Bienvenue sur mon blogue de lecture virtuelle !

Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

mercredi 30 juin 2010

Mes vacances à la campagne (on lâche pas !)

Chapitre 3

On est rendus quelle journée donc là ?

En vacances, il n’y a plus de lundi, plus de mardi ni de samedi ou de dimanche. Il n’y a plus cette perception de la semaine qui se termine ou de celle qui débute. Chaque semaine, chaque mois, chaque journée ressemble au dernier qui, lui, se confondra dans le suivant. J’ai arrêté de compter et je vis au jour le jour. Je me couche tard, je me lève tard et entre les deux, je passe le temps.

Je dois l’avouer, si je me couche tard c’est que j’ai un peu peur la nuit. Je dois dire que je regrette d’avoir autant écouté toutes ces enquêtes criminelles, tous les CSI Miami, New York ou Las Vegas, tous les Bones, les NCIS, les documents d’enquêtes de meurtriers en séries de Canal D et j’en passe. Toutes ces histoires où l’on voit des meurtres commis au fond des bois et accusant ces villageois consanguins. À Montréal, rien dans ces histoires ne me touche vraiment. Ce n’est pour moi que pur divertissement. Mais ici, au creux des bois, elles font naître nombre de fantasmes malsains. Chaque bruit de moteur accompagne un suspect potentiel pour cette prochaine histoire morbide qui se déroulera à 5 km d’un petit village.

Après quelques soirées à me retenir de paniquer, j’allai voir le mari de la propriétaire pour me rassurer de mes voisins. Ce dernier se fit un plaisir de me raconter tous les problèmes vécus dans cette campagne profonde.

Cette histoire de voisin avec ce mauvais chien qui hurlait constamment à tout vent toutes les nuits. Non, pas le chien, le voisin. Le voisin hurlait !

« Mais j’ai réglé le problème à c’t’e crétin » se vanta-t-il, « je suis allée le vouérrr pour y régler son compte une fois pour toutes, avec ma carabine. Vous pouvez me crouérrre qu’on l’a plus jamais entendu depuis ce temps-là. »

« Ah bon, et bien » dis-je sans même oser penser poser LA question « Mais que s’est-il passé ? ». J’étais en effet bien loin de vouloir la réponse.

« Et c’t’autre idiot qui faisait tout le temps des partys. Croyez-moé, y’en fais pu ! Vous allez être tranquille en crisse toute l’été, ma p’tite dame. Pis j’espère que vous non plus vous ferez pas de bruit. »

« Soyez sans crainte. » répondis-je simplement, un simple rictus, un sourire incomplet, un signe de crainte non assumé, décorant mon visage.

« Pis cette semaine, j’ai vu un char nouérrr qui est repassé trois fois dans la rue. J’ai sauté dans mon pick up pour le rattraper l’enfant de chienne pis voir c’est quoi qui voulait. Mais je l’ai pas pogné. J’ai pas été assez vite. »

Je retournai donc dans mon chalet peu rassurée à vrai dire. Si je n’avais plus peur des voisins, il en allait maintenant tout autrement du mari de la propriétaire.

Donc le soir, je me couche tard pour qu’il ne reste plus que quelques heures de noirceur à passer avant que le jour ne se lève. Je m’endors, mais toujours un peu paniquée, toujours quelque peu aux abois. Je suis consciente que le danger se localise majoritairement dans ma tête, mais juste au cas-où, on ne sait jamais, je reste sur un pied d’alerte et je m’endors crispée.

Mais la nuit dernière, sans crier gare, je me réveillai en sursaut. Je me mis à hurler. La peur au ventre, la panique pas très loin derrière, je réalisai que j’avais perdu la vue. J’étais devenue aveugle, AU SECOURS ! Je devenais subitement Marie Ingalls perdue dans sa prairie noire. Quelle horreur ! Quelle noirceur ! Seule, sans téléphone pour appeler les secours, avec des voisins situés à des kilomètres, comment pouvais-je survivre à ce difficile coup du destin ? Paniquée, je tâtai les murs, prête à déambuler au dehors jusqu’à ce qu’un bon samaritain ne croise ma route. Il me faudrait probablement des jours avant qu’il ne se place sur mon chemin, mais que m’importait, l’essentiel n’était-il pas de rester en vie ? Je faisais des plans. Je devais apporter suffisamment d’eau, des provisions. D’abord, chercher mon sac à dos. Longer les murs jusqu’au frigo, avec le bruit qu’il fait, je devais pouvoir le repérer facilement…. Sans savoir comment, mes pas et mes mains tâtillonnants, me menèrent à une fenêtre. C’est ainsi que je me questionnai sincèrement et scientifiquement sur ma nouvelle cécité. S’il était bien possible que je puisse devenir aveugle sans m’en rendre compte, il était toutefois improbable que je puisse malgré tout, voir les étoiles ! Je pris de grandes respirations et finis par m’expliquer le tout par le fait qu’il n’y avait plus d’électricité.

« Crisse, fait donc ben noir ! »

En effet, aucun phare d’auto dans ma rue, ne venait rompre la noirceur de ces bois. De toute façon, il n’y a même pas de rue !

N’y pouvant rien, sauf de laisser passer la nuit, je retournai m’étendre et continuai à prendre de grandes respirations jusqu’à ce que je me rendorme. Je demeurai cependant quelque peu crispée, toutes ces émotions ayant remué le mince filet de sécurité psychologique qu’il me restait.

À mon réveil, je voyais la lumière mais tout demeurait tout de même flou. « Ah, merde !, je n’avais pas rêvé». Je n’étais pas encore aveugle, mais cela ne saurait tarder. Je tentai encore de me calmer et de remettre mes idées en ordre. Il me fallait réfléchir à une solution. La première qui me vint à l’esprit, fut de mettre mes lunettes. La situation s’améliora légèrement mais encore, le flou persista dans ma vue, continuant d’embrouiller mes idées. « Et comment pourrais-je régler ce problème une fois pour toutes ? » m’impatientais-je. Une deuxième idée effleura alors mes pensées. « Peut-être que mes lunettes sont sales ? »

Je les enlevai. Mais alors que je ne voyais pas avec mes lunettes, je ne pouvais pas voir non plus, sans mes lunettes ! Alors, comment repérer cette saleté maudite ?

Il me vint soudain l’idée de génie, de les laver, juste comme ça, tout d’un coup que ça règlerait la situation, juste comme ça, sans même constater l’ampleur du problème, juste comme ça. Je les lavai, les mis sur mon nez et je revis. Je revoyais et je revivais ! Quel bonheur ! J’étais soulagée d’une façon qu’il m’est absolument impossible de vous décrire. Toutes ces peurs n’étaient en rien fondées. Je pouvais me calmer et me relaxer. Ce que je fis. Je me calmai et je finis par faire ce qui me semblait être la meilleure chose à faire eu égard à ces circonstances exceptionnelles.

