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Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

vendredi 25 septembre 2009

Le complexe du célibataire ou la complexité du célibat

Hier soir, j’ai assisté au spectacle de Fabrice Luchini. Je l’avais entendu à la radio et m’étais esclaffée à quelques reprises en seulement quelques minutes d’entrevue. Alors sans trop me poser de questions, je me suis offerte un billet de spectacle comme cadeau d’anniversaire. J’ai trouvé que c’était un très bon spectacle et de surcroît assez original. Luchini lit des passages de livres très intellectuels, appartenant à Paul Valérie, Roland Barthes, Nietzche, entre autres, en les parsemant de commentaires bien personnels. Il me fallait être très attentive puisque, comme dirait une personne que je connais, il s’agissait-là d’une forme de " diarrhée verbale " (peut-être l'expression "avoir le flux" vient-elle de là?); un véritable flot de paroles ininterrompues citant des textes très difficiles à piger. D’ailleurs, ma compréhension de ces textes ne s'est pas élevée en cette soirée, en d’autres mots, je n'en suis pas ressortie avec l'envie incontrôlable de découvrir ces auteurs classiques. En réalité, je suis un peu restée sur ma faim avec l'impression inconfortable que finalement, je n’avais pas compris grand chose. Je me disais également que si j'étais en face de M. Luchini, ma plus grande frayeur serait d’avoir à soutenir une conversation. Alors lorsque tu quittes une soirée avec l’impression que les 899 autres personnes dans la salle se sont pâmées pour ces auteurs, peut-on vraiment se sentir bien avec soi-même ?


De cette expérience, j’en suis ressortie accompagnée d’une drôle d’émotion; une émotion que je croyais éteinte à tout jamais; que je croyais avoir découverte, comprise, mâchée, vécue et résolue ! Et bien non . Je vous annonce que tout peut remonter à la surface peu importe ce que vous croyez avoir fermement et catégoriquement quitté depuis longtemps. Tout à fait comme Bobby Ewing dans Dallas qui revient prendre sa douche avec Pam, comme si de rien n’était, alors qu’il était mort dans un épisode précédent ! Ah! Cette vie parfois !


Est-ce ce que ma mère appelait le retour hormonal ou en d’autres termes le retour d’âge ? Il semble ainsi que nos désordres de jeunes adultes peuvent refaire surface plusieurs années plus tard, et au moment où vous vous y attendez le moins, et vous faire revivre exactement les mêmes traumatismes. S'il est possible de régresser ainsi, pas étonnant que l’on puisse traiter les personnes âgées comme des enfants !

Au début de la soirée, j’étais vraiment contente d’aller voir un spectacle. Le dernier en lice était un show de Michel Sardou; être sublime qui me charmait depuis mon adolescence. Je connais presque toutes ses chansons aussi bien que les femmes du monde entier connaissent celles de Joe Dassin. Je rêvais de le voir et de l’admirer depuis des lustres. Alors, quelle ne fût pas ma surprise d’assister à la déchéance d’un vieux chanteur avec la voix désormais torturée et qui déambulait sur la scène avec la volupté d’un pingouin en phase terminale d'un cancer agressif ! Mon fantasme d’adolescence fût dès lors complètement mis en pièces. J’avais vraisemblablement eu des attentes trop élevées. Alors, pour le spectacle de Luchini, je m'exerçais à ne m’attendre à rien. C’était un exercice un peu difficile surtout avec les 120.00$ déboursés… Enfin, en achetant ce fameux billet, j’étais très heureuse, j’avais trouvé une très bonne place au parterre. Bien sûr, même si je n’ai pas fait le pied de grue dehors pendant trois jours en attendant que les guichets ouvrent, j’avais une place formidable dû au fait que j’achetais un seul billet. Un billet pour une personne… seule.


Si j’avais eu un miroir, j’aurais alors lu la terreur se dessiner sur mon visage. J’allais voir un spectacle de 120.00 $ moi, toute seule, avec personne pour discuter avec moi, personne pour attendre dans la file d’attente avec moi, personne pour faire semblant d’être intéressant pendant l’entracte, personne pour donner un sens à mon existence un soir de spectacle. Et c’est là, à ce moment précis que je sentis le traumatisme " de l’activité célibataire " refaire surface…. Je pensais pourtant l’avoir bien combattu. Ayant passé une bonne partie de ma vie seule, j’avais un jour, je ne me souviens plus quand, décidé que j’avais le droit de vivre autant que les couples, autant que les familles et que je ferais les mêmes activités que ceux et celles qui se donnent le droit de vivre. Mais je ne sais pas trop comment, ce pan de ma vie semblait désormais m’échapper.

