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Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

mercredi 16 juin 2010

Mes vacances à la campagne

Chapitre 1 : Trop de bruit pour rien

Je vis à la ville depuis bientôt 25 ans. J’ai su faire de cet environnement bruyant mon havre de vie sachant très bien m’y adapter. La situation semblait aller de soi. Pour bien vivre, il fallait sortir du marasme de l’inactivité de la campagne, côtoyer des milieux de travail stimulants voire même stressants (à outrance !), sortir dans les bars et écouter de la musique à haut niveau de décibels. À cette époque, la campagne était trop près de la morosité, de l’inactivité comparable à la mort, me semblait-il. Mon choix d’alors était on ne peut plus clair.

Mais voilà que cette vie me rattrape et me déplaît de plus en plus. Depuis quelques années, je me suis prise à détester le bruit. Peu à peu, tels de mauvais esprits s’ingérant en moi pour venir me hanter, je me suis mise à vouloir les chasser. J’ai d’abord mis cette intolérance sur le compte de l’insupportable douleur causée par la perte de ma mère, cette douleur qui rend le corps incapable de tolérer la moindre contrariété. Je me disais que tout ça me passerait, que la vie reviendrait telle qu’elle était, avec la joie et la frénésie causée par les palpitations constantes de la ville. Et bien non. Plus le temps avance, plus je découvre le désir d’apprécier simplement ce temps, sans apparat, sans artifice, rien que le temps accompagné du silence.

En fait, en ville, beaucoup de mon énergie est concentrée à lutter contre le bruit. Souvent de façon inconsciente, parfois consciente, je travaille à faire le vide à l’intérieur de mon être pour compenser les agressions constantes de mon environnement. Mon corps et mon âme se transforment alors en une sorte de machine à démonter le bruit. Ceci, je le crois, est la principale raison pour laquelle j’éprouve une fatigue constante et croissante s’apparentant à une grande lassitude face à cette vie, que pourtant, j’aime tant. Ma machine à démonter le bruit fonctionne, allègrement, sans relâche, 24 heures sur 24. Elle contre les bruits de la nuit; ceux des sirènes ou de ce voisin qui dort encore moins que moi, autant que ceux du jour ; ce bruit des moteurs ou de ce chauffard qui se croit être Gilles Villeneuve. Et je me prends à espérer qu’il connaisse le même sort que ce tristement célèbre coureur, histoire de retrouver un peu de paix. De ne plus pouvoir le tolérer, le bruit me rend intolérante.

En réalité, le seul lieu ou ma machine ne se sent pas en obligation de lutter, est sous la douche. Cet endroit mythique qui rappelle trop souvent la terrifiante scène du film « Psycho ». Alors, je vis l’insécurité de voir apparaitre cet assassin, venant me surprendre afin de mettre fin à ma vie, vie servant tant bien que mal à lutter contre le bruit. Alors dans ce seul instant, le bruit devient ami. Un assassin agirait dans le silence. Le bruit me réconforte étant alors symbole de situation maitrisée. Tant qu’il y a du bruit, il y a de l’espoir. Si l’inconnu se fait entendre, il est irrémédiablement pacifique. Et à ce seul prix, je retrouve mon calme.

En ville, impossible d’écouter la télé sans que le bruit ne porte à conséquence. Ainsi, l’autre jour, j’écoutais une émission banale à la télévision et je trouvais alors, sans trop réaliser pourquoi, que le dialogue cadrait mal avec sa banalité.

- « Chéri, réveille-toi, j’ai un suspect entre les jambes. »
- « Je vais vérifier si tout va bien. »
- « Dépêche-toi, sinon je risque de m’enfoncer et de couler ! »
- « Ne t’en fais pas, je vais l’arrêter de pousser une fois pour toutes. »
- « Que dis-tu là ? Pour une fois, je ressens quelque chose. »

Une fois installée à la campagne, je revis cette même émission.

- « Chéri, réveille-toi j’ai entendu un bruit suspect. Va donc vérifier et fais attention à toi. Tiens, prends le chien qui dort entre mes jambes. »
- « Bien sur mon amour, rendors-toi, je vais vérifier si tout va bien. »
- « Dépêche-toi de me revenir dans ce lit qui paraitra bien triste et sinon, je risque de m’enfoncer dans les bras de Morphée et de couler de doux rêves loin de toi. »
- « Ne t’en fais pas, s’il y a quelqu’un, je vais l’arrêter et de mes mains nues, lui ferai regretter d’être entré sans s’annoncer. Je serai de retour très rapidement, retrouvant cette force qui me permet de me pousser le plus rapidement vers tes bras. »
- « Que dis-tu là ? Prends la carabine pour une fois. Je ressens comme une prémonition, quelque chose va mal se passer. »

Mais alors qu’à Montréal je m’efforce de ne plus l’entendre, à la campagne, lorsqu’il survient, je prête l’oreille, tentant de maitriser ce bref moment de panique s’installant l’espace d’un moment, devant cet événement fortuit. Des signaux de détresse parviennent alors à mon cerveau m’efforçant tant bien que mal de décoder la source de cette agression. Détecter sa signification signifie éteindre cette sonnette d’alarme déclenchée par mon corps. Ah !, du calme ! Ce n’est que le bruit d’une automobile.

Je n’ai cependant pris conscience de cette possession de mon âme par le bruit, qu’une fois installée à la campagne pour mes vacances. Dans cet endroit magnifique de par la richesse de sa nature, le bruit fait l’événement par son côté inattendu. Le chant d’un grillon, les coups de pattes de ce castor dans l’eau et les piaffements de ce geai bleu ne se qualifient pas en tant que bruit. Ce sont des notes de musique savamment exécutées, un concert brillamment interprété pour mon seul plaisir. Une harmonie de sons célébrant l’hymne de mes vacances.