Je me rendormis.

samedi 26 juin 2010

Mes vacances à la campagne

Chapitre 2 (suite et fin)

Troisième journée : Achetez local, pensez global

Je me rendis ce matin-là au petit village situé à quelques kilomètres de ma nouvelle et fabuleuse demeure afin de faire mon épicerie. Il faut dire que j’avais terminé depuis belle lurette les deux petits pots de yogourts nature et mon pot d’arachides de 50 mg, destinés à me maintenir en vie jusqu’à ce que je localise l’épicerie la plus près. J’ai repéré, à 5 kilomètres, un petit village et à 10 kilomètres, un moins petit village. Donc, je me rendis à 5 km de chez moi et m’arrêtai au marchand du coin, appelons-le, Unichoix, afin de protéger son anonymat. Je voulais, ma matin-là, faire une bonne action et acheter local. Finies les dépenses folles dans les grandes industries destinées à enrichir des poignées d’américains au détriment de populations mexicaines et autres ! J’étais bien déterminée à faire profiter la population de ce petit village de ma capacité d’achat de touriste; capacité financière tout de même limitée par le fait que mon portefeuille fut presque vidée par la location du chalet. Mais qu’importe, j’étais prête à me ruiner si c’était pour une bonne cause.

Achetez local comporte toutefois quelques inconvénients, vous vous en doutez sûrement. Tout d’abord, on doit se promener parmi des allées bien étroites où la marchandise s’entasse dans un certain désordre tant les cannes sont empilées comme des sardines. Il est alors très important de modifier notre manière de faire l’épicerie. Il faut donc rouler très lentement et rester soigneusement concentrée afin de ne rien manquer. Un malheur est si vite arrivé. Un pas trop rapide, un clignement des yeux et voilà, vous avez loupé le pot de Quik aux fraises. Et comme il vous faut parcourir 10 km aller-retour si vous manquez de quelque produit que ce soit, vous serez ainsi condamné à la privation de ce sirop pour les sept déjeuners à venir, soit le temps convenu et convenable entre deux épiceries. Alors, allez-y gaiement mais également, soigneusement. Je repassai ainsi trois fois devant le comptoir laitier, cherchant désespérément l’endroit où l’on rangeait le yogourt nature. Je me dis que ma méthode de magasinage local n’était pas encore au point, ce qui était tout à fait normal, vu le manque de pratique.

Devant déjà brisé la promesse que je m’étais faite de ne compter que sur moi, je m’enquis.

« Dame Unichoix » dis-je alors timidement, « par un malencontreux coup de ma destinée, je n’arrive pas à trouver le yogourt nature… Je distingue parfaitement le yogourt aux cerises ainsi que le yogourt aux fruits des champs mais la blancheur de ce pot de yogourt nature doit m’éblouir, je n’arrive pas à le localiser sur vos tablettes ! Auriez-vous l’amabilité de me conduire jusqu’à lui ? Je vous en serais éternellement reconnaissante. »

Le fait de ne passer qu’un seul été dans cet endroit, me donnait, me semblai-t-il, la permission de beurrer joyeusement mes demandes.

« Bien voyons, bonne dame » me dit-elle de son charmant accent français, « nous ne vendons pas de yogourt nature, les gens n’en mangent pas. »

« Ben, c’est sûr que si vous en vendez pas, ils en mangeront pas » rétorquais-je avec toute la bonhommie dont j’étais capable. « Vous voyez, je suis le régime de Josée Lavigueur et du yogourt nature, elle en met partout. Alors, ma devise étant « Fais ce que dois », vous comprendrez que je ne puis passer une minute de plus sans yogourt nature ».

« Faudra vous débrouiller autrement. Allez dans le moins petit village, ils en auront probablement. »

Je me butais alors à ma première désillusion. Les gens de la campagne ne sont donc pas tous excessivement généreux ! Moi qui croyais qu’ils étaient tous, sans exception, prêts à se jeter sous le premier train venu si c’était pour nous empêcher d’échapper notre crade d’œufs, mais où étaient donc ces charmants villageois ? Peut-être n’était-ce qu’un coup de malchance qui avait placé sur ma route cette dame française quelque peu bourrue. Entendez-moi, je n’ai absolument rien contre les français. Après tout, ce sont nos ancêtres, nos colonisateurs, le deuxième peuple venus ici conquérir un nouveau territoire en décimant des populations autochtones ou en les sauvant grâce à l’évangélisation et nous abandonnant, l’heure venue, aux mains des Anglais. Je m’étais d’ailleurs laissé dire qu’alors que nous perdions Québec, Lévis avait gagné la bataille à nul autre endroit que Lévis ! Mais aucune aide ne lui vint des mains du roi de France puisque, tout comme moi, il n’avait pas de téléphone, le pauvre, perdu au milieu de nulle part et ne pouvant ni joindre, ni être joint par personne. Détrompez-vous, je n’ai rien contre les français à moins qu’ils ne comptent parmi mes voisins, cependant, je m’égarai ce jour-là dans des pensées indignes, probablement mues par la possibilité de privation de yogourt nature, et me laissai aller de la façon la plus infâme qui soit.

« Va chier, maudite …., c’est fini pour moi acheter local ! M’en vas faire mon marché dans le moins petit village ! ».

J’eus honte de mes propos. Ils m’accompagneront d’ailleurs dans les moments les plus noirs de cet été. Quel malheur ! Ces paroles bien indignes propulsent alors mes pensées dans les plus sombres moments de mon existence et dans tout ce que j’ai pu dire de méchant dans ma vie. Le jour où j’ai dit à ma mère que mon collier de toque ne valait pas de la marde, que son gros toutou rose, elle pouvait bien se le mettre où je pense. Le jour où j’ai dit à ma sœur que c’était juste une grosse. Ah, non, désolez, je ne lui ai pas encore dit, mais à voir la situation évoluée, le jour maudit ne devrait pas trop tarder. Je n’en étais qu’à ma troisième journée de vacances et mon tempérament colérique risquait de tout gâcher, et qui plus est, en ce lieu si formidable qu’est l’épicerie. Il me fallait me ressaisir. Je tenterais de me racheter en allant faire mon marché dans le moins petit village et en fuyant à tout jamais l’Unichoix, qui soit-dit en passant, semblait quelque peu porter son nom.

C’est alors que je découvris, le paradis des produits. Pour les bienfaits de cette histoire anonyme, appelons-le le Wétro Plus. Dans la vie, il existe des Wétro et des Wétro Plus, où il y a simplement, davantage de choix.

