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Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

samedi 25 juillet 2009

Le dernier voyage

Le testament
À l’été 2008, j’étais investie d’une mission, celle d'aller enterrer les cendres de ma mère au cimetière d’un petit village situé près de Mont Joli. Plus de 500 kilomètres me séparaient de son dernier souhait. C’était la seule demande qu’elle nous avait faite dans son testament, reposer aux côtés de mon frère. Pour le reste, nous avait-elle mentionné, "faites comme vous le voulez". Pour le reste, nous avons fait ce que nous avons pu.

Ma mère a toujours vécu décemment, mais modestement. Ainsi, ce qu’elle possédait avait davantage une valeur émotive. Après son décès, ce fût assez simple de départager le tout. Je dis bien "assez" parce que ce n’est jamais vraiment totalement simple. C’est simplement plus facile lorsque la personne ne possède pas de biens à l’infini. Une assurance pour les frais funéraires et quelques meubles.

-" Ma télé est finie, je pourrais bien prendre la télé", dis-je.
-" Vas-y, prend la télé. Par contre, je veux le divan", me répond ma sœur.

Un éclair me frappe. " Et bien il vaut quand même plus que la télé ! " pensais-je. Un autre éclair et l’image de ma mère m’envahie, la honte apparaît soudainement. Sa vie n’était pas monnayable, encore moins sa mort. Elle était fière de ce qu’elle possédait. C’était la réussite de toute une vie. Elle avait réussi, toute seule, à avoir ses meubles payés. Pas achetés à crédit comme lorsque nous étions jeunes. Ça prenait tellement de temps pour tout payer qu’il était temps d’en racheter des neufs lorsque le dernier paiement disparaissait.
- " Vas-y prend le divan" .

S’impose soudainement à moi l’image de cette magnifique nappe qu’elle a crochetée avec patience et passion pendant des années. Il me la faut ! " Je sais bien que tes monstres vont la démolir, comme ils détruisent tout ce qu’ils rencontrent sur leur passage, ils n’ont jamais respecté quoi ou qui que soit… Comme pour le jeu que je leur avais déjà prêté et pour tout ce que je laisse chez vous, c’est démolli dans le temps de le dire !!! "

Madame honte revient, non vraiment ce n’est pas le moment pour régler les comptes du passé. Du calme, ta mère est morte. Ta sœur n’y est pour rien dans ta douleur. Même si elle a été souvent absente lors de sa maladie… même si tu as tout décidé tout le temps, toute seule… même si tu t’es sentie responsable de la réussite ou de l’échec du traitement, de ses conditions de fin de vie, du soulagement de sa douleur et de la terre entière, ça ne justifie pas l’agressivité nourrie par l’amertume ! Du calme, du calme…

- "Je peux avoir la nappe ? " demandais-je alors de la façon la plus détachée du monde.
- "Pas de problèmes", répondit-elle indifféremment.

YESSSSS !!!! J’avais gagné. Euh !… Mais contre quoi ? Contre qui ? Personne ne s’était vraiment battu. Mais comment ça a pu être si facile ? N’y a-t-il que moi qui me préoccupe des biens qui ont vraiment de la valeur émotive ? Mais comment peut-on ne pas se battre à mort pour avoir ces choses auxquelles tenait tellement maman ? "C’est ça, c’est ça, on va faire comme ça, c’est pas assez utile donc tu n’en veux pas. C’est comme pour tout le reste, tu n’as jamais été là quand elle en avait besoin sauf quand toi tu avais besoin de quelque chose." Chut! Du calme! Du contrôle. De la retenue. Respire, respire.

Je chassai ces pensées de mon esprit. Dans les moments où la peine nous envahit, il faut souvent se faire violence et se taire. Il faut contrôler les ressentiments ayant toujours existé et qui se sont solidifiés pendant la longue maladie. Se retenir pour ne pas peiner la personne qui nous quitte. Alors, lorsque le moment du départ survient, du jour au lendemain, cette barrière de la retenue s’écroule et il s’en faut de peu pour que l'on déverse ce flot d’amertumes cumulées durant toutes ces années. Alors de la retenue. Elle fait mal à l’âme mais ne détruit pas les familles plus à fond que la mort d’une personne ne le fait déjà. Elle protège les liens familiaux même si pour l’instant, on croit que ces liens ne nous tiennent plus du tout à cœur. Malgré tout, il est possible qu’ils évoluent différemment, plus tard. Plus tard, on verra. Alors, lorsqu’on se partage les biens d’un être disparu, il faut se retenir de toutes ses forces contre l’envie de crier à la terre entière que tous ceux qui t'entourent ne sont que de pauvres imbéciles simplement parce qu’ils sont encore en vie!

