sympathique. Cette fois-ci, elle avait l’occasion de parler; d’elle-même et de tout et de rien. Le repas était bon et le vin, léger. Ils discutèrent de sujets variés et sans importance. Elle apprit qu’il avait été marié 10 ans et avait 2 beaux enfants. Elle apprit qu’il aimait le cinéma, les marches en montagne, les bons restaurants, les sorties entre amis. Des choses toutes simples qui bâtissaient la qualité de la vie. Elle apprit également qu’il avait touché son premier million en jouant à la bourse. Elle avait d’ailleurs remarqué que l’or de sa Miata se mariait très bien avec le brun de sa toute nouvelle sacoche. Toutefois, malgré la bonne volonté dont elle faisait preuve, une information insolite vint troubler son esprit. En effet, ça n’est pas que ça n’est pas intéressant (je me demande bien ce qui joue à la télé en fin de soirée…) mais une histoire de couple qui finit mal sans que ça ait un lien apparent avec leurs histoires d’échangisme, c’était plus qu’elle n’en pouvait entendre. Elle se représentait les murs de ces sombres clubs, sans fenêtres, cachés derrière de lourds rideaux de velours rouge traçant d’étranges labyrinthes dans lesquels déroulaient une horde de gens bizarres et tout nus à la recherche de partenaires tout aussi tout nus ! De plus, le sujet amené ainsi, innocemment au fil d’une conversation sans importance, ne visait-il pas à connaître immédiatement et sur le champ, sans patience et sans retenue, son opinion et, tant qu’à y être, son ouverture ? Oh non, elle préférait encore entendre parler de transit intestinal autour d’une bonne tasse de café.

La fin du repas annonça enfin le moment du départ. Sitôt sortis, il lui saisit la main, prit un air de Jean Gabin ne pouvant retenir sa fougue et lui susurra à l’oreille : "T’as de beaux seins tu sais." "Ah non, se dit-elle, je le connais ce film, pas la scène du baiser!" Et elle profita du flou occasionné par les brumes de l’alcool pour s’enfuir sur le quai des adieux.

Elle aurait pu baisser les bras suite à ces déceptions, mais sa détermination n’en fut pas atteinte. Elle fit d’autres rencontres. Il y eût cet homme qui l’entretint pendant un repas complet sur les multiples rénovations de son luxueux condominium et dont la dernière phrase fût : "Ça coûte ben cher pour un dîner!", il y eût celui qui jouait dans les paradis fiscaux des Bahamas et qui cherchait plus sophistiquée qu’elle, il y eût cet autre qui s’endormit littéralement sur la table de ce café pendant qu’elle lui parlait, il y eût ce professeur qui lui parla pendant des mois, mais ne vint pas au rendez-vous, et d’autres encore dont elle ne se souvient plus puisque fort heureusement parfois, la mémoire possède cette merveilleuse faculté de l’oubli.

Malgré tout, elle apprenait beaucoup sur la vie. N’avait-elle pas déjà été touchée par cette parole de Brel : "L’erreur vaut cent fois mieux que de ne rien faire." Et elle s’efforçait de faire sienne cette philosophie avec tout l’optimisme dont elle était capable.

Voilà, fin de l’histoire de cette sublime beauté. J’espère que vous avez apprécié lire cette histoire du moins avec autant de plaisir que celui qui m’a été donné de l’écrire…

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