N’en déplaisent aux anti-mondialistes, aux environnementalistes et aux globalistes-localistes, je me retrouvai bientôt au pays de l’ordre et du choix. De magnifiques allées remplies à craquer de produits soigneusement rangés. Toute place était parfaitement définie et tout était parfaitement à sa place. Le fait que peu de personnes fréquentent cet endroit désert y est sûrement pour quelque chose, mais jamais je ne me serais doutée qu’un tel endroit existât dans cette campagne ! On y trouvait de tout ! Du sarrasin moulu sur pierre, de la chapelure de riz, de la chapelure de quinoa, du mélange à gaufres sans gluten, du mélange à pain à sandwich, du boudin au lait en canne, moi qui avais passé ma vie à chercher du boudin au lait en canne ! Il y avait même et oui, il y avait même des biscuits de marque « K-toos » sans gluten, sans blé, sans caséine, sans produits laitiers. Des magiciens ! Ces villageois ne pouvaient qu’être des magiciens ! Ils avaient trouvé la recette de biscuits sans ingrédients ! C’est Josée Lavigueur qui serait contente ! À moi les après-midi à me goinfrer dans la boîte de biscuits faits avec rien !

Alors que ma joie était à son paroxysme et que je croyais qu’il fut impossible de ressentir bonheur plus profond, j’arrivai devant la rangée des toasts Melba. Bien sûr, il y avait le modèle traditionnel, mais on y retrouvait également des grosses toasts carrées, des petites rondes, des grosses rondes, des toasts minces mais aussi des épaisses. Rien ne manquait. C’était absolument stupéfiant ! J’imaginais le jour prochain où j’inviterais mes amies pour un party de Melba directement dans l’épicerie. L’atmosphère serait certainement à la réjouissance et l’on se souviendrait sûrement longtemps de cet été là. Je repartis le cœur léger vers ma destination première, le coffre bourré de produits d’épicerie et la tête remplie de souvenirs impérissables.

Arrivée au chalet, je rangeai soigneusement le tout, m’ouvris une bière et m’installai confortablement devant la télé. Une pensée toute simple vint alors à mon esprit.

« Crisse, le yogourt nature… ».

mercredi 23 juin 2010

Mes vacances à la campagne

Chapitre 2 (suite)

Deuxième journée : La découverte des découvertes

En cette deuxième journée et puisque l’extérieur m’était encore étranger et quelque peu inquiétant, je décidai de partir à la découverte du chalet. Après tout, il y a bien 2 étages, deux vérandas couvertes et il est tout équipé, divans, vaisselle, coutellerie, literie. Tout. Je n’ai même pas eu à apporter mes oreillers. Ceux du chalet sont encore plus confortables que les miennes. Mais bon, c’est à peu près tout ce qu’il y a de luxueux ici. Lorsque je pris possession du chalet, la propriétaire en fit de même pour le prix de location ainsi que d’une somme de 300.00$, au cas où, je briserais quelque chose. Elle était tout particulièrement inquiète des griffes de Chat et me demanda d’être vigilante pour qu’elles ne brisent rien. Mais oui, que je lui répondis, Chat m’écoute vraiment au doigt et à l’œil. Quand je lui demande de monter sur le comptoir pour venir lécher mon yogourt et manger mes fraises, c’est sûr qu’il m’écoute. Quand je dis à Chat de détruire mes divans et mes plantes et que c’est pas grave, que je m’en achèterai d’autres, c’est quasiment épouvantable tellement il m’écoute sans bon sens. Enfin, pour calmer mes états d’âme devant cette quasi-certitude que je perdrais mon 300.00$ une amie avait tenté de me rassurer. « Un chat ne détruit pas les meubles tant et aussi longtemps qu’il ne se sent pas confortable. Ça lui prendra des semaines avant de s’attaquer aux divans. » Je vous le donne dans le mille, ça lui pris exactement 5 minutes avant de faire ses griffes sur le divan.

En réalité, le premier matin, la première chose que je fis fût de constater l’état de délabrement de ces divans. Ayoye ! Ils font dont ben pitié. Y’aura personne qui va avoir le goût de les détruire, sont déjà assez maganées de même ! On a plus le goût de les aider, les pauvres. Au moins, si je sors jamais du chalet de l’été à cause du castor, je vais savoir quoi faire. Je vais essayer de leur remonter le moral à ces pauvres divans. Même Chat,va probablement faire une dépression à se tenir sur des chaises et des vieux divans de même. C’est la madame qui aurait du nous payer pour accepter de vivre avec ça pendant toute une saison ! Je pense que je me suis fait avoir, moi là.

Je continuai mon exploration. Mis a part l’état des meubles, il n’y a pas grand-chose à redire de ce chalet, si ce n’est qu’il y a un moule à gâteau, vous savez un moule pour faire des gâteaux avec un trou au milieu. J’ai jamais eu ça moi un moule de même parce que ça aurait voulu dire « Je vais me faire du gâteau » ce qui veut aussi dire « Ben crisse, tant qu’à avoir un moule pis me faire du gâteau dedans, aussi ben n’en manger ! ». Honnêtement, tant que je n’avais pas ce fameux moule, le problème ne se posait pas. Mais maintenant qu’il est là, qu’il fait partie de ma famille pour l’été, qu’est-ce que je suis supposée en faire ? Bon Dieu que c’est dur la vie de chalet ! Y’a toujours plein de problèmes à régler, de solutions à trouver, je sais vraiment plus où donner de la tête. Bon un peu de méthode. Je vais commencer par mettre sur papier tout ce que j’ai à régler et ensuite, on verra ce qu’il est possible de faire. Voilà c’est écrit : Problème de moule à gâteau. Et si ça peut vous rassurez comme quoi je vais vraiment prendre la meilleure décision qui soit concernant ce moule à gâteau, j’aimerais devant vous tous ici présent, jurez sur la tête du propriétaire de Séries Plus, que si je ne prends pas la meilleure décision qui soit concernant l’utilisation de ce moule à gâteau, et bien, j’arrêterai d’écouter CSI Miami pendant au moins un an. Ce qui est à peu près le temps qu’il faut pour repasser au moins 5 fois les reprises des 5 saisons que j’ai déjà regardé au moins 4 fois chaque. C’est beau aimé quelque chose, mais faut pas non plus s’en rendre malade, c’est comme pour le gâteau finalement.