À l'époque, un des premiers pas que j’avais réalisé, était celui d’aller au cinéma seule. Je vous dis pas parfois combien le film peut-être long. Je me souviens d’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, être allée voir Benjamin Button (un film d’amour avec Brad Pitt qui naît vieux et rajeunit toute sa vie) dans une salle tellement comble que j’avais dû m’asseoir dans la deuxième rangée à l’avant. Ma proximité de l’écran me faisait sentir littéralement la complexité des personnages. Je faisais presque partie de l'histoire. Autour de moi, hormis celui sur l’écran, il y avait des couples partout, qui discutaient, qui évoluaient au rythme du film faisant vibrer leurs émotions à l’unisson tout en mangeant du maïs soufflé… Je ressentis le soulagement lorsque la lumière s’éteignit parce que tant et aussi longtemps que la lumière est allumée, tu as la conviction inébranlable que tout le monde te regarde, toi qui est si seule, et se demande : " Mais qu’est-ce qui cloche avec elle, elle vient voir un film d’amour toute seule ? Pourtant elle n’est pas si moche que ça. Pourquoi, elle ne "pogne" pas? ". À cette question, j’avais ma réponse toute faite : " Mon copain travaille ". Mais le problème, et il est de taille, c’est que personne vraiment ne te pose jamais la question qui permettrait de sauver la face. Ce qui est encore plus pathétique : avoir une explication si boiteuse soit-elle et ne pas pouvoir l'utiliser.

Par la suite, l’autre pas vers " l’autonomie de la célibataire en activités " a été de ne plus me fondre dans la masse du MacDonald ou du Burger King mais de me rendre sans honte dans un restaurant où une serveuse devrait m’apporter mes plats. Au départ, on ressent un vif sentiment d'inconfort. Quand on est seule, on occupe forcément une table pour deux à moins d’aller au comptoir et de regarder le barman d’un air désespéré. Alors, j’avais nettement l’impression de faire marcher un pauvre être humain pour servir une table à moitié vide (ou à moitié pleine, selon le fait que l’on possède une personnalité positive ou négative). Et de plus, que faire, seule, dans un restaurant plein. Tout le monde s’active, discute, bois, a du plaisir. Toi, tu regardes ton plat. Et avant de recevoir ton plat, tu regardes le mur. Alors, après quelques reprises, on comprend qu’il faut s’apporter de la lecture ou du travail pour combattre ce malaise. On comprend également qu’il faut éviter le restaurant seule le soir de la Saint-Valentin, de la fête des mères, de la fête des pères et finalement, à peu près tous les soirs parce que l’atmosphère étant à la fête, c’est difficile d’avoir l’air dans le coup en regardant soit le mur, soit ton journal, soit ton travail. Lorsqu’on va au restaurant seule, c’est vraiment fou le boulot qu’on abat, ce qui semble être très bon pour ton employeur mais une mauvaise chose pour ta vie sociale.

Pourtant, j’ai connu des personnes beaucoup plus braves que moi en matière d'activités solitaires. Je me souviens d’une femme qui fréquentait les musées et les bibliothèques pour rencontrer des hommes. Elle avait même rencontré un homme à la bibliothèque avec qui elle avait entretenu une correspondance écrite après avoir trouvé son adresse… Quel romantisme! Enfin, il y a un côté de moi qui trouve qu’elle était brave et l’autre qui croit davantage que son comportement sentait honteusement le désespoir. Moi qui n’aborde pas facilement les gens, je me vois mal aborder un homme entre deux rangées de livres et dire : " hum… ". Bouillonnement intensif de neurones… hum… Rien vraiment n’arrive à sortir de mon cerveau si ce n’est : " C’est un très bon choix de livre que vous faites là ". De toute façon, lorsque je trouve quelqu’un à mon goût, les phrases qui sortent de ma bouche sont en général tout à fait insignifiantes. Totalement incapable d’épater la galerie ! Le style de phrase auquel il est même difficile de trouver une réponse autre que "oui", "non" , "peut-être" ou "merci". Alors mon manque de technique de drague me mène généralement à un vague sentiment de " grosse nounoune qui devrait recommencer à faire de la couture ", activité qui me sied beaucoup mieux.

