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Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

samedi 30 janvier 2010

Songe éveillé d’une nuit d’hiver

Cette nuit-là, le vent d’hiver soufflait avec violence sur la ville recouvrant et dissimulant tout sur son passage. Ces paysages, alors enchanteurs aux cœurs des enfants, se transformaient en cauchemar éveillé à nos yeux d’adultes. Le moindre déplacement se mesurait aux expéditions les plus périlleuses du Grand Nord. Malgré le niveau de difficulté, il s’en trouvait toujours pour braver les affres hivernales et affronter les périples que la température offrait généreusement. On entendait alors, pendant de longues minutes, des autos tentant de sortir de leur trou béant de neige, en rugissant sur place à coups d’accélérateur et de freins, de va-et-vient incessants, sans que cela produise les résultats escomptés.

Le vent foudroyait tout sur son passage, transformant le moindre objet insolite en attraction, créant ainsi un spectacle du moindre sac de plastique virevoltant devant nos yeux de spectateur reclus. Les arbres s’étaient dégarnis pour l’occasion. Certains, trop faibles pour survivre aux hivers se succédant sans pitié, perdaient des monceaux terminant maladroitement leur course sous les galeries des immeubles. Un couvercle de poubelle, attaché avec attention au bout d’une corde, se balançait inlassablement, causant un bruit sourd et répétitif digne de certains films d’épouvante.

À la vue de ce spectacle surgissait en son esprit la vision des premiers immigrants, semblant venus de nulle part, qui avaient entrepris de domestiquer ce territoire s’étendant à perte de vue, surtout lors de ces hivers sauvages et glacials. Difficile de s’imaginer à quoi avait  ressemblé leur premier hiver. Arrivés ici, ne sachant trop à quoi s’attendre, téméraires sans le savoir, comment avaient-ils construit leur première maison ? Laissait-elle filtrer le vent à travers les murs érigés en toute hâte ? Comment avaient-ils fait face à la température qui effectuait un revirement imposant entre l'accablante chaleur d’été et l’insupportable froidure d’hiver ? Avec ces difficultés qui sont nôtres, il est bien difficile d’imaginer ce défi semblant encore bien insurmontable à nos yeux de contemporains.

La tempête qui faisait rage en elle semblait provenir tout droit de ce paysage de misère et de splendeur. Une tempête illustrant à merveille les tourments de son âme soufflant sur son cœur. Une température effrayante accompagnant à la perfection son état d’esprit trop souvent tourmenté en ces heures nocturnes, si solitaires. Des heures dont elle connaissait le mouvement lent et assommant des minutes défilant sur cette horloge qu’elle connaissait par cœur.

Décrire cette peur indescriptible qui s’emparait d’elle en ces trop nombreux moments où l’insomnie s’imposait comme meilleure amie. Écrire l’angoisse espérant qu’elle la quitterait pour mourir à tout jamais dans ces lignes. Ses pensées, pêle-mêle, obscures, se reflétaient dans ses émotions.

Où était-il ? Que faisait-il ? Elle se retenait péniblement de sortir dans cette nuit sombre pour parcourir la distance qui la séparait de lui, espérant obtenir un réconfort qui apaiserait ses tourments. Elle se voyait, avançant péniblement dans cette neige, espérant retrouvé son bien-aimé. Elle savait qu’elle n’arriverait à rien d’autres et nulle part ailleurs qu’aux frontières de sa propre folie. Un aller simple au pays de la torture. Alors, elle luttait contre cette envie folle de le retrouver. Elle le savait, c’était un vol sans escales, aux confins d’un univers sans amour, sans vie. Elle se débattait alors contre la tentation de s’abandonner, de ne plus exister que dans le reflet de l'être aimé qui ne l'aimait pas.

Et, par habitude, elle savait que les heures finiraient par s’écouler. Au petit matin, elle retrouverait, avec le paysage redevenu calme plat, un semblant d’équilibre qui lui permettait d’avancer encore un peu plus, vers une destination qu’elle redoutait triste et solitaire mais qui, à tout le moins, éviteraient les soubresauts de la misère à deux.

2 commentaires:

Pierre H.Charron a dit…

J'ai beaucoup aimé ce texte.Une magnifique prose et tu m'as donné de superbes images dans la tête et ta réflexion sur les premiers immigrants est tellement juste.

"où l’insomnie s’imposait comme meilleure amie"
Superbe métonymie !

Travailleuse sociale a dit…

Merci. J'ai tenté dans ce texte d'être plus descriptive au niveau de l'atmosphère.

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