Bienvenue sur mon blogue de lecture virtuelle !

Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Alors bonne lecture !

Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

samedi 5 septembre 2009

Le mal en questions

Question :

Demande faite pour obtenir un renseignement.
Interrogation que l’on adresse à un élève.
Proposition, matière à examiner, à discuter.
Torture infligée aux accusés pour obtenir des aveux.
Il est question de : il s’agit de.

Sa formation de travailleuse sociale alliée à une solide expertise de formatrice, elle avait développé une capacité inouïe et souvent inassouvie à poser des questions à qui croisait sa route. Il s’agissait là d’un pan de son travail qu’elle adorait par-dessus tout : voir les figures s’éveiller en prenant conscience du sens sur leur vie, de ses questions, et admirer leur mine déconfite devant les réponses qui trop souvent tardaient à venir. Ceci faisait partie d’un plaisir si intense et si secret qu’elle le ressentait avec une honte peu commune. C’était un peu comme si elle s’approchait en ces instants, de la Vérité avec un grand V, vérité visant à illuminer le sens de la vie de ses acolytes.

Pourtant, malgré le don certain qu’elle possédait de rapprocher les êtres d’une réponse à leur utilité ou inutilité terrestre, elle était tout aussi ébahie devant sa propre incapacité à répondre à ses propres questions. En effet, elle avait toujours une réponse pour les questions posées aux individus qu’ils fussent rois ou simples paysans, malheureusement, sa propre lanterne n’éclairait jamais les ombres de son esprit.

Bien sûr qu’elle avait certainement, de par son travail, un impact sur la vie des personnes qu'elle rencontrait. Certains le lui avaient même mentionné. Malgré tout, restait constamment en elle, telle une caresse jamais achevée, un sentiment de vide. Cette émotion, qui la troublait jusqu’au plus profond de son être, la plaçait constamment devant ce qu’elle appelait : " L’insignifiance de sa propre vie ". C’est dans ces moments qu’elle faisait allègrement le bilan de sa grandissime insignifiance. Elle vivait seule, sans enfants et sans animaux. Les chiens qui avaient partagé 15 ans de plaisirs et douleurs étaient à présent partis vers d’autres cieux. Elle avait bien eu quelques relations amoureuses, mais ces dernières s’étaient avérées aussi inhabitées qu’un désert et inutile qu’une terre vierge n’ayant jamais été découverte. Parfois, elle s’imaginait vieillir avec toute l’amertume d’une roseraie non défrichée.

Lorsque ses questions s’appliquaient à sa propre existence, sa vie lui semblait alors aussi insupportable que ses nombreuses interrogations. Ainsi, afin d’être certaine de trouver un sens à cet exercice, elle déployait autant d’énergie à répondre aux questions inutiles qu’à celles qui risquaient d’avoir un impact grave sur son avenir.

Voici un tout petit aperçu de ce qui pouvait parfois et même souvent, la tourmenter.

" Vais-je aller courir ce matin malgré mes allergies à l’herbe à poux ? Et si j’y vais, vais-je aggraver ma situation ? Ne pas aller courir signifie-t-il que je suis une personne sensée ou tout au contraire trop lâche pour expérimenter cette situation qui s’offre à moi ? Et le fait de penser que ma situation peut s’aggraver, est-il de l’ordre du possible ou tout au contraire un symptôme de plus au pays de mon hypochondrie ? ".

" Tiens, un nouveau picot noir. Est-ce le début du cancer ? Mais voyons, calme-toi, tu as au moins 10 000 picots sur tout ton corps ! Ah, mais alors faut-il que je les surveille un à un pour voir si l’un deux ne serait pas le porteur de la maladie ? " 

" Ma pression est haute. Est-ce dû au sel ou au stress? Peut-être un peu aux deux? Alors si je coupe dans ces deux éléments, comment saurais-je à quoi c’est dû ? Et si je ne coupe que dans un et que je me trompe, mon cœur pourra-t-il supporter encore longtemps tout ce déséquilibre? "

Parfois, certaines questions venaient la narguer et lui prouver qu’elle ne trouverait probablement aucune réponse.

" Mais pourquoi s’est-il donné la mort ?…"

Certaines photos découvertes et mises en lien avec ses fréquentations de jeune homme à la recherche d’un amour paternel qui lui fût refusé et de ses fréquentations adultes ; tout ceci lié à sa fuite perpétuelle dans la consommation … Alors pour trouver une réponse à cette question trop complexe, elle s’érigeait un scénario près de la folie mais qui lui procurait tout de même la possibilité de faire fuir ses pires angoisses tout en la délivrant de sa peine trop immense pour comprendre ce geste d’une manière simplement rationnelle.
 
"Hein quoi" me direz-vous. Et vous avez bien raison.