Après avoir inspecté tous les coins et racoins du chalet, je pris mon courage à deux mains et je sortis à l’extérieur pour aller courir à toutes jambes. En cette minute la plus longue de mon existence, n’écoutant que mon courage, je me suis alors dit que tous les castors du monde ne m’arrêteraient pas dans ma recherche de plaisirs estivaux. Et je m’étais bien promis de m’entraîner à fond puisque j’en aurais le temps. Je partis donc au milieu de nulle part sur cette route ou personne ne passe ni ne repasse et encore moins ne dépasse. Je me suis donnée un objectif : je vais aller jusqu’au croche là-bas en essayant de ne pas penser à l’ours qui a tué la joggeuse dans le parc de Valcartier il y a quelques années, ni à celui qui a tué mon ancien propriétaire de taudis, ou j’habitais avec ma famille dans ce petit village très très loin. L’objectif a été à moitié réussi, j’ai couru la moitié du chemin et je n’ai pensé qu’à un seul ours. Je trouvais que c’était pas mal. J’avais bravé absolument rien d’autre que ma peur et j’avais vaincu un ours imaginaire sur deux. Mais le lendemain, je ferais mieux, j’en étais convaincue. La saison de l’encabanement arrivait à sa fin. Mes vacances étaient vouées à la réussite, j’en étais certaine. Désormais, plus rien ne pouvait plus m’arrêter. Je décidai alors que dès le lendemain, je continuerais mon exploration. Le lendemain, j’irais à l’épicerie !

samedi 19 juin 2010

Mes vacances à la campagne

Chapitre 2 : Mes toutes premières péripéties

Première journée : Premiers constats

Il y a déjà quatre jours que je vis dans le bois. J’ai décidé de partir à la découverte de mon nouveau monde à la manière de mon chat explorant ce territoire inconnu. Peu à peu, un pas après l’autre, m’assurant que je me trouve en un endroit sécurisé avant de pouvoir poursuivre mon chemin. Je découvre ce nouveau territoire dis-je, à la manière de mon chat « mâle ». Je préfère encore risquer de manquer de gaz dans le désert plutôt que de demander ma route. Alors, je trouverai tout, toute seule. Sans rien devoir à personne, ni même la plus infime des informations. C’est ainsi que la première journée, je restai dans le chalet, ne voulant pas déranger le castor qui semblait avoir établi son atelier d’ébénisterie dans le minuscule étang qui me sert de paysage. Dans le bois, on ne peut déblatérer longtemps sur la splendeur de l’étendue du paysage, on voit jamais bien bien loin et on ne voit pas vraiment autre chose que du bois. Donc, un castor travaille devant ma fenêtre toute la journée du samedi. Je dis pas si ça avait été une vache, j’aurais pas eu peur de ça une vache. C’est certain que j’aurais peut-être trouvé ça bizarre mais bon, j’aurais été moins décontenancée que devant ce castor.

Qu’est-ce que je suis supposée faire moi, si je sors dehors et qu’un castor me barre la route ? Est-ce que je dois lui montrer ma casquette du Canada ?

« Yo soy de canada ! Yo no soy de los Estados Unidos ! Je viens en amie ! ».

Lorsque tard le soir, il ferma son établi, je me risquai alors de me rendre jusque sur la balançoire. Une, deux, trois minutes et j’étais revenue dans le chalet. Tout le monde m’avait prévenu de me préparer psychologiquement à me faire attaquer par les bruleaux. J’étais parée à accepter la torture inhumaine qu’ils pourraient faire à mon pauvre corps. Je devais résister et déjouer tous leurs assauts. J’apportai donc avec moi du shampooing à la citronnelle, du savon à la citronnelle, du déodorant en pierre de crystal sans odeur, j’acceptai non seulement de parer à leurs attaques mais également d’avoir les cheveux crépus, la face sans maquillage et le corps sans odeur tout l’été durant si c’était pour aider à me battre contre ces vaillants adversaires. Cependant l’attaque vint de là où je m’y attendais le moins. Les mouches à chevreuil ! Mais c’est bien pire qu’un brûleau ! J’aurais accepté d’établir ma vie sur un nid de brûleaux si cela avait pu faire en sorte d’éviter les mouches à chevreuil. Pour les citadins qui ne savent pas de quoi je parle, permettez-moi en quelques lignes de faire votre éducation. Une mouche à chevreuil, c’est une énorme mouche qui se prend pour une abeille tellement elle est grosse et qu’elle bourdonne fort. Elle aime tout particulièrement vos oreilles et s’y vautre allègrement jusqu’à ce que vous vous sentiez devenir totalement fou. Et lorsque le moment fatidique est venu, elle vous pique et part avec une partie de votre cerveau. Parce que c’est pas mêlant, quand vous vous faites piquer, vous êtes incapable de penser à autre chose que d’arrêter de vous faire piquer !

Je rentrai donc dans le chalet écouter la télé, qui par la bénédiction d’une grâce divine, possède non seulement Séries Plus mais également quatre postes de cinéma Super Écran. C’est alors que je sus que jamais au grand jamais je ne m’ennuierais dans mon chalet !

mercredi 16 juin 2010

Mes vacances à la campagne

Chapitre 1 : Trop de bruit pour rien

Je vis à la ville depuis bientôt 25 ans. J’ai su faire de cet environnement bruyant mon havre de vie sachant très bien m’y adapter. La situation semblait aller de soi. Pour bien vivre, il fallait sortir du marasme de l’inactivité de la campagne, côtoyer des milieux de travail stimulants voire même stressants (à outrance !), sortir dans les bars et écouter de la musique à haut niveau de décibels. À cette époque, la campagne était trop près de la morosité, de l’inactivité comparable à la mort, me semblait-il. Mon choix d’alors était on ne peut plus clair.

Mais voilà que cette vie me rattrape et me déplaît de plus en plus. Depuis quelques années, je me suis prise à détester le bruit. Peu à peu, tels de mauvais esprits s’ingérant en moi pour venir me hanter, je me suis mise à vouloir les chasser. J’ai d’abord mis cette intolérance sur le compte de l’insupportable douleur causée par la perte de ma mère, cette douleur qui rend le corps incapable de tolérer la moindre contrariété. Je me disais que tout ça me passerait, que la vie reviendrait telle qu’elle était, avec la joie et la frénésie causée par les palpitations constantes de la ville. Et bien non. Plus le temps avance, plus je découvre le désir d’apprécier simplement ce temps, sans apparat, sans artifice, rien que le temps accompagné du silence.

En fait, en ville, beaucoup de mon énergie est concentrée à lutter contre le bruit. Souvent de façon inconsciente, parfois consciente, je travaille à faire le vide à l’intérieur de mon être pour compenser les agressions constantes de mon environnement. Mon corps et mon âme se transforment alors en une sorte de machine à démonter le bruit. Ceci, je le crois, est la principale raison pour laquelle j’éprouve une fatigue constante et croissante s’apparentant à une grande lassitude face à cette vie, que pourtant, j’aime tant. Ma machine à démonter le bruit fonctionne, allègrement, sans relâche, 24 heures sur 24. Elle contre les bruits de la nuit; ceux des sirènes ou de ce voisin qui dort encore moins que moi, autant que ceux du jour ; ce bruit des moteurs ou de ce chauffard qui se croit être Gilles Villeneuve. Et je me prends à espérer qu’il connaisse le même sort que ce tristement célèbre coureur, histoire de retrouver un peu de paix. De ne plus pouvoir le tolérer, le bruit me rend intolérante.