J’ai en effet compris l’ampleur de cette psychose induite par les bruits de la ville, qu’une fois bien blottie dans le calme plat de cette campagne. Je l’ai compris parce que le premier véhicule déambulant près de ma nouvelle demeure a fait naître dans ma tête cette sonnerie incessante, ce camion de ville indiquant qu’il faut déplacer l’auto sinon, gare à vous ! Une association inconsciente et automatique entre deux éléments aussi forts que les cloches de Noel et le Père Noel avec ses surprises emballées. Mais mon Père Noel est très pauvre. Il ne donne pas, il prend. Lorsque ses cloches retentissent, si l’on s’y refuse à prêter l’oreille attentivement, on voit surgir un cadeau de moins 52$, l’été et de moins 92$, l’hiver… Comment je le sais ? Devinez ! C’est ainsi que mon auto est associée à ce bruit infernal qui continue de résonner en moi même en ce coin de paradis reculé.

Pour baptiser ma première nuit, j’ai eu droit à ce seul et unique bruit, ne cessant de battre inlassablement dans mes oreilles et faisant sursauter du même élan, mon cœur. A chacun de ses départs et chacun de ses arrêts, mon cerveau, avec un certain délai, le reconnaissait. Avez-vous déjà eu affaire au bruit d’un frigidaire au milieu des bois ? Tout simplement effrayant. La nuit, au pire, je m’attendais au hurlement d’un loup, au chant d’un coyote ou au grognement d’un ours mais non à un frigidaire ! Il faut vous imaginer que seul au milieu des bois, c’est écho un frigidaire ! À chacun de ses départs et de ses arrivées, j’avais l’impression qu’un tracteur entrait dans ma chambre. Le silence du bois amplifie tout. L’impression qu’un sniper se cache silencieusement dans un bosquet et qu’au moment ou on s’y attends le moins, il sort et dégaine sa mitraillette. Je suis maintenant convaincue que la guerre du Vietnam a ressemblé à ça. Un jour, la jungle, calme et sereine, déroulant son quotidien au rythme des secondes qui se succédaient sans rien devoir à personne, et le lendemain, sortis de nulle part, une terrible attaque de frigidaires venus se battre pour la plus grande gloire de leur pays, le Maytag. J’ai de la difficulté à comprendre. On est capable de mettre des silencieux sur des moteurs d’automobile, d’envoyer des clowns dans l’espace mais on est encore incapable de fabriquer un frigidaire silencieux !

Tandis que je me prélasse, enchaînant au meilleur de mes aptitudes cette allégorie sur le bruit, j’entends un moteur de 4 roues vrombir dans ce qui me tient lieu de rue. Il faut dire que j’habite au 1, rue de la rivière. Et mon plus proche voisin demeure au 1, rue de la perchaude. Alors, avec encore moins d’ampleur que des ruelles, se creusent ces sillons au milieu de nul part. Au bruit de ce moteur, troublant soudainement mes songes éveillés, naît dans mon esprit une pensée. Des gens de la ville venus faire du bruit dans cet endroit perdu. Des gens de la ville persuadés de venir chercher un calme relatif mais ne pouvant vivre autrement que dans le brouhaha et le désordre de milliers d’êtres entrelacés dans un lieu commun.

À cette étape, je ferai un court arrêt pour vous indiquer que si vous ne vous révoltez pas contre mes dires, je dois malheureusement vous apprendre, contre mon propre gré soyez-en assurés, vous êtes bourrés de préjugés ! Est-ce à croire que les gens de la campagne n’aiment pas le bruit ? J’ai toute une famille, habitant loin loin loin de la ville, qui ne semble ne vivre que par et pour lui. Les moteurs des 4 roues l’été, les motoneiges l’hiver, les carabines à l’automne pour ce cruel plaisir de la chasse à l’orignal. Quelle désolation ! Je les entends encore se rebeller contre cette maudite saison où l’orignal s’est montré le nez après seulement 10 minutes d’émoi. Et ce fut la fin terrible de leur plaisir. Cet orignal s’était montré si peu coopératif. Un total manque d’esprit sportif. S’avouer vaincu sans même se battre. Mais moi je l’ai toujours compris cet orignal. Il démontrait ce qui me semblait être les symptômes d’une grande dépression, sûrement devant tant de bêtise humaine. Peut-être même avait-il perdu quelques membres précieux de sa propre famille dans ce total délabrement de l’âme qu’est la chasse ; cette période de l’année faisant remonter en lui de douloureux souvenirs. Alors, plutôt que de se battre devant cette vie totalement insensée, il s’est laissé abattre.

Vous me mettrez au pied du mur en me faisant avouer, après un après-midi d’interrogatoire forcé : Et oui ! J’adore la viande d’orignal ! Alors où est le problème ? Le problème n’est pas dans la sauce, il est dans le plaisir de tuer.

Pour l’instant, n’arrivant plus à cesser ces divagations sur les bienfaits du silence ou si vous préférez, sur les méfaits du bruit, qui mèneront sûrement à un édit royal afin de légiférer sur la question, dans les villes comme à la campagne, je tenterai de terminer en vous donnant des nouvelles de Chat et moi :

Oyé, Oyé. Nous mangeons et nous dormons dans le silence. Rien de plus ni de moins compliqué que le silence de notre nouveau palais doré.

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