Et soudain, une vilaine question lui revenait sans cesse à l’esprit, tous les matins :

" Mais où ai-je donc stationné mon automobile ? ".

Et depuis cet automne, alors qu’elle devait faire une heure de route avant de débuter son travail à 8h00 devant un groupe de 30 élèves aussi endormis qu’elle, elle se demandait :

" Et si mon auto ne part pas, qu’est-ce que je vais faire? ".

Elle finissait même par ne plus pouvoir se supporter elle-même devant autant de questions voguant ainsi sur la dérive de son existence. Pour trouver des réponses, elle déployait l’énergie d’une nageuse lors de la traversée du Lac St-Jean par un temps d’orage. Elle en était parfois très fatiguée et rêvait devant cet état de fait, qu’un jour, qu’elle s’achèterait un magnifique voilier lui permettant alors de filer tout droit devant elle sans jamais répondre à quoi ou qui que ce soit.

Pour l’heure, n’ayant pas encore amassé ce type de fortune, elle fuyait ses propres questions en se vautrant dans le travail corps et âme et transcendait son mal en questions en le transposant dans la vie des autres. Peut-être était-ce là le début de la réponse du sens de sa propre existence, mais telle la recherche de l’homme idéal, cette réponse lui semblait trop près d’elle, trop simple pour donner un vrai sens à sa vraie vie par trop complexe ! Elle se devait de rechercher un sens beaucoup plus profond. En attendant, elle trouvait dans le travail un certain réconfort, qui à vrai dire, n’était que temporaire. Cependant, elle ne savait que faire d’autre. Et elle fuyait ainsi, toute l’année durant, oubliant ses questions, se fatiguant de ses journées de travail et rêvant du moment lointain où elle pourrait se reposer.

Alors, après avoir traversé une année entière à se repaître de questions destinées aux autres, elle retrouvait cette période de l’année qui s’appelait bien humblement " vacances ". Elle passait son année entière à l’attendre, à l’espérer. Elle rêvait à ces moments de repos et de plaisirs qu’elles lui procureraient. Cependant, le moment venu, lorsque cette période sonnait à sa porte, elle se mettait à avoir peur de lui ouvrir les bras. En effet, plaisir et repos n’arrivent jamais simplement dans sa vie. Pour cela, il lui faudrait comprendre que les semer, les cultiver et les laisser grandir calmement lui permettrait de faire une transition plus sereine entre le travail et les vacances ! Mais arrivé l’été, elle paniquait. Elle ne comprenait pas que le malaise qui s’installait en elle était en fait un mal composé de frustrations non réglées et accumulées. Elle ne comprenait pas non plus qu’elle devait alors laisser couler ce mal de son être psychique; ce qui lui permettrait ensuite de faire place à plaisirs et repos.

Ainsi, pour fuir ce malaise, la première semaine de vacances, le premier geste qu’elle posait alors était de frotter son appartement. Quel repos ! À coups de guenilles imbibées d'eau de Javel et de savon, elle se reposait du travail intellectuel avec une intensité de mouvements physiques encore jamais vue. Et plus le comptoir reluisait et plus les frustrations accumulées au fil des jours devaient partir. Et elle frotte, et elle frotte, et elle frotte. Et plonge la moppe dans l’eau chaude et tord la moppe et frotte la moppe…

Elle croyait alors dur comme fer que le fait d’habiter un endroit propre ferait briller son monde intérieur. Las elle se trompait. Plus elle le fuyait, plus le mal en questions ne faisait que grandir.

Ainsi, la semaine suivante, épuisée, elle tombait alors " littéralement " en vacances. Certains tombent amoureux, d’autres tombent des nues, elle, tombe en vacances. C’est alors que survient le grand mal, celui de l'anxiété. Épuisée, à boutte, elle laisse alors sortir sa fatigue.

Par la suite, elle se rappelle toutes les minutes de frustrations qu’elle n’a jamais eu le temps de vivre et de régler et comme si ce n’était pas suffisant, elle les revit dans sa tête. " Gna gna gna, un tel m’a dit ça, j’aurais ben dû lui répondre sur le même ton, tu vas voir on ne me reprendra plus à accepter une telle attitude et bla et bla et bla ". Cest alors que survient le deuxième grand mal, " la grande rumination ". Elle excelle par ailleurs dans cet art de la rumination. Elle pourrait même l’enseigner à des Africains trop calmes !

