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Pour tout vous dire, je suis une travailleuse sociale qui est devenue enseignante. J'aime écrire. Honnêtement, depuis ses tout débuts, je m'oblige par ce blogue, à écrire et ainsi me maintenir dans un processus de création. Je n'ai pas vraiment d'objectifs autres que d'écrire et de me divertir. J'espère aussi que vous saurez trouver un peu de plaisir à me lire.


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Les chiens ont des maîtres, les chats des esclaves...

mercredi 15 septembre 2010

Thérapie 3

TS - Mais Docteur, du calme. Mais qu'avez-vous à pleurer ?

Docteur - C'est la lettre à votre mère, elle est si triste. Et  puis.. et puis, euh... elle fait monter en moi des peurs que j'essayais de taire.

TS - Expliquez...

Docteur - Mon père est malade depuis 1 an. Une vraie épidémie ces maudits cancers. Jamais je ne l'avais vu comme ça. Si démuni, si diminué. Mon père c'était l'homme fort. Celui qui réglait les problèmes de tout le monde. Celui sur qui tout le monde pouvait compter. Jamais il n'avait été malade auparavant. Même pas un seul séjour à l'hôpital. Imagine ! Il s'en vantait souvent. Mais j'ai été si occupé ces dernières années et je ne l'ai pas vu vieillir. C'est comme si, subitement, je m'en étais rendu compte, en quelques jours. Mon père est vieux, malade et il va mourrir.

TS - Étiez-vous près de votre père ?

Docteur - Pas vraiment. Nous nous voyons 2 ou 3 fois par année, même si nous habitons dans la même ville. Comme je vous le disais, je suis si occupé avec mon travail, ma famille. Je donnais un peu d'argent à mes parents mais je les ai pas mal laissé à eux mêmes depuis 20 ans. Et puis, quand on se voyait, on se disputait une fois sur deux. C'était comme si la protection qu'il nous offrait avait un prix. Il se mêlait toujours de ma vie. Ça je ne peux le supporter.

TS- Et maintenant, la maladie de votre père vous oblige en quelque sorte à reprendre contact ?

Docteur - Oui, tout à fait ! Et dans quelles conditions je vous le demande ? Tout se bouscule. J'ai pas le temps de penser. Entre les traitements, les espoirs de rémission, les désespoirs, mon travail, ma mère qui est aussi âgée et que j'essaie d'aider comme je le peux, je ne sais plus où donner de la tête. N'eut été de la maladie, je n'aurais pas repris contact aussi souvent.

TS - Et physiquement, vous vous sentez comment ?

Docteur - Depuis l'annonce du cancer, j'ai l'impression de traîner un mur de briques sur mes épaules. L'anxiété de ne pas savoir. Va-t-il s'en sortir ? Et puis non, peut-être celle de trop savoir au contraire, mais de ne pas vouloir savoir. Va-t-on rester avec ce tout ce poids, toute cette anxiété très longtemps ? Le fait de ne pas savoir est invivable. Le fait de m'inquiéter tout le temps est invivable. C'est ça, je dois vivre avec l'invivable.

TS - Avez-vous déjà pensé à la mort de votre père ?

Docteur - Hum...

Il me regarde, sceptique.

TS - Et ?

Docteur - Oui, et ... je me suis senti soulagé. Et puis, j'ai eu si honte de penser à ça. J'ai mis ça de côté. Mon père se bat si fort contre cette maladie. Il veut tellement rester en vie. Je ne veux pas gâcher son espoir en me décourageant. Je n'ai pas le droit. Je dois rester fort pour lui. Je dois avoir la force qu'il n'a plus. Je n'ai pas le droit de l'abandonner.

TS - Vous vous mettez beaucoup de poids sur les épaules. Vous sentez-vous fatigué ?

Docteur - Épuisé vous voulez dire. Épuisé, tout le temps. Tellement, que quand j'arrive au bureau le matin, je regarde la liste de mes patients et je les déteste déjà. J'ai l'impression que la majorité se plaint pour rien. J'anticipe leurs problèmes et j'ai envie de les envoyer chier...

TS - Bon, c'est bon à savoir.
       Et la relation avec votre père dans tout ça ?

Docteur - C'est sûr mon père n'accepte pas d'être aussi diminué. Il se débrouille comme il peut, mais quand il n'en peut plus, il appelle à l'aide. Mais il ne semble pas l'accepter. Et puis, quand il va un peu mieux, il s'en prend à moi. Je ne fais rien comme il faut à ce qu'il dit. Quand j'essaie de l'approcher un peu, émotivement, de lui parler, il me rejette. Me reproche de trop m'en faire. Me demande de le laisser vivre sa vie. C'est comme si je n'ai jamais le bon mot, la bonne solution, je fais tout de travers.

TS- La maladie ne change pas nécessairement une personne. Elle demeure quand même avec son caractère.

Docteur - Ça me donne l'impression que malgré tout ce que je fais, je ne suis jamais à la hauteur.  Mais dans les films, les livres, on nous donne des scénarios où le malade s'ouvre, la relation change "grâce" à la maladie. Les gens deviennent plus sages. Règlent des comptes.

TS - Non, ça ne se passe pas vraiment tout le temps comme ça. Je crois qu'il faut accepter la maladie pour ça. Dites-vous que votre père aurait peut-être l'impression d'abandonner la lutte s'il acceptait la maladie et réglait ses comptes. Pour lui, tant que tout reste pareil, c'est signe que la vie continue.

Docteur - Vous avez peut-être raison. C'est là que je m'aperçois que la maladie n'est peut-être pas le moment idéal pour changer. Il y a des deuils à faire. Comme le fait que la vie a été ce qu'elle a été, imparfaite et que je ne pourrai probablement rien faire pour vraiment entrer en contact avec lui. Faire un deuil avant la fin, c'est pas évident. ..... Ah ! Mais désolé. Je suis si centré sur ma situation, je ne vous ai pas demandé comment vous alliez... suite à la lettre écrite à votre mère.

TS - Y'a pas de trouble. Finalement, j'ai pas à me plaindre.

Docteur - Et votre processus d'écriture. Où en êtes-vous rendue ? Où vous conduit cette lettre à votre mère ?

TS - Et bien, je me demande si je lui ai vraiment tout dit.

Docteur - Vous pourriez tenter de continuer votre lettre ?

TS - Mais, je ne vois pas très bien ce que je pourrais lui dire. Ça ne me vient pas. Et je ne vois pas très bien ce que ça va donner. Est-ce que ça va intéresser quelqu'un ?

Docteur- Encore vos attentes. Arrêter de vouloir savoir. Lâchez prise sur les résultats. Laissez-vous aller et après, vous verrez. Essayez quelque chose. Ça vaut mieux que de ne rien faire.

TS - D'accord. J'y vais de ce pas.

Docteur - Bonne chance. Et j'ajouterais que je ne vous chargerai pas le prix de la consultation d'aujourd'hui.

TS - Euh... ben si je m'attendais à ça... Même pas un p'tit merci alors ?


À suivre...

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