En réalité, le seul lieu ou ma machine ne se sent pas en obligation de lutter, est sous la douche. Cet endroit mythique qui rappelle trop souvent la terrifiante scène du film « Psycho ». Alors, je vis l’insécurité de voir apparaitre cet assassin, venant me surprendre afin de mettre fin à ma vie, vie servant tant bien que mal à lutter contre le bruit. Alors dans ce seul instant, le bruit devient ami. Un assassin agirait dans le silence. Le bruit me réconforte étant alors symbole de situation maitrisée. Tant qu’il y a du bruit, il y a de l’espoir. Si l’inconnu se fait entendre, il est irrémédiablement pacifique. Et à ce seul prix, je retrouve mon calme.

En ville, impossible d’écouter la télé sans que le bruit ne porte à conséquence. Ainsi, l’autre jour, j’écoutais une émission banale à la télévision et je trouvais alors, sans trop réaliser pourquoi, que le dialogue cadrait mal avec sa banalité.

- « Chéri, réveille-toi, j’ai un suspect entre les jambes. »
- « Je vais vérifier si tout va bien. »
- « Dépêche-toi, sinon je risque de m’enfoncer et de couler ! »
- « Ne t’en fais pas, je vais l’arrêter de pousser une fois pour toutes. »
- « Que dis-tu là ? Pour une fois, je ressens quelque chose. »

Une fois installée à la campagne, je revis cette même émission.

- « Chéri, réveille-toi j’ai entendu un bruit suspect. Va donc vérifier et fais attention à toi. Tiens, prends le chien qui dort entre mes jambes. »
- « Bien sur mon amour, rendors-toi, je vais vérifier si tout va bien. »
- « Dépêche-toi de me revenir dans ce lit qui paraitra bien triste et sinon, je risque de m’enfoncer dans les bras de Morphée et de couler de doux rêves loin de toi. »
- « Ne t’en fais pas, s’il y a quelqu’un, je vais l’arrêter et de mes mains nues, lui ferai regretter d’être entré sans s’annoncer. Je serai de retour très rapidement, retrouvant cette force qui me permet de me pousser le plus rapidement vers tes bras. »
- « Que dis-tu là ? Prends la carabine pour une fois. Je ressens comme une prémonition, quelque chose va mal se passer. »

Mais alors qu’à Montréal je m’efforce de ne plus l’entendre, à la campagne, lorsqu’il survient, je prête l’oreille, tentant de maitriser ce bref moment de panique s’installant l’espace d’un moment, devant cet événement fortuit. Des signaux de détresse parviennent alors à mon cerveau m’efforçant tant bien que mal de décoder la source de cette agression. Détecter sa signification signifie éteindre cette sonnette d’alarme déclenchée par mon corps. Ah !, du calme ! Ce n’est que le bruit d’une automobile.

Je n’ai cependant pris conscience de cette possession de mon âme par le bruit, qu’une fois installée à la campagne pour mes vacances. Dans cet endroit magnifique de par la richesse de sa nature, le bruit fait l’événement par son côté inattendu. Le chant d’un grillon, les coups de pattes de ce castor dans l’eau et les piaffements de ce geai bleu ne se qualifient pas en tant que bruit. Ce sont des notes de musique savamment exécutées, un concert brillamment interprété pour mon seul plaisir. Une harmonie de sons célébrant l’hymne de mes vacances.

J’ai en effet compris l’ampleur de cette psychose induite par les bruits de la ville, qu’une fois bien blottie dans le calme plat de cette campagne. Je l’ai compris parce que le premier véhicule déambulant près de ma nouvelle demeure a fait naître dans ma tête cette sonnerie incessante, ce camion de ville indiquant qu’il faut déplacer l’auto sinon, gare à vous ! Une association inconsciente et automatique entre deux éléments aussi forts que les cloches de Noel et le Père Noel avec ses surprises emballées. Mais mon Père Noel est très pauvre. Il ne donne pas, il prend. Lorsque ses cloches retentissent, si l’on s’y refuse à prêter l’oreille attentivement, on voit surgir un cadeau de moins 52$, l’été et de moins 92$, l’hiver… Comment je le sais ? Devinez ! C’est ainsi que mon auto est associée à ce bruit infernal qui continue de résonner en moi même en ce coin de paradis reculé.

Pour baptiser ma première nuit, j’ai eu droit à ce seul et unique bruit, ne cessant de battre inlassablement dans mes oreilles et faisant sursauter du même élan, mon cœur. A chacun de ses départs et chacun de ses arrêts, mon cerveau, avec un certain délai, le reconnaissait. Avez-vous déjà eu affaire au bruit d’un frigidaire au milieu des bois ? Tout simplement effrayant. La nuit, au pire, je m’attendais au hurlement d’un loup, au chant d’un coyote ou au grognement d’un ours mais non à un frigidaire ! Il faut vous imaginer que seul au milieu des bois, c’est écho un frigidaire ! À chacun de ses départs et de ses arrivées, j’avais l’impression qu’un tracteur entrait dans ma chambre. Le silence du bois amplifie tout. L’impression qu’un sniper se cache silencieusement dans un bosquet et qu’au moment ou on s’y attends le moins, il sort et dégaine sa mitraillette. Je suis maintenant convaincue que la guerre du Vietnam a ressemblé à ça. Un jour, la jungle, calme et sereine, déroulant son quotidien au rythme des secondes qui se succédaient sans rien devoir à personne, et le lendemain, sortis de nulle part, une terrible attaque de frigidaires venus se battre pour la plus grande gloire de leur pays, le Maytag. J’ai de la difficulté à comprendre. On est capable de mettre des silencieux sur des moteurs d’automobile, d’envoyer des clowns dans l’espace mais on est encore incapable de fabriquer un frigidaire silencieux !

Tandis que je me prélasse, enchaînant au meilleur de mes aptitudes cette allégorie sur le bruit, j’entends un moteur de 4 roues vrombir dans ce qui me tient lieu de rue. Il faut dire que j’habite au 1, rue de la rivière. Et mon plus proche voisin demeure au 1, rue de la perchaude. Alors, avec encore moins d’ampleur que des ruelles, se creusent ces sillons au milieu de nul part. Au bruit de ce moteur, troublant soudainement mes songes éveillés, naît dans mon esprit une pensée. Des gens de la ville venus faire du bruit dans cet endroit perdu. Des gens de la ville persuadés de venir chercher un calme relatif mais ne pouvant vivre autrement que dans le brouhaha et le désordre de milliers d’êtres entrelacés dans un lieu commun.