Voilà, la mort n’engendre pas que des sentiments nobles. Tout va trop vite. Les événements se bousculent dans ton esprit et le masque de personne saine que tu prends le soin de porter à chaque jour depuis ta naissance peut soudainement tomber, laissant paraître de viles pensées, pourtant bien humaines. Parce qu’en ce bas monde, être sain signifie souvent ne pas être totalement humain. La rancœur, la haine, le désir de voir des personnes souffrir, de ne pas partager ta tarte au sucre ou encore de frapper ton amie avec ta cuillère simplement parce que ce jour-là elle a osé manger tes céréales, tout ça fait aussi partie de ce monde. Et il est bien difficile de les exprimer sans se voir condamner, par les autres et pire encore par nous-mêmes et par cette honte ressentie de n’être seulement qu’humain.

Enfin, passons. Nous avons fait ce que nous avons pu... jusqu’à ce que nous en arrivions à l’automobile. J’avais 40 ans et je n’avais jamais conduit. J’avais passé mon examen de conduite à 20 ans et j’avais toujours consciencieusement renouvelé mon permis… juste au cas où. Je nourrissais depuis longtemps le souhait que peut-être, un jour, je puisse vivre à la campagne alors à ce moment-là, il me faudrait certainement une automobile. Mais bon, c’était un rêve et on sait pertinemment que certains d’entre eux ne se déclassent jamais de leur rang d’utopie. Et dans mon esprit, la pâleur du quotidien avait rendu ce " juste au cas où" de plus en plus irréel.
En fait, je n’ai jamais voulu conduire. Le fait de vivre à Montréal me facilitait grandement la tâche. Tout est à ta disposition. Les bas, les sous-vêtements, les souliers, la nourriture, la peinture, la nourriture pour animaux. Et de plus, il y a le transport en commun et les taxis, pour les jours gris. Mais la principale raison pour laquelle je ne conduisais pas, c’était la peur. J’écoutais attentivement à la télévision chaque nouvelle d’accident automobile en ne manquant rien du détail des horreurs décrites par les journalistes. J’imaginais facilement que je serais impliquée dans le prochain accident et je me jurais de ne prendre que les transports en commun pour le reste de ma vie. Que voulez-vous, on a les passe-temps qu’on peut avec l’hérédité qu’on a.

Alors, quelques semaines avant de nous quitter, lorsque ma mère me demanda si je voulais avoir son automobile, je m’empressai de répondre non. Elle me le demanda plusieurs fois et ma réponse demeurait toujours la même. Déçue, elle formula alors le souhait de donner son auto à mon neveu de 17 ans à la condition expresse qu’il suive des cours de conduite et qu’il obtienne son permis. Bref, je connaissais suffisamment ma mère pour savoir que la réelle condition était qu’il soit suffisamment mature pour conduire.

J’adore mon neveu. J’adore mes neveux. Pour moi, en tant que "matante" célibataire, ils sont source de bonheur et d’émerveillement. Je les trouve tellement beaux. Les plus beaux de tous les neveux du monde et du cosmos tout entier. S’il leur arrivait quelque chose, je ne le pardonnerais pas à… je ne sais pas à qui, vraiment, mais je sais que je ne le pardonnerais pas. Lorsque ma sœur a décidé de quitter la campagne pour venir s’installer en ville, j’avais peur qu’ils ne puissent survivre aux nouveaux dangers qui leurs étaient présentés. La circulation automobile, les maniaques sexuels, les cabanes à sucre pouvant accueillir 500 personnes, l’Écho vedette, la délinquance, la drogue. Bon, ok, à ce moment-là, je n’avais encore qu’un seul neveu âgé de 7 ans, mais je n’ai jamais ménagé les efforts pour nourrir mes angoisses, même pour ceux qui n’étaient pas encore nés! Beaucoup plus tard, lorsque ma sœur s’est achetée une piscine, vous ne pouvez deviner les scénarios qui ont défilés dans mon esprit.

Alors imaginez, une auto à 17 ans. Non, je ne pouvais le permettre. C’était trop pour moi. D’ailleurs, fort heureusement pour mes névroses, il n’avait jamais rempli la condition exigée par ma mère. Je ne pouvais donc avoir la souplesse d’en décider autrement. J’étais exécutrice testamentaire de ma mère, j’avais pris soin d’elle, j’avais tout décidé depuis 3 ans et je pris également cette décision. Non, je prends l’auto. Et l’offre (quelle offre?) est non négociable. Mon neveu aura sa propre automobile lorsqu’il sera suffisamment mature.

Ainsi, je me retrouvai avec une auto qui elle me plaçait face à un défi me semblant insurmontable. Je devais apprendre à conduire une auto manuelle, en ville. Il faut ajouter qu’une autre raison m’amena à prendre cette décision, le fait qu’il soit possible que je trouve un emploi d’enseignante à l’extérieur de Montréal. Lorsqu’on commence dans cette profession, on va là où l’on a besoin de vous. Le choix est limité. Il me faudrait alors vaincre probablement ma plus grande peur pour réaliser mon plus grand rêve.

À suivre... (la semaine prochaine...)

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