Ainsi, à force de me forcer à sortir seule, j’étais arrivée à ne plus me demander ce que les autres pensaient ou disaient de cette pauvre femme esseulée et je réalisais mes activités sans problèmes. Il faut croire qu’il y a longtemps que je n’ai plus pratiqué ce type de sortie puisque hier soir, je me suis soudain aperçue que je travaillais très fort pour planifier ma soirée afin d’éviter le plus possible les moments d’inconforts. Je suis d'abord allée chercher mon billet très tôt dans la soirée, pour éviter de me retrouver à attendre en ligne, toute seule entourée de tous ces gens qui prennent tant plaisir à bavarder de tout et de rien. Ainsi, il me restait une bonne heure avant le spectacle, heure que j’ai occupée à magasiner. Ce ne fût que du temps perdu, puisque je ne pouvais rien acheter… je me voyais mal entrer dans le théâtre avec mes sacs de bobettes neuves et de toutous décoratifs.


J’anticipais également le moment où j’entrerais dans le théâtre et qu’il me faudrait attendre que le spectacle commence. Toutes sortes d’angoisses se sont alors imprégnées en mon être comme celle qu’on puisse me demander de laisser mon manteau au vestiaire. Il me semblait que ce dernier me protégeait du monde extérieur créant ainsi une barrière psychologique et émotive avec mon entourage. Je ne voulais non seulement qu’on voit une pathétique femme seule dans une salle de spectacle mais en plus une pathétique femme seule avec un chandail trop serré et des bourrelets sortant du dessous de sa "brassière" et qui avait mis un manteau pour cacher ses imperfections… J’avais aussi un peu peur de rencontrer une personne que je connaissais et d’avoir à justifier pourquoi je venais voir un spectacle non accompagnée. Une amie m’avait d’ailleurs composé une excuse toute faite " Je n’ai trouvé personne qui avait 120.00$ à placer sur le prix d’un billet "… sauf moi, la cave qui n’a vraiment rien d’autre à faire… pis tout le reste de la salle. Je pouvais même imaginer le dialogue :


" Allo ! Travailleuse sociale ! Mais quelle joie de te rencontrer ici ce soir! Tu es avec quelqu’un ? ".


" Non, non, je suis venue toute seule ".


" Ah, ben. C’est spécial. Mon dieu, moi je pourrais jamais, je serais bien trop gênée! Mais toi, t’es bonne d’être capable ".


" Ben, y’a rien là ! C’est normal d’apprivoiser la solitude. (Ça fait juste 20 ans que je l’apprivoise!, m'écrierais-je intérieurement). Et de toute façon, aucune de mes amies ne voulait dépenser autant pour un spectacle (sauf moi l'espèce de cave qui n'a rien d'autre à faire...)".

" Ah, parce que tu trouves ça cher ? Et ben… Mais t’as toujours pas de chum ?… pauvre toi. Tu dois être tannée hein ? Mais fais-toi en pas, ça va finir par t’arriver un jour " .

" Va dont c… grosse c... " que je me dirais dans ma tête pendant qu’elle retournerait à sa place et que mon visage ne montrerait qu’un faux sourire empathique.

Enfin, je me suis assise à mon siège attendant que le spectacle ne commence. J’ai admiré les plafonds décorés à l'ancienne. Les balcons sur les côtés m’ont intriguée. Une espèce de plate-forme en demi-cercle entourait les spectateurs. Cependant, cette plate-forme était posée sur une surface linéaire très étroite. Je me suis alors demandée si ce demi-cercle était nouveau ou encore s’il y avait des places assises auparavant, j’imaginais que les personnes devaient être assez à l’étroit dans ce petit espace. J’étais assise sur la même rangée que le gars du son qui a, un court instant, croisé mon regard. " Bon, c’est quoi son problème lui ? " me suis-je dit. Il y a 900 personnes dans cette salle et il ne peut pas regarder ailleurs ? J’ai l’air si bizarre que ça ?


Finalement, les lumières se sont éteintes et j’ai pu regarder le spectacle… sans rire trop fort. Parce que rire toute seule, c’est aussi un peu gênant. Ou encore pire, rire seule en un instant où personne d'autre ne rit. Le rire est une émotion qui se partage. Moi je riais pour moi, ce qui est assez inconfortable finalement. Et oh! joie immense!, il n’y a pas eu d’entracte. Et j’ai fini par oublier mon statut de solitaire et le prix du billet pour apprécier le comédien sur la scène.


Lorsque tout fût terminé, je me dépêchai de quitter la salle pour ne pas être prisonnière de la foule. À la porte, les caméras de " Tout le monde en parle " nous attendait. Il ne manquait plus que ça ! J’avais réussi à survivre au fait de passer une soirée toute seule pour voir filmer ma honte devant la population québécoise dans son entier. Quelle merde !

1 commentaire:

Anonyme a dit…
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