À cette étape, je ferai un court arrêt pour vous indiquer que si vous ne vous révoltez pas contre mes dires, je dois malheureusement vous apprendre, contre mon propre gré soyez-en assurés, vous êtes bourrés de préjugés ! Est-ce à croire que les gens de la campagne n’aiment pas le bruit ? J’ai toute une famille, habitant loin loin loin de la ville, qui ne semble ne vivre que par et pour lui. Les moteurs des 4 roues l’été, les motoneiges l’hiver, les carabines à l’automne pour ce cruel plaisir de la chasse à l’orignal. Quelle désolation ! Je les entends encore se rebeller contre cette maudite saison où l’orignal s’est montré le nez après seulement 10 minutes d’émoi. Et ce fut la fin terrible de leur plaisir. Cet orignal s’était montré si peu coopératif. Un total manque d’esprit sportif. S’avouer vaincu sans même se battre. Mais moi je l’ai toujours compris cet orignal. Il démontrait ce qui me semblait être les symptômes d’une grande dépression, sûrement devant tant de bêtise humaine. Peut-être même avait-il perdu quelques membres précieux de sa propre famille dans ce total délabrement de l’âme qu’est la chasse ; cette période de l’année faisant remonter en lui de douloureux souvenirs. Alors, plutôt que de se battre devant cette vie totalement insensée, il s’est laissé abattre.

Vous me mettrez au pied du mur en me faisant avouer, après un après-midi d’interrogatoire forcé : Et oui ! J’adore la viande d’orignal ! Alors où est le problème ? Le problème n’est pas dans la sauce, il est dans le plaisir de tuer.

Pour l’instant, n’arrivant plus à cesser ces divagations sur les bienfaits du silence ou si vous préférez, sur les méfaits du bruit, qui mèneront sûrement à un édit royal afin de légiférer sur la question, dans les villes comme à la campagne, je tenterai de terminer en vous donnant des nouvelles de Chat et moi :

Oyé, Oyé. Nous mangeons et nous dormons dans le silence. Rien de plus ni de moins compliqué que le silence de notre nouveau palais doré.

samedi 12 juin 2010

Une simple question

- " Vous, les femmes, ça vous dérange pas la grosseur du pénis, hein ? C'est vrai, hein?" me demande-t-il, tout bonnement, souriant, laissant soudain paraître deux  pop corn entre les dents; deux morceaux que des quantités astronomiques de pepsi ne purent décaper.

Une simple question, semblant venir de nulle part, aussi inattendue que les attaques terroristes du 11 septembre. Une simple question, mais combien terrifiante, et dont la réponse s'attachait irrémédiablement à une réaction toute aussi imprévue. L'impact de cette réaction ne pouvait qu'être terrible pour la survie de notre couple.

Le choc de cette simple question fît naître en moi une secousse d'images qui se propulsèrent dans mon cerveau. Je les revis tous. Les gros, les minces, les beaux, les beaux (et oui !), les longs, les courbés, les vieux, les jeunes et devant ces multiples traits de caractères, un seul point commun, l'importance absurde rattachée à l'utilité et à l'utilisation de l'engin en question. Et de surcroît, la nécessité d'obtenir un feedback positif peu importe la gloire ou la défaite du moment. Je les revis tous, ceux qui occupèrent une place l'espace d'un doux plaisir et ceux, moins nombreux, qui offrirent joies et déceptions jointes à ce plaisir.

Mais comment peut-on formuler pareille question? Quel en est le point de départ ? Quelle préoccupation se cache derrière tout ceci ? Quelle activité a fait naître cette question? Que de questions se cachant derrière la compréhension de sa terrible question !

Et que peux-t-on répondre à pareille question ?

C'est ainsi qu'avec ma capacité d'analyse, plusieurs réponses me vinrent à l'esprit. Une à une, je les retournai dans ma tête, sous toutes leurs coutures tentant de mesurer leur impact  afin d'éviter un éventuel rapiéçage de notre relation.

Scénario no 1 : "La petite vite"

-"Ben non voyons, calme-toi, ça n'a absolument aucune importance!"

C'était ce qui me venait rapidement à l'esprit. Comme pour un test de tache d'encre, ne rien retenir, sortir spontanément tout ce qui nous passe par la tête. Ce devait sûrement être la réponse, celle la plus proche de la vérité. Celle de l'authenticité.

Pourtant, quelque chose en moi la qualifiait de mensonge éhonté. Cette réponse signifiait davantage : " Tais-toi, parlons d'autre chose." Cependant, au plus profond de mon être, je redoutais l'impact négatif d'une telle réaction. Je me cacherais pour l'éternité derrière une fausse vérité. Aucune importance ? Aucune importance!  Et puis quoi encore ? Combien de temps ma réplique m'obligerait-elle à me cacher ?  J'étais persuadée que cette réponse  me conduirait à une escalade de mensonges toujours plus grands. 

- "Chérie, ton gâteau goûte différemment, as-tu changé les ingrédients?"
- "Mais non voyons, c'est impossible, je n'ai pas remplacé le sucre par de l'aspartame !"

Un mensonge sans importance qui ouvrirait les portes  sur le cycle vicieux et incontrôlable de la contrevérité naissante, de la fable grandissante, de l'histoire à inventer chaque fois que frapperait  LA question inattendue. Je m'enfoncerais dorénavant dans l'enfer de l'assuétude de la tromperie, du bobard [nom familier], de la mystification, de l'imposture, du baratin [nom familier] bref, de l'hypocrisie.

- " Chérie, ça fait 3 soirs que tu reviens tard, est-ce que tu me trompes ?"
- " Mais non voyons, où vas-tu chercher ça?"
- " Et ces traces de rouge à lèvres sur ton slip ? Qu'est-ce que ça signifie?"
- " Euh..."
- " Avoue-le, tu me trompes avec un transsexuel!"
- " Euh..."
- " Allez, dis quelque chose, défends-toi!"
- " Je l'avoue, je l'avoue ! Cesse de me torturer, je préfère mon tube de rouge à lèvres à ta petite chose (en français dans le texte) ! Je t'ai trompé avec mon rouge à lèvres!"

Je me refusai donc d'entrer dans cette spirale de la médiocrité mensongère.

Scénario no 2 : "La réponse pure et simple"

- " Écoute moi bien, Arsène. Je te dirais que c'est à la fois vrai et faux. C'est vrai qu'une femme peut survivre en ne mangeant que des petites portions, mais ça ne veut pas dire que de temps en temps, elle n'ait pas envie d'un bon gros morceau de gâteau au chocolat. Et c'est la raison pour laquelle, quand on ne sait pas cuisiner le gâteau, il faut chercher d'autres modes de compensation. C'est tout de même pas avec un frigidaire à eau de 150.00$ pour ma fête, étalé sur 5 ans à raison de 50 $ par année (avant d'avoir un autre cadeau osti (en latin dans le texte) !) que tu peux faire passer ça pour du gâteau au chocolat. "

Il s'agit là, en vérité, d'une réponse directe, simple, honnête, pure. Rien de bien compliqué. Mais, tout de même, une réponse qui fait craindre le pire. Comment l'amour, le vrai, pourrait-il survivre à un marchandage aussi franc ? Je ne désavoue pas le marchandage dans la relation, cependant, celui-ci doit plutôt se bâtir sur de réels sous-entendus. Sinon, plus de place pour les surprises ou les cadeaux même s'ils sont "dus". Il faut laisser croire que l'idée vient de l'autre afin que le "du" fasse place au cadeau, qu'il soit mérité ou non. Sinon, adieu romantisme! Adieu passion ! Adieu fantaisie ! Vous ne voulez tout de même pas que je me transforme en escorte dans mon propre couple !

Scénario no. 3 : "L'ironie"

- " Ben non voyons, tu sais bien que je supporte mal le plaisir. Depuis que je suis toute jeune, je baigne, je nage, je me noie constamment dans le malheur;  mes yeux et mon âme sont entraînés à ne voir que ce qui ne va pas, c'est tout de même pas aujourd'hui que ça va changer!"

C'est pour moi, et de loin, la meilleure réponse. Celle qui laisse place à l'interprétation tout dépendant si la personne visée se situe à un premier ou à un deuxième degré.

Le premier degré vous répondra qu'il est désolé, qu'il a été insensible de ne pas avoir pris en considération votre vie si difficile, qu'il se trouve bien cruel d'avoir posé cette question. Et pour se faire pardonner, il vous offrira d'aller manger une crème glacée à la cantine du coin.

En ce qui concerne le deuxième degré, il réagira en réalisant à quel point sa question était stupide.

- "Maudit que j'suis con. Veux-tu une crème glacée à la place ?".

Pour ceux qui ne voient pas la différence entre ces deux réponses, je vous apprendrai que vous vous situez au premier degré. Pour les autres, bravo ! Continuez à me lire et n'oubliez pas la crème glacée.

Morale de cette histoire :

"Que vous l'ayez petit, que vous l'ayez gros, peu importe, dans la vie, mieux vaut avoir beaucoup d'humour. C'est encore la meilleure façon de prendre une femme."

mardi 8 juin 2010

Aujourd'hui, je suis allée à l'épicerie. Bon, vous allez penser "Pas encore l'épicerie!". Et à cela, je vous répondrai "Ben oui, encore l'épicerie". Si vous aviez le nez ailleurs que dans votre panier quand vous magasinez, vous auriez déjà remarquer qu'il s'en passe des choses à l'épicerie ! Et de toutes façons, à part faire l'épicerie, regarder Séries Plus et parler à Chat, je fais pas grand chose finalement. Mais je vous promets que pendant mes longues vacances, je vais m'efforcer de faire des sorties pour avoir tout plein d'histoires à vous raconter. En attendant, ben vous allez devoir vous contenter de l'épicerie.

Donc, je disais que j'étais à l'épicerie et juste comme je viens pour prendre une canne d'olives, je vois-t-y pas une vieille madame avec l'air bête. Là, dans ma tête, ça a fait :"Ah ben non, ça se passera pas de même. Y'é pas question que je magasine dans ces conditions là. Après tout c'est quand même MA sortie de la semaine !". Donc, je regarde sérieusement la madame et je lui dis :

-"Madame, accrochez un sourire dans votre face, vous avez l'air d'un tracteur."

La madame, d'abord un peu surprise, se ressaisit et me répond :

-"Gna gna gna gna gna gna.!"

Ayoye, cheap shot ! Quand j'étais jeune, ma soeur et moi on se chicanait tout le temps et au bout d'un moment, la première qui était à court d'opinion, baissait les armes et faisait ça : "Gna gna gna gna gna gna!". Mais au moins, on avait fait un réel effort pour argumenter. Mais elle, elle me sert le dessert d'argumentation comme ça, en entrée. Rien. Plus rien.

Pas question que je laisse la situation comme ça, je me dis qu'elle capitulera pas aussi vite.

- "Pardon Madame, enlevez votre silencieux, on entend pas votre moteur !"...

Sur son visage, comme première réponse, un sourire. Pas un sourire de peur, non. Pas non plus un sourire du style "1-2-3 go je me mets à courrir, je vais pas rester pris dans les olives avec c'te folle." Mais non, ce sourire en disait long sur son état d'esprit. Le sourire d'un animal épuisé, trappé, coincé devant les cannes d'olives (qui soit-dit en passant, étaient soigneusement et précisément disposées entre les petits oignons blancs et les cornichons sucrés). Une victime comme il s'en faisait peu. Qui s'offrait en pâture sans même tenter le moindre mouvement pour se battre ni se débattre. Une victime qui a besoin de vacances pour reprendre des forces et lutter contre l'ennemi. Soudain, levant le bras, elle me regarde et me lance :

- "Tenez, les v'là vos crisses d'olives qu'on en finisse. Prenez-les. Je vous les paye même. Mais laissez-moi en paix. Je veux pas passer ma journée dans les cannes. Je fais pas de mal à personne moé, je fais juste mon épicerie."








Bon, OK, je le sais, aucun intérêt comme histoire. Mais comme je pars pour le bois sans trop connaître la récurrence de mes déplacements en ville et par conséquent, le rythme d'apparition de mes textes, j'ai décidé de vous en mettre un pour vous aider à faire la transition. Comme ça, pour la qualité des textes, vous allez passer de plattes à rien, ce qui est moins pire que de bons à rien.

Peut-être que là où je vais, il y a une petite bibliothèque avec un poste internet dans le village mais si ça prend trois heures pour afficher le dinosaure, je pense bien que je vais laisser faire.

Voilà, je pars sans promesses de récurrence. Je reviendrai mais quand, dans 2 jours ? dans deux mois ?

Adieu veaux, vaches, cochons, chat. Ben non Chat, toi tu viens avec moi. Comme ça peut-être que mes plantes prendront du mieux loin de tes soins.