Lorsque ces grands maux sont passées, elle arrive alors à vivre le reste de ses vacances en essayant d’occuper son temps. Parce qu’étant seule, la planification de ses activités estivales se résument à : " Ben on verra! " Et parfois, elle y met du temps pour voir. Elle attend de voir ce qui pourra arriver et puis, rien ne se passe. Et une autre semaine s’est écoulée. Et le temps qu’elle réalise qu’il lui faut faire quelque chose, il ne lui reste plus que quelques jours de vacances. Et alors elle s’active. Elle va au cinéma. Elle lit un bon livre. Elle prend des marches. Elle s’entraîne. Elle écoute les reprises à la télévision. Rien de bien extraordinaire, mais elle arrive à tuer le temps.

Mais à quoi servent donc ses vacances ? À se reposer pour l’année de folie et de fuite de ses questions qu’elle vient de traverser ? Et elle se demande " Mais je travaille pourquoi alors ? Pour aller ensuite en vacances ? " Il lui faut vraisemblablement quelque chose de plus substantiel ! Ça ne peut être que ça. Elle se dit que sa mère n’a pas souffert en couches pendant des heures pour lui voir faire alterner les cycles de travail et de vacances sans qu’il n’y en ait un véritable sens ! Travailler, manger, dormir. Et la valse des questions reprend de plus belle.

À ce moment, afin de savoir si sa vie a un sens, elle tente d’imaginer la conversation de ses amies près de son cercueil. " Pauvre elle, sa vie n’a vraiment servi à rien. Elle ne fût même pas célèbre si ce n’est que dans son cercle restreint d’amies. Elle a bien aidé une ou deux personnes en passant, mais, et puis quoi ? Ne l’avons-nous pas toutes fait ? Est-ce si extraordinaire que cela ? C’est vrai qu’elle fût une bonne mère pour ses chiens. Mais tout de même, pas de quoi fouetter un chat! Nous l’aimions bien, mais avec ses questions sans réponse, c’était presque le temps qu’elle parte. Elle va nous manquer, mais pas ses questions "

Alors quand elle ne trouve pas de réponse au sens de sa vie, elle se demande à tout le moins si sa vie est vraiment insignifiante. Parce qu’elle a souvent la conviction formelle qu’elle l’est ! Alors, elle regarde les autres vivre. Elle les voit s’aimer, elle les regarde se quereller, elle les entends dire qu’ils aimeraient aller au cinéma, mais qu’ils n’en ont pas le temps, bref, qu'elles aimeraient bien avoir le temps qu’elle a ! Et elle se trouve soudain bien chanceuse d’avoir tout ce temps à ne rien faire. Donc la vrai question est : "Être utile et n’avoir plus le temps pour être inutile ? Ou avoir tout son temps et être inutile..." Encore là, elle croit fermement que chacun doit y trouver sa propre réponse.

Alors, quelle est la vôtre? Quelle est votre réponse? Pour ce faire, vous pouvez simplement répondre à mon nouveau sondage…
Bonne semaine.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut ma chère amie qui me réconcilie avec mes propres maladies mentales que je pense toujours être la seule à posséder! Je viens de lire tes chroniques, de celle-ci à celle du 22 août, et cela m'a mise de bonne humeur. J'adore ton style d'écriture et tes contenus tous plus disjonctés les uns que les autres. Contrairement à la majorité des habitants de la planète qui n'ont de cesse de faire croire aux autres, à défaut de réussir à se croire eux-mêmes, que leur vie est un long fleuve tranquille, sans angoisses, doutes et questionnements, tu te dévoiles sans pudeur et avec beaucoup d'humour. J'adore... et je me sens moins seule!
Maryse, qui a hâte d'aller souper chez-vous avec les autre vieilles copines. XXXX
P.S.: je ne sais pas comment sélectionner un profil autre que "anonyme".

Travailleuse sociale a dit…

Merci chère lectrice anonyme nommée Maryse et qui est mon amie. Je suis vraiment contente que ça te plaise. Effectivement, si je peux aider ne serait-ce qu'une personne qui se croit folle à se sentir normale, et bien, ma vie aura servi à quelque chose finalement. :o)

Pour ce qui est du statut d'anonyme, je crois qu'il faut avoir un compte du genre google ou autre affaire que je ne connais pas (livejournal, wordpress...). Je ne peux pas vraiment t'aider. Le fait de signer ton nom est une signature en soi.

À bientôt,

Anonyme a dit…

... je m'aperçois qu'avec ton blog tu me fais grandement réfléchir...

(note de travailleuse sociale, commentaire dont l'aspect personnel a été retiré)

Anonyme a dit…

L'Hypocondrie...quelle amie imaginaire malsaine. Qui n'a pas un jour dans sa vie accueilli cette amie. Et si l'on savait qui elle est vraiment, on la foutrait dehors dès le début, car elle s'accroche à nous comme une sangsue! Pour le sondage je dirais aucune de ces réponses et je répondrais par: Le temps que l'on a plaisir à perdre n'est jamais du temps perdu!!

A une autre lecture!

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