J'm'en vais dans le bois étrenner mes belles culottes blanches et me faire piquer par les bruleaux.
J'm'en vais dans le bois oublier mes voisins qui fêtent sans jamais m'inviter.
J'm'en vais dans le bois oublier les bruits de sirènes, de balayeuse et de tondeuse.
J'm'en vais dans le bois pis peut-être que je serai de retour dans deux jours parce que j't'entrain de virer folle de regarder le tronc d'arbre dans la rivière en me rendant compte que j'ai manqué le seul événement de l'année dans le village c'est à dire, le jour où l'arbre est tombé dans la rivière.
J'm'en vais dans le bois en vous disant que je reviendrai. Mais quand...
Venez tout de même jeter un p'tit coup d'oeil sur mon blogue de temps en temps ou même me laisser un p'tit message plaisant.
Et pour ceux qui ne l'aurait pas compris "J'M'EN VAIS DANS LE BOIS!"

À bientôt.

Bons baisers de travailleuse sociale

vendredi 4 juin 2010

Peux-t-on être zen et ventrue ?

Je suis désolée de vous avoir un peu délaissé ces derniers jours, trop occupée que j'étais à m'intéresser au dernier livre de Josée Lavigueur, Kilocardio, une méthode pour maigrir tout en adoptant de saines habitudes de vie. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a quelques semaines, je vous annonçais le verdict de mon médecin, comme quoi j'avais un trop gros ventre. Ce fut sans contredit un choc terrible. Je commençais juste à me faire à l'idée que c'était normal de pouvoir se promener dans la maison en jaquette et sans bobettes et d'être convaincue que personne s'énerverait même si je me penchais pour ramasser mes poubelles. J'essayais également de me faire à l'idée que c'était tout aussi normal de pouvoir m'imaginer sonner la cloche d'école avec le bas ballant de mes fesses.  Vieillir, grossir, ramollir, n'est-ce pas ce qui nous attend un peu tous et toutes ? Mais bon, mon médecin en a décidé autrement.Ça n'est pas pour me l'avoir dit que je lui en veux. Après tout, même si c'est en se comportant en pétasse mal dégrossie et en traitant ses clients de gros, il faut bien qu'elle gagne sa vie. C'est simplement qu'elle a visé juste à la bonne place, dans le ventre, dans le gras de l'orgueil, avec pour conséquence que sans en faire une véritable obsession, maintenant, j'arrive pas à penser à autre chose.

Après le choc de l'annonce, vint la phase du déni. J'ai cru qu'elle exagérait, jusqu'au jour où j'ai sorti mon linge d'été. J'ai d'abord pensé que tous mes vêtements avaient été soumis à une vague terrible d'humidité et rapetissé durant l'hiver. Enfin, même si c'est pas de ma faute si je suis soudain devenue grosse, l'évidence  se jeta d'elle-même dans ma figure; il me fallait bien m'habiller pour l'été.

Vint la phase de la négociation. J'eus donc une idée de génie et réalisai qu'avec des vêtements plus amples, les gens croiraient peut-être que j'avais maigri. Complexée comme le maudit, je suis donc allée dans un magasin à rayons et je me suis garrochée dans le rack  de l'ultra large pour être certaine que ça me faisait, en conservant tout de même la crainte non-fondée, que ce soit encore trop petit. Je suis ressortie de la cabine toute fière et fringante car c'était beaucoup trop grand. Je n'ai pu alors m'empêcher d'exprimer ma joie à la vendeuse, qui, la malheureuse, de par ses courbes généreuses, faisait certainement plusieurs tailles au-dessus du rack.

- "C'EST BEAUCOUP TROP GRAND ! Youppi ! J'aurais besoin d'au moins 4 tailles plus petites. WOW ! C'est trop grand ! Oh, mais pardon de démontrer ma joie. Je me rends bien compte que je suis déplacée, indécente même. Pauvre vous, vous devez avoir de la misère à vous habiller. Même pour vous ça serait trop petit. C'est complètement révoltant. Les magasins ne font plus rien pour les grosses, tout est conçu pour fiter sur des corps de maigrichonnes comme moi. Mais écoutez, j'ai beaucoup d'empathie pour ce que vous vivez. Enfin, c'est vraiment injuste pour vous. En toute amitié, si jamais vous voulez avoir de l'aide, j'ai un bon médecin à vous recommander. "

Pour 150.00 $, j'en suis ressortie avec une belle jupe et un bermuda. J'étais fière de mes nouvelles acquisitions jusqu'à ce que je me rende compte que finalement, j'en avais juste pour deux jours. J'en ai  conclu que ça me coûterait moins cher de maigrir. C'est ce qu'on nomme la phase de la résignation. Peu importe ce que l'on pense ou fait, il faut passer par là. Il n'y a qu'une seule et unique voie. C'est un peu comme si tu étais revenue en campagne, sur la seule route principale traversant le village, la route de la faim. Je me suis donc mise au tofu et aux légumes.

Moi, le tofu, ça me dérange pas. C'est blanc, ça sent rien, tu fous ça dans n'importe quoi et c'est supposé te nourrir parce que c'est riche en protéines. Après 3 jours de ce régime, je suis tout à fait consciente que c'est pas à cause du tofu que je me réveille le matin en tremblant comme la dernière feuille dans l'arbre à l'automne qui tient bon parce qu'elle est trop faible pour se laisser tomber. C'est pas de la faute au tofu non plus si, en écoutant des reprises enregistrées de la famine en Éthiopie, j'ai juste le goût d'aller manger les enfants. Je le sais, c'est de mauvais goût vous allez me dire, mais si vous pouviez juste me dire ce que ça goûte, ça pourrait peut-être me calmer. C'est vrai qu'on peut quand même pas comparer de tels niveaux de souffrance. Quand on a pas de poêle pour se faire à manger, on va pas le regarder 13 fois avant de partir de la maison, pour s'assurer qu'il est éteint et que le chat brûlera pas pendant qu'on est sorti !  

C'est là que m'est venue l'idée d'acheter le livre de Josée Lavigueur, pour arrêter de crever de faim. Je veux bien obséder sur mon ventre, mais je peux pas le faire quand il est vide. Pour vous éclairer un peu sur sa démarche, il y a un menu pour deux mois avec des recettes et une liste d'épicerie. À prime abord, ça semble intéressant parce que les recettes sont d'une portion, ce qui est assez rare. C'est donc dire qu'elle émet  l'hypothèse qu'on retrouve en moyenne la graisse d'une seule toutoune à brûler par foyer québécois. Jusque là, ça va. Mais en regardant de plus près la liste d'épicerie, on nous fait acheter du jus d'orange (quantité une demi-tasse), céleri (2 branches), banane (1). C'est là que je m'aperçois qu'on présume qu'il y a une gang de cochons en arrière qui vont manger les restes. Mais qu'est-ce qu'on fait quand on est toute seule ? Puisque ça n'est pas mon fort de jeter la nourriture, j'ai hâte de voir la tête du caissier de chez Métro quand ça va être mon tour !!!

Bon